Le Péloponnèse inconnu , voyage 2014

LE PELOPONNESE INCONNU – DU 27/09 AU 05/10/2014

 

Vendredi 26/09

Départ Bourges – Déjeuner avec Ada – nuit chez les Sanvoisin

 

Samedi 27/09

Montée à Roissy dans la voiture des Sanvoisin. Décollage à 16 H 40 Aegean – arrivée Athènes 20 h 55 (heure grecque).

Nuit à l’hôtel Cypria dans magnifique suite avec baignoire jacuzzi (surclassée par chance).

 

Dimanche 28/09            Athènes – Némée – Corinthe – Akro-Corinthe

 

Nous partons d’Athènes en longeant la côte, d’abord les banlieues industrielles et Elefsina ou Eleusine, puis apercevons l’île de Salamine où eut lieu en 480 avant J.-C. la célèbre bataille qui opposa les troupes perses de Xerxès aux Grecs menés par Thémistocle. Il persuada les Grecs de combattre dans la rade étroite de Salamine car il était persuadé, à juste titre, que les Perses ne pourraient pas entreprendre de manœuvre d’encerclement. Effectivement dans cette passe, les navires ennemis se gênèrent mutuellement et furent autant de proies pour un abordage ou un éperonnage par les solides trières grecques. Victoire écrasante des Grecs.

 

Après Mégare, nous laissons à droite la katia skala (mauvaise pente) de la montagne Gerania (montagne des géraniums, 1369 m), rocheuse et d’origine volcanique. A son pied, la ville balnéaire de Kineta, très à la mode dans les années 60. Constantin nous raconte la légende de Skiron, roi de Mégare, fils de Poséidon, qui installé près des roches skironiennes, imposantes falaises, contraignait les voyageurs passant sur la route longeant la côte à lui laver les pieds, en suite de quoi il les expédiait dans la mer d’un grand coup de pied. Là une tortue goulue les dévorait !!

Heureusement Thésée tua ce sinistre personnage.

Nous voici à l’isthme de Corinthe que nous traversons rapidement sans nous arrêter.

 

Première région du Péloponnèse : l’Argolide. Notre première étape : Némée…..aussitôt nous vient en tête l’un des 12 travaux d’Héraclès qui tua cette bête gigantesque dévastant la région.

 

Mais pourquoi donc Héraclès fut-il obligé d’accomplir ces travaux inhumains ?

 

Résumons-nous : Héraclès est le fils de Zeus et d’Alcmène, descendante du héros Persée et femme du roi Amphitryon dont Zeus prit l’apparence pour la séduire et engendrer ce rejeton costaud. Peu de temps après la naissance d’Héraclès, Hermès enlève l’enfant et le place dans le lit d’Héra endormie car aucun des fils de Zeus ne peut devenir immortel s’il n’a tété au sein de la déesse. Affamé, le bébé s’approche de celle-ci et commence à téter. Se réveillant, Héra aperçoit l’enfant et indignée, le repousse : le lait divin se répand dans le ciel en une traînée blanchâtre, c’est la Voie Lactée. Bien sûr Héra jalouse met tout en œuvre pour nuire à ce bâtard à moitié divin. Elle le frappe de folie et Héraclès tue ses propres enfants.

 

Pour expier ce crime, la Pythie de Delphes ordonne au héros de se mettre au service d’Eurysthée, roi d’Argolide, et d’accomplir tout d’abord 12 travaux. Jaloux de la puissance et de la force d’Héraclès, ainsi que de ses droits au trône de l’Argolide, Eurysthée lui impose une suite d’exploits si formidables que seul un véritable fils et protégé de Zeus peut les mener à bien.

L’un de ces travaux consiste à tuer le lion de Némée. Un soir, Héraclès surprend le lion sur le versant d’une colline, après le repas de la bête. Dissimulé, il tire sur lui à coup de flèches. Mais il s’aperçoit rapidement que le monstre est invulnérable. Ses flèches, offertes pourtant par Apollon, rebondissent sur son cuir. Le lion charge, Héraclès évite l’assaut. Il combat armé seulement de sa massue en bois d’olivier. Il en frappe le lion, puis l’étouffe, brisant sa massue dans la mêlée. Il l’écorche en utilisant les propres griffes du monstre pour entamer la peau coriace. Il nettoie la peau (que ni le feu, ni le fer ne peut entamer) et s’en revêt en guise de cuirasse. La tête du lion lui sert de casque. Zeus met alors le lion dans le firmament, au nombre des constellations.

 

Sans rapport avec ce travail d’Héraclès, Némée est connue surtout pour les jeux athlétiques néméens qui débutèrent en 573 avant JC et qui sont liés à une autre légende, celle d’Opheltès, bébé fils du roi Lycurgue et d’Hypsipyle.

 

L’oracle de Delphes avait prédit que ce bébé irait bien tant qu’il ne toucherait pas terre avant de savoir marcher….ce qui n’était vraiment pas facile à mettre en œuvre ! Hypsipyle portait donc toujours son enfant dans un couffin mais un jour elle rencontra les Sept combattants Argiens marchant contre Thèbes et pour leur indiquer l’emplacement d’une source où se désaltérer, elle laissa le bébé sans surveillance. Le bébé mit un pied à terre et un serpent l’étouffa aussitôt.

Les Sept virent en cela un mauvais augure et renoncèrent à poursuivre leur campagne contre Thèbes. Pour apaiser les dieux, ils firent des sacrifices et des jeux furent organisés tous les 2 ans.

Ceci se passait en 1251 avant JC et après une période où les jeux n’eurent pas lieu, ceux-ci furent remis à l’honneur au 6e s avant J.-C. Ils alternaient avec les autres grands jeux panhelléniques : Delphes, Corinthe et Olympie.

Ils eurent lieu jusqu’à la première moitié du 4e s, puis furent transférés à Argos et le site de Némée fut désaffecté. Il y eut un regain de renommée de 330 à 271 avant J.-C. avec la reconstruction d’un nouveau stade, de bains, d’auberges etc…sous l’influence des rois de Macédoine. Cela ne dura guère et bien vite les jeux repartirent à Argos où se trouvait une vraie ville ce qui n’était pas le cas du site de Némée qui, en hiver, se transformait en marécage.

Bien plus tard vers 400 après JC, ce marécage fut assaini par le creusement d’un canal d’évacuation des eaux de pluie. La communauté chrétienne qui réalisa ces travaux démolit le temple de Zeus pour y bâtir une église et exploita la terre arable.

Mi fait remarquer que les travaux d’Héraclès sont sans doute l’illustration légendaire des difficultés que les anciens – depuis les temps préhistoriques, puis vers les années 1.500 – avaient rencontrées pour évacuer l’eau sortant d’une gorge en amont et se déversant dans une espèce de lac de plateau montagnard  ( polje) avec un écoulement naturel parfois insuffisant. Le lion de Némée lui-même peut être interprété comme la manifestation de la puissance mauvaise des eaux. De même, quand Héraclès nettoie les écuries d’Augias, cela pourrait illustrer le fait qu’il a fallu nettoyer la région de l’Elide du sel d’eau de mer  qui avait imbibé la terre, en détournant un fleuve, l’Alphée (sous toutes réserves).

 

Les fouilles de Némée doivent tout à Stephen Miller, Américain installé dans la région depuis 1974. Il a relevé certaines colonnes du temple de Zeus (le 1er du 6e s et le 2e de 330 avant J.-C.) et a même réorganisé les jeux anciens tous les 4 ans. Il vit toujours ici.

 

Quant aux ruines proprement dites, elles comprennent

  • le grand temple de Zeus du 4e s avt JC, périptère (6X12 colonnes) de style dorique, dont 9 colonnes ont été relevées par les archéologues de l’université de Berkeley. Ce temple comporte une cella avec des colonnes corinthiennes et une crypte, mais aucune information ne permet de savoir s’il y avait un oracle. Pas de trace de statue de culte ; on ne sait ce qu’elle est devenue. Zeus, pour qui le temple a été édifié, a ici le caractère de meneur de troupeaux (« nemô » veut dire « gérer des animaux »).

Devant le temple, l’autel long de 40 m environ permet d’envisager que l’on y faisait des sacrifices très importants.

  • Une palestre et un gymnase ont été dégagés.
  • Au bout d’un passage voûté de 37 m de long, on accède au stade comme le faisaient les athlètes de l’antiquité dont on voit ici et là les noms assortis d’épithètes élogieux. On aperçoit encore très bien le dispositif qui permettait aux athlètes de prendre le départ des courses : une pierre avec 2 encoches pour y insérer les pieds, sortes de starting-blocks, les 13 couloirs délimités par des pierres, et différentes entailles et encoches qui permettaient de tendre une corde devant les coureurs et de la lâcher rapidement pour le départ.

Des rigoles en pierre qui courent tout au long du stade, amenaient l’eau fraîche d’une source située plus haut et permettaient de rafraîchir les athlètes.

  • Sous un hangar, se trouvent les thermes où les athlètes trouvaient bassins et piscine à leur disposition.

 

Les juges portaient des vêtements noirs en signe de deuil et remettaient aux vainqueurs des couronnes de céleri sauvage (ache) qui était considéré comme la plante des morts. L’ache symbolise une jeunesse triomphante et joyeuse. Si elle jouait un rôle important dans les cérémonies funèbres, c’était pour indiquer l’état d’éternelle jeunesse, auquel le défunt venait d’accéder

Parmi les particularités amusantes du déroulement des jeux, notons que les athlètes qui, avant de se mesurer, s’enduisaient d’huile et de sable se raclaient ensuite la peau avec le strigile et la précieuse substance ainsi récoltée était ensuite enfermée dans des vases et vendue comme onguent !  Plus poétique, voici comment Pindare louait les vainqueurs.

 

J’admire cet homme pour son père Arcésilas,

Au corps magnifique, au courage ancestral ;

Celui qui a l’honneur de surpasser les autres en splendeur,

Qui s’accomplit aux Jeux et révèle sa force,

Qu’il n’oublie pas qu’il est enveloppé de chair mortelle,

Et qu’à la fin de tout, il s’habillera de terre.

 

Répétées par son peuple, entonnons des louanges,

Peignons-le de gloire par des odes, son de miel.

Près d’ici, seize victoires

Brillantes nimbent Aristagoras

Et son illustre lignage, à la lutte et au pancrace !                      Ode néméenne XI

Les poètes d’autrefois, ô Thrasybule,

Ceux qui, sur le char irradié d’or

Des Muses se hissaient,

Maniant leur noble lyre,

Jetaient leurs chants de miel aux jouvenceaux,

Dont la fraîcheur imitait, sous le regard d’Aphrodite

Au beau trône, la splendeur automnale.

Ode isthmique II

 

Le musée raconte en photos comment les Américains ont fouillé et redressé les ruines. Constantin est content de voir maintenant 9 colonnes debout dans le temple.

 

Parmi les objets remarquables remarquons une hydrie en bronze et de jolis bijoux en or, notamment des bagues très finement gravées datant de 1500 avant J.-C.

 

On y voit aussi des plaquettes gravées d’une écriture appelée boustrophédon, c’est-à-dire un système qui change alternativement le sens du tracé ligne après ligne, à la manière du bœuf marquant les sillons dans un champ, allant de droite à gauche puis de gauche à droite.

 

Après le déjeuner à Nea Nemea, nous partons visiter Corinthe et Akro-Corinthe.

 

Le site des ruines de Corinthe, déjà vu au printemps 2012, est toujours aussi beau. Je retrouve cette impression d’entrer, avec un peu d’imagination, dans une ville heureuse et riche où il devait être agréable de flâner d’agora en stoa, de basilique en galeries marchandes.

Mais ne nous trompons pas : à part le grand temple d’Apollon, construit entre 550 et 525 avant J.-C., la plupart des monuments sont de facture romaine ou du moins restaurés et remaniés par ceux-ci après la prise de la ville par Jules César en 44 avant J.-C.

Ce temple purement grec aligne 6 colonnes doriques en façade et 15 sur les côtés, ce qui lui donne une allure longiligne. Les colonnes sont monolithiques et stuquées. Particularité : il possède 2 cellas.

 

Constantin nous raconte de nombreuses légendes à propos des 2 fontaines où les Corinthiens s’abreuvaient.

La première est la fontaine Glauké, du nom de la fille du roi Créon, deuxième épouse de Jason. Elle se serait jetée dans cette fontaine pour apaiser les brûlures causées par une tunique offerte par la magicienne Médée, première épouse de Jason, délaissée par celui-ci.

 

La deuxième, la plus impressionnante, est la fontaine Pirène qui fut en service depuis la plus haute antiquité jusqu’au 19e s.

 

Constantin nous raconte l’origine mythologique de cette fontaine :

Zeus, amoureux d’Égine, la fille du dieu fleuve Asopos, l’enlève. Le roi de Corinthe, Sisyphe, a vu toute la scène depuis le sommet de l’Acropole et lorsqu’Asopos arrive, il lui révèle le nom du ravisseur, espérant bien ainsi obtenir de l’eau pour sa ville qui en manque cruellement. En récompense, Asopos fait en effet jaillir les eaux de la source Pirène.

Mais bon, on ne cafarde pas comme ça, surtout quand Zeus en fait les frais !! Zeus pour le punir envoie Thanatos, dieu de la mort mais Sisyphe réussit à le faire prisonnier. Conséquence : plus personne ne meurt ! …. Ce qui finit par devenir un problème ! Zeus envoie alors Arès pour libérer Thanatos et Sisyphe est sur le point de mourir lui aussi. Très futé, il recommande à sa femme de l’enterrer sans aucune des offrandes aux dieux des enfers qui sont de mise. Quand Sisyphe arrive devant Perséphone, il dit : « voyez ce qu’a fait mon épouse infâme, je n’ai rien à vous offrir ; laissez-moi retourner pour la punir. » Perséphone, naïve, le laisse repartir. Il remonte et oublie gentiment de revenir aux enfers durant toute sa vie. Mais un jour où l’autre, il faut bien finir. Il  retourne dans l’Hadès et à la merci de Zeus, il est condamné au supplice du rocher qu’il remonte inlassablement.

 

Selon une autre version, la fontaine Pirène serait née des larmes de la fille du fleuve Asopos, Pirène, qui aurait pleuré la mort de son fils Kenchrias, involontairement tué par Artémis, mais Constantin trouve cette version banale.

Décidément très inspiré par Sisyphe, il nous raconte combien ce Sisyphe était intelligent.

Il avait remarqué qu’il perdait des bêtes : c’était son voisin Dolikos, habitant de Loutraki, fils d’Hermès, qui les dérobait et les transfigurait de sorte que les bêtes volées n’étaient pas reconnaissables. Sisyphe eut l’idée de graver sous les sabots des bêtes un « S » et ça le voleur Dolikos ne l’avait pas remarqué. Sisyphe prouva ainsi à Dolikos que les bêtes qu’ils réclamaient étaient bien à lui. Dolikos apprécia tant son intelligence qu’il lui proposa de coucher avec sa fille, avant le mariage de celle-ci, afin d’avoir un petit-fils intelligent. Affaire conclue et réussie puisque la fille accoucha d’Ulysse !!

 

Nous nous régalons de ces histoires que Constantin a le don de raconter avec pas mal d’humour.

 

Autre bâtiment grec remarquable, le portique dit de Philippe de Macédoine construit au 4e s avant J.-C., au moment où ce roi macédonien réunit le congrès de Corinthe.

En 337 avant J.-C., Philippe II de Macédoine, vainqueur des Grecs du sud, veut faire campagne contre les Perses mais pas tout seul ; il tâche d’impliquer les cités grecques en les réunissant à Corinthe pour un congrès. C’est la Ligue de Corinthe. Il y a tout à gagner à combattre les Perses, nettement plus riches que les Grecs. Pour Philippe, se battre entre Grecs n’a pas de sens et ne rapporte rien. Les Grecs avaient déjà mené des campagnes contre les Perses, sous l’hégémonie d’Athènes ou de Sparte, les résultats n’étaient pas probants. Ce qu’il espère et qui peut rallier tous les Grecs, c’est libérer les cités grecques d’Asie mineure. Il faut que cette campagne soit panhellénique, sous la direction bien sûr de la Macédoine, puissante car vaste (elle comportait aussi les territoires des Balkans).

Philippe fit donc bâtir ce portique où il fut acclamé par les Grecs unanimes. Son assassinat à Vergina l’année suivante alors qu’il s’apprêtait à entrer dans le théâtre où il célébrait ses victoires et l’alliance forcée imposée à la quasi-totalité des cités grecques, met tout le poids de son projet sur les épaules d’Alexandre, son fils de 20 ans.

Ce très long portique était conçu comme une hôtellerie tout confort destinée à accueillir les hôtes grecs. De ce portique hellénistique, il ne reste plus grand-chose car les Romains là aussi ont tout remanié au 1er s après J.-C.

De la période romaine, on voit aussi des boutiques, une grande fontaine, des basiliques où se tenaient les tribunaux, les administrations, les bureaux d’affaires etc…Corinthe, colonie romaine, était une capitale provinciale importante.

 

Dernier point important à signaler : la bèma, c’est-à-dire une tribune où les orateurs pouvaient s’exprimer devant le peuple. C’est là que le gouverneur romain s’adressait à ses administrés.

La légende voudrait que St Paul y ait parlé et y aurait été traduit en justice (actes des apôtres). Constantin pense que c’est peu probable car les procès se tenaient habituellement dans des lieux fermés. Ce que l’on sait, c’est que Paul a bien travaillé à Corinthe chez des chrétiens qui fabriquaient des tentes pour les gens venant aux jeux isthmiques et que ses propos avaient indisposé les juifs corinthiens. Ceux-ci le traînèrent donc devant le pro consul Galion qui, au contraire de Ponce Pilate, refusa de juger Paul car rien de ce qu’il disait ne contredisait le droit romain. Paul resta 1 an et ½ à Corinthe et y fonda une communauté avec laquelle il entretint une correspondance (épitre). Il revint plusieurs fois à Corinthe. Constantin passe sous silence les reproches que Paul aurait faits aux Corinthiens de mener une vie dissolue.

 

Dans le musée, outre quelques belles mosaïques provenant de villas romaines et une tête de Néron, le visionnaire du canal, nous remarquons une statue d’Athéna qui porte dans la main gauche une charmante petite chouette. De l’époque des premiers chrétiens aussi, une dalle de pierre comportant 13 alvéoles entourant un plateau : il s’agit d’un dessus de tombe qui permettait aux familiers du défunt de manger « en sa compagnie » lors de différentes fêtes. Un plateau-repas collectif, en quelque sorte !

 

 

A noter que lors des jeux isthmiques, les vainqueurs recevaient une couronne de pin.

 

Après la visite du musée, le car nous mène à la porte d’Akro-Corinthe et là il nous faut nous accrocher pour grimper le long de la route empierrée de mauvais cailloux inégaux et glissants pour pénétrer dans cette forteresse impressionnante d’où la vue sur la région de l’isthme est extraordinaire.

On peut faire remonter les premiers remparts au 7e s avant J.-C. Ensuite ils furent consolidés et agrandis successivement tout au long des siècles suivants ; les Romains, les Byzantins, les croisés francs, les Angevins, les chevaliers de Rhodes, les Turcs, les vénitiens s’y confrontèrent.

A l’intérieur de l’enceinte, on y trouve donc les ruines d’un temple à Aphrodite, d’une antique fontaine (Pirène supérieure), d’une mosquée et une petite église.

 

Le culte d’Aphrodite qui y était célébré s’inspirait fort du culte oriental d’Astarté et en avait adopté une des caractéristiques : les hiérodules, ou courtisanes sacrées attachées au temple.

« Les fidèles qui recherchaient l’accomplissement spirituel se rendaient au Temple, où ils s’accouplaient avec les prêtresses pour expérimenter le divin à travers l’union charnelle. »

Dan Brown

« Ces femmes avaient la charge de la propreté du temple, y servaient comme musiciennes, comme danseuses et surtout elles se livraient à la prostitution transformée en acte de piété, pour que le prix de ces amours vénales servît à grossir les revenus du temple. 

Celles de Corinthe surtout étaient célèbres ; on a supposé avec raison que le désir de favoriser les rapports commerciaux avec les villes d’Orient fut pour beaucoup dans l’adoption, par cette cité cosmopolite et corrompue, d’un usage qui répugne d’ailleurs au génie hellénique. »

J.A.Hild

Sûr que St Paul ne devait pas apprécier !!

 

 

Ô filles charmantes, servantes

De Peithô dans la plantureuse Corinthe,

   Vous qui sur l’autel, les larmes d’or de l’encens

     Versez, qui vers la mère des amours,

        L’Aphrodite céleste, élevez

         Votre esprit,

           Vous donnez votre corps sans critique,

         Ô beautés, au sein de votre couche suave,

        Pour y recueillir les fruits de la jeunesse.

       Nécessité le veut, et tout est pour le mieux ! 

      Ô divine Cypris, dans ton sanctuaire,

     Des hétaïres, cortège

   De cent filles, sont menées par Xénophon,

Heureux d’être pareillement comblé…

 

Pindare – fragment d’éloge – Cité par Athénée, XIII, 473

 

 

Nous repassons le pont sur l’Isthme de Corinthe pour passer la nuit à Loutraki, tout au fond du golfe de Corinthe. Hôtel Mantas, TB.

 

Lundi 29 septembre : canal de Corinthe – Lerne – Argos – Tirynthe – Nauplie – Keratsitsa – Sparte

 

En route pour Argos. Cette fois-ci nous nous arrêtons pour admirer l’entaille impressionnante du canal de Corinthe qui relie le golfe de Corinthe, dans la mer Ionienne, à l’ouest, au golfe saronique, dans la mer Egée, à l’est.

Dès le 7e s avant J.-C. on roulait les bateaux d’une mer à l’autre sur une voie dallée munie d’ornières de guidage. Les bateaux étaient posés sur des bers (berceaux) et ces bers étaient tirés par des cordages entraînés par des contrepoids. Ce système appelé diolkos est parfois considéré comme le premier transport guidé connu.

La première tentative de construction d’un canal à cet endroit est attribuée à Néron en 67, qui inaugura les travaux avec une pelle en or. Elle mobilisa 6000 prisonniers juifs envoyés par Vespasien. L’année suivante, à la mort de Néron, son successeur Galba abandonna le projet, jugé trop onéreux.

Finalement, il faut attendre la fin du 19e s et le projet de l’ingénieur Béla Gerster, lui-même partant du projet de Virlet d’Aoust, pour que les travaux commencent en 1882.

Après bien des péripéties (financières, géologiques etc…) l’inauguration solennelle a lieu le 25 juillet 1893 en présence du roi Georges Ier. La mise en circulation a lieu en 1894 et le premier bateau à traverser le canal est un navire français de 110 m de long et 13 m de large, le Notre Dame du Salut.

 

Près du pont, une vieille dame vend de petits porte-bonheurs en paille tressée et torsadée du plus bel effet.

 

Nous arrivons maintenant dans la riche plaine de l’Argolide, Argos étant un centre agricole (élevage, plantations de tabac et citrons) dont le débouché naturel est le golfe de Nauplie. Cette région fut occupée dès la période préhistorique et nous commençons par visiter des sites préhistoriques.

Nous passons entre 2 collines où se trouve l’acropole de Mycènes, l’ennemie héréditaire d’Argos.

Argos est maintenant une ville très dense et très peuplée, assez banale, loin des descriptions idylliques qu’en font les voyageurs des 18 et 19e s vantant les maisons aux couleurs pastel closes de jardinets colorés et fleuris.

 

Nous traversons le village de Myli où le révolutionnaire grec Makriyannis remporta une victoire contre le fils du Pacha d’Egypte lors de la révolution grecque (1825).

Nous voici sur le site de Lerne, à une douzaine de kms au sud d’Argos, zone jadis marécageuse au bord du golfe d’Argolide.

Encore une fois Héraclès intervient en y accomplissant l’un de ses 12 travaux : tuer l’hydre monstrueuse qui vit dans ces marais.

 

« Cette créature est décrite comme un monstre possédant plusieurs têtes, dont une immortelle. Celles-ci se régénèrent doublement lorsqu’elles sont tranchées, et l’haleine soufflée par les multiples gueules exhale un dangereux poison, même durant le sommeil du monstre. Héraclès, recouvert de sa peau de lion pour se protéger des morsures, attira la bête hors de son repaire en lui décochant quelques flèches enflammées. L’Hydre de Lerne apparut accompagnée d’un crabe (ou une écrevisse géante) envoyé par Héra dans le but de distraire Héraclès lors du combat. Agacé par les pincements du crabe, Héraclès l’écrasa du talon. Zeus en fit alors une constellation: celle du cancer à côté de celle du Lion.

Débordé par les multiples régénérations céphaliques, Héraclès appela Iolaos , fils d’Iphiclès, à la rescousse. Sur l’ordre de son oncle, il enflamma quelques arbres et utilisa des brandons afin de cautériser les moignons de cou. Quant à la tête immortelle, elle fut tranchée et enterrée, encore sifflante, sous un rocher. Hercule trempa ses flèches dans le venin de la bête, de manière à les rendre mortelles à tous les coups. » Wikipédia

 

Où l’on voit encore une fois que les travaux d’Héraclès sont une façon de montrer le combat des anciens grecs contre les forces de l’eau ; ici l’hydre, ses multiples têtes et son haleine fétide sont l’expression des marais aux courants mouvants, toujours renaissants malgré les efforts de drainage, et à l’air empoisonné (la male aria).

Le site préhistorique de Lerne n’est pas spectaculaire, mais intéressant car il nous fait remonter dans la préhistoire jusqu’à 6.500 ! Poteries et outils de pasteurs rappellent qu’une communauté de pasteurs occupait ces lieux.

Le site s’étend sur un monticule peu élevé (5,50m) et sur une ère de 180 X 160 m. Cette modeste colline est le résultat de l’accumulation d’habitations successives sur une durée approximative de 5.500 ans.

Les fouilles entreprises en 1952 ont permis de mettre à jour une grande maison remontant à l’Helladique ancien (début 3e millénaire) : la « maison des tuiles », ainsi appelée pour le grand nombre de tuiles trouvées sur le site. Protégée par un hangar, elle comporte de longs corridors, quelques petites chambres, mais aussi une grande pièce à l’entrée qui devait être surmontée d’une espèce de balcon-terrasse et fait penser à une organisation sociale déjà bien évoluée. Construite en briques crues, elle subit un incendie avant même son achèvement complet.

 

Que s’est-il passé ensuite ? Il semble qu’assez rapidement, cette maison ait été recouverte d’un tumulus et plus ou moins considérée comme sacrée. Beaucoup plus tard, 2 tombes datant d’environ 1700 avant J.-C. furent creusées dans le tumulus.

 

ßStatuette de l’âge du bronze

 

Les ruines de Lerne sont envahies d’une plante curieuse dont Constantin nous dit de nous méfier. Voici pourquoi : il s’agit du concombre d’âne ou cornichon d’âne (Ecballium elaterium) ; c’est une espèce de plantes herbacée vivace de la famille des cucurbitacées. C’est l’une des rares Cucurbitacées spontanées en Europe. Elle est remarquable par le mode de dispersion de ses graines : elles sont projetées hors du fruit par une sorte d’explosion provoquée par le détachement de son pédoncule. Le fruit est littéralement « sous pression », de telle sorte que l’ouverture provoquée par le détachement du pédoncule permet la projection des graines à quelques mètres. La plante et particulièrement son fruit, est toxique car contenant des cucurbitacines. La pulpe de son fruit est un purgatif violent et le jus qui s’en échappe est irritant pour la peau.

 

Retour à Argos, ville mythique, lieu de tant de légendes, 2 fois honorée par Zeus dans ses filles Alcmène, mère d’Héraclès, et Danaé, mère de Persée.

 

Constantin nous raconte l’histoire des Danaïdes.

 

Danaos, avait un frère pour le moins ambitieux. Déjà roi d’Arabie, il s’était s’emparé de l’Egypte, à laquelle il avait donné son nom ; il pressa alors son frère d’unir ses 50 filles à ses 50 fils afin d’éviter des guerres de succession. Mais un oracle ayant révélé à Danaos que l’intention des fils de son frère était de tuer ses filles après les noces, il décida de s’enfuir avec elles et parvient jusqu’à Argos, où il devint roi avec l’appui d’Athéna. (Selon Eschyle, cette fuite n’était provoquée que par l’aversion des Danaïdes pour un mariage contre nature avec leurs cousins.)

Les fils d’Égyptos se rendirent néanmoins jusqu’à lui, sur l’ordre de leur père, et finirent, sous la menace d’un siège, par le faire revenir sur son refus de leur donner ses filles en mariage. Le soir des noces, craignant toujours que se réalise la prédiction de l’oracle, Danaos ordonna à ses filles de cacher dans leurs cheveux une grande épingle dont elles se serviraient pour percer le cœur de leurs maris dès qu’ils dormiraient. Toutes obéirent sauf une, Hypermestre, qui sauva son époux Lyncée et l’aida à s’enfuir. Par la suite, celui-ci revint et se vengea en tuant les coupables ainsi que Danaos. Lyncée et Hypermnestre régnèrent alors sur Argos.

Dans la tradition tardive, arrivées aux Enfers, les Danaïdes furent jugées et précipitées dans le Tartare, condamnées à remplir éternellement des jarres percées. Ce châtiment est resté célèbre par l’expression du « tonneau des Danaïdes », qui désigne une tâche absurde, sans fin ou impossible.

Un autre personnage important d’Argos est Persée, fils de Danaé, fille du roi d’Argos Acrisios qui, averti par un oracle que son petit-fils le tuerait, tenait sa fille enfermée dans une tour d’airain. Cela n’empêcha pas Zeus de la séduire sous la forme d’une pluie d’or. Persée naquit ainsi dans le secret. Révélé à son grand-père par ses cris, il fut enfermé dans un coffre avec sa mère et jeté dans les flots, qui les portèrent dans l’île de Sériphos. Tous deux furent recueillis par un pêcheur, qui éleva le garçon comme son fils. Devenu adulte, Persée se vit confier par Polydecte, le roi de l’île, la mission de tuer la Gorgone Méduse, dont la chevelure était faite de serpents et dont le regard pétrifiait ceux qu’il atteignait. Vainqueur grâce aux armes magiques remises par Hermès et Athéna, il passa sur le chemin du retour par l’Ethiopie où il rencontra la princesse Andromède promise à un monstre marin suite aux paroles imprudentes de sa mère Cassiopée. Persée la délivra grâce à son épée magique et l’épousa. Il rejoignit ensuite sa patrie, Argos, qu’Acrisios avait fuie par peur de l’oracle pour se réfugier à Larissa. Or le roi de cette cité organisait des jeux funéraires. Persée, en lançant le disque, tua accidentellement Acrisios, qui assistait aux épreuves comme spectateur. Par égard pour son défunt grand-père, Persée échangea sa royauté d’Argos contre celle de Tirynthe.

La légende de Persée, en particulier les épisodes de Méduse et d’Andromède, a connu une grande fortune après l’Antiquité. Il est probable qu’elle ait influencé les légendes chrétiennes des saints pourfendeurs de dragon, comme celle de saint Georges.

Les ruines de l’agora d’Argos ne sont pas très parlantes. On peut y deviner un héroon consacré aux héros qui partirent en expédition contre les Thébains, un portique, les bases d’une tholos qui devait être tout en marbre, un nymphée et un égout collecteur.

En revanche, le site de fouilles du quartier du théâtre est impressionnant. En réalité, il y a 2 théâtres : le 1er (fin 4e s) que l’on voit en entrant est le plus grand de Grèce ; taillé dans la colline de Larissa, il épouse le terrain et n’a pas la régularité parfaite de celui d’Epidaure. On y logeait 20.000 spectateurs ! Il fut remanié par les romains qui y organisaient même des comédies-ballets aquatiques.

Sur le mur de scène, on devine encore les Dioscures, Castor et Pollux, jumeaux nés de Léda, mais dont l’un, Pollux, était de la semence de Zeus, tandis que l’autre, Castor, était tout bêtement le fils du mari de sa mère, Tyndareos. Ils étaient aussi les frères d’Hélène, fille de Zeus, née d’un œuf, à moitié divine. Les Dioscures étaient toujours présentés ensemble, ici sur des chevaux. On les représentait aussi par 2 amphores ou 2 serpents. Ils constituent le signe des Gémeaux dans le zodiaque.

 

Le 2e théâtre en partant vers la gauche est en réalité un petit odéon romain encore bien conservé. Il fut construit au 1er s après JC sur l’emplacement d’un théâtre à gradins droits taillés dans le roc et antérieur au 4e s avant J.-C.. On voit parfaitement la délimitation entre les 2 sortes de gradins, en rangs droits en haut et courbes en bas.

Constantin entonne un chant grec ancien et moi un petit air baroque, mais il y a pas mal de vent et l’acoustique est loin de valoir celle d’Epidaure !

 

Autre point intéressant ; les thermes romains, immense bâtiment de briques, construit au 1er s après J.-C. sur un temple dédié à Sérapis, ce dieu égyptien, importé par Alexandre le Grand. L’immensité du bâtiment montre que, en plus du but hygiénique, ces thermes avaient aussi une fonction sociale : thermalisme, soins (Asclépios remplaça d’ailleurs Sérapis), réunions.

 

Argos ayant de tout temps connu des problèmes de sécheresse, semble-t-il, on retrouve un système hydraulique sophistiqué initié – dit la légende – par les Danaïdes et développé surtout par les romains : puits, aqueducs, fontaines etc.….Un petit canal à flanc de colline nous amène au bas d’une fontaine monumentale de type grotte-nymphée (2e s après J.-C.- don de l’empereur Hadrien).

 

Nous reprenons le car pour rejoindre Tirynthe.

Tirynthe a beau avoir les murs les plus imposants qui soient, on ne la découvre qu’en arrivant tout près car le mamelon rocheux sur laquelle elle est construite n’est pas bien haut (30 m). La mythologie la dit fondée par Proétos, descendant de Danaos. Lui-même est à l’origine de Persée, Héraclès, Eurysthée…bref le super casting de « gloire et passion », feuilleton mythologique que Constantin nous sert mi-sérieux, mi-amusé.

Plus sérieusement, Tirynthe a des origines néolithiques, puis à partir de l’âge du bronze, entre le 18e-15e s avant J.-C., la cité prit de l’ampleur, devint un centre important et s’entoura de remparts monstrueux. Constantin, en bon Grec ennemi de l’hubris, les trouve vraiment exagérément épais ; cela ne sert à rien d’avoir amoncelé autant de blocs d’une telle masse ! Cet amoncellement d’énormes blocs que la légende attribue bien sûr aux cyclopes fut peut-être l’œuvre de prisonniers de guerre, réduits en esclavage. Jusqu’à 17 m d’épaisseur et des blocs de 13 tonnes ! On monte vers la cité et le palais par une rampe. Une porte formée de 2 immenses pierres levées porte encore les traces des gonds et des barres de fermeture.

En haut de la forteresse se développait un palais qui montre combien cette ville avait de l’importance : propylées menant à une cour d’honneur, autel royal, fosse à sacrifices, portiques précédaient la salle du trône où l’on voit encore la délimitation du grand foyer central et du trône. Le palais comportait aussi un gynécée et une salle bain bien aménagée avec eau courante. Toute cette description demande quand même pas mal d’imagination.

Vers 1200 avant J.-C.eut lieu l’invasion dorienne et Tirynthe déclina irrémédiablement.

 

Nous repartons traçant notre sillon dans la plaine couverte d’orangers et de citronniers ; la mer nous attend à Nauplie où nous déjeunons puis flânons au gré des ruelles pentues et le long de la promenade marine. Tout en haut de la ville charmante, se dressent les 2 forteresses, chacune sur son piton rocheux :

  • le rocher Palamède (ou Palamidi) datant du 17e s (286 m) construit par les Vénitiens lors de la 2e époque de leur présence à Nauplie et perdue contre les Turcs en 1715. Reprise par les Grecs en 1822, elle devint le siège du gouvernement révolutionnaire.
  • et Acronauplie, forteresse qui remonte à l’antiquité et sous laquelle la ville actuelle s’est développée.

Occupée successivement par les Francs, les Vénitiens et les Turcs qui y ont tous laissé leur empreinte, elle a été la seconde capitale de l’Etat grec libre (1828-1834), après Egine. C’est une jolie ville dynamique qui a vu s’installer nombre de « premières » au 19e s : pharmacie, écoles, lycées, école militaire etc. L’entrée du port est gardée par la forteresse Bourdzi, de style vénitien (15e s), autrefois appelée îlot St André. Quand on voulait bloquer l’entrée du port, une chaîne était tirée de l’îlot jusqu’à la terre ferme.

 

Guerre d’indépendance grecque       (Wikipédia)

 

« Nauplie fut l’un des objectifs des Grecs insurgés. Dès 1821, les navires commandés par Laskarina Bouboulina mirent le siège à la ville, mais ne purent la prendre. Leurs assauts furent repoussés à trois reprises. Le12 décembre 1822 (30 novembre julien), le chef de guerre Staïkopoulos s’empara du fort Palamède, abandonné par sa garnison, avec 350 hommes. Les Ottomans capitulèrent alors, et furent évacués à la fin du mois, les portes de la ville, occupée par les troupes de Kolokotronis, n’étant ouvertes que le 4 janvier afin d’éviter le massacre de la population et d’éviter le pillage du butin.

La ville ne fut plus jamais reconquise par les Turcs, mais assiégée plusieurs fois, au cours des guerres civiles et de la campagne d’Ibrahim Pacha.

En 1827, les flottes britannique, française et russe se rassemblèrent avant de patrouiller dans les mers grecques pour forcer les Turcs à la négociation. Cela aboutit à la bataille de Navarin.

Début 1828, Ioannis Kapodistrias arriva à Nauplie. La ville devint capitale l’année suivante. Kapodistrias réorganisa la ville. Le chef de l’État grec fut assassiné en 1831 sur les marches de l’église Saint-Spiridon.
En décembre 1832, alors que la ville était occupée par les troupes françaises, des échauffourées eurent lieu avec des combattants grecs de la guerre d’indépendance. Les Français dispersèrent leurs adversaires au canon et firent 300 morts. Les grandes puissances imposèrent alors le fils du roi de Bavière Louis 1er Othon, comme souverain à la Grèce. L’assemblée nationale grecque, réunie à Pronia, accepta le nouveau souverain. Othon arriva en Grèce, à Nauplie, le 18 janvier 1833. Alors que la ville était encore capitale, on y jugea pour désobéissance le héros de la guerre d’indépendance  Théodoros Kolokronis. Il fut condamné à mort. Le roi commua sa peine en emprisonnement. Kolokotronis fut enfermé dans le fort Palamède. À l’automne 1834, la capitale fut transférée à Athènes.

En février 1862, ce fut la garnison de Nauplie qui donna le signal de l’insurrection contre le roi Othon. »

 

Quel plaisir de flâner par ce beau temps avec les amis dans les ruelles escarpées et devant les vitrines de komboloi, ces petits chapelets que les hommes égrènent pour passer le temps au café ou même dans les transports en commun. Constantin le manipule régulièrement dans l’autocar. Rien de religieux dans ces chapelets à 15 grains terminés par une floche, parfois en ambre, souvent en plastique. Ce n’est qu’un moyen de rester zen !

Le mot komboloï vient du grec kómbos (κόμπος) signifiant « nœud » et -loï (λόι) signifiant « regrouper ensemble».

Les komboloï sont essentiellement vendus dans les kiosques en Grèce (Periptera). On les vend en même temps que les journaux, les cigarettes et les confiseries. Leur faible prix permet à leurs utilisateurs de les changer souvent dès qu’ils se brisent.

Traditionnellement, le porteur d’un komboloï le fait tourner sur ses doigts dans un sens puis dans l’autre de manière à ramener les boules au creux de la main. La sensation de toucher ces petites perles l’une après l’autre est réputée détendre le corps et calmer l’esprit.

De nombreuses perles ont été trouvées dans les tombes préhistoriques, sans qu’on puisse en connaître l’usage exact. L’étymologie du mot laisse penser qu’il pourrait à l’origine s’agir de nœuds formés sur une corde, ensuite remplacés par des perles.

Pour certains, le komboloï pourrait avoir pour origine des boules chinoises relaxantes, que les Grecs auraient simplifié pour le rendre plus maniable. Les premiers komboloïs proviendraient de la Grèce du nord.

Selon une autre hypothèse il serait dérivé du chapelet coranique, lequel dérive probablement du Mâlâ d’Extrême-Orient et d’Inde. Une hypothèse dérivée de celle-ci serait que certains grecs s’en seraient procuré et les auraient utilisés de cette manière pour se moquer d’envahisseurs de religion musulmane. Mais cette hypothèse ne tient pas compte de l’ancienneté supposée du Komboloï grec.

Cet objet, élément du folklore vivant, est presque devenu un fait culturel ou ethnologique en Grèce où l’on trouve à Nauplie un musée du Komboloï.             Wikipédia

 

Sur la place principale en bord de mer, se dresse la statue de Manto Mavrogenous, née en1796 et décédée en 1848, héroïne de la guerre d’indépendance grecque (1821-1830). Femme riche, elle finança une escadre qui opéra depuis Mykonos, ce qui lui valut le titre de lieutenant général.

En route pour Sparte, nous passons Tripoli puis une petite ville Kerasitsa célèbre pour l’enfant du pays, Grigoris Lambrakis, qui fut incarné par Yves Montand dans le film « Z » de Costa Gavras. Voici, trouvées sur Wikipédia l’historique et les circonstances politiques de cet épisode troublé de la Grèce.

 

Grigóris Lambrákis né en 1912 Kerasitsa dans le dème de Tégée (Arcadie), mort le 27 mai 1963 à Thessalonique, est un médecin, athlète, et surtout homme politique, dont l’assassinat est le sujet des roman et film « Z ».

Dans les années 1930, c’est un sportif notable. Il est recordman de Grèce de saut en longueur de 1936 à 1959. Il participe aux jeux balkaniques et y remporte plusieurs médailles d’or. Pendant l’occupation (1941-1944), il prend part aux activités de la Résistance ; il organise aussi, dans le cadre de l’Union des athlètes grecs qu’il a fondée, des compétitions sportives afin de lever des fonds pour l’assistance alimentaire, l’occupation étant en Grèce une période de famine pour les pauvres (300.000 morts de faim durant l’hiver 1941-42).

Il termine ses études après la guerre et soutient sa thèse de doctorat en 1950, ayant choisi de se spécialiser en gynécologie. Il devient professeur à la Faculté de médecine d’Athènes.

 

La Grèce est alors une monarchie parlementaire dont le souverain est le roi Paul 1er, époux depuis 1938 de l’Allemande Frederika de Hanovre.

Les années 1950 sont marquées par les suites de la guerre civile (1946-1949). Les mesures du temps de guerre sont maintenues : interdiction du parti communiste (1947), détention politique, détention administrative, etc.

 

Les gouvernements sont centristes jusqu’en 1952, puis passent à la droite avec le parti du Rassemblement grec, dirigé par le général Alexandre Papagos, premier ministre de 1952 à 1955. Son successeur, Constantin Karamanlis, qui rebaptise le parti Union nationale radicale (ERE), accentue l’autoritarisme de ce régime en principe démocratique, au nom de la lutte contre le communisme et de la Grèce éternelle. Les campagnes sont étroitement contrôlées par la gendarmerie ou l’armée ; les grandes villes sont un peu plus libres.

 

Face à la droite, le centre est divisé entre Plastiras, Venizelos, Papandréou ; la gauche est représentée par le parti de la Gauche démocratique unie (EDA) créée en 1951, qui est au départ une émanation du PC clandestin, mais à qui toute propagande communiste directe est interdite et qui devient progressivement autonome par l’adhésion de nombreux non-communistes.

En 1951, l’EDA a 9 % des voix et aucun député. En 1958, elle bénéficie de nombreuses voix centristes et atteint 25 % des suffrages (78 députés), mais retombe à 14 % en 1961. En revanche, les centristes réunis au sein de l’Union du Centre emportent 33 % des voix ; Georges Papandréou en devient le leader et lance une stratégie de « lutte intransigeante » contre les dérives autoritaires du régime.

 

Grigóris Lambrákis est élu député de l’EDA en 1961, dans la circonscription du Pirée.

Son mandat est marqué notamment par la marche de Marathon à Athènes le 21 avril 1963, au départ prévue comme manifestation en faveur de la paix ; mais le gouvernement l’ayant interdite, la police intervient pour l’empêcher, arrêtant entre autres Mikis Theodorakis. Lambrakis, protégé par son immunité parlementaire, l’effectue seul.

Le mercredi 22 mai 1963 (veille de l’Ascension), à la sortie d’un meeting du mouvement pour la paix tenu à Thessalonique, Lambrákis est renversé par une motocyclette triporteur sur lequel se trouvent deux hommes, Emannouil Emannouilidis et Spyro Gotzamanis. Gravement touché à la tête, Lambrakis est hospitalisé dans le coma. Un autre député de l’EDA, Georges Tsaroukas, est lui aussi blessé, mais moins gravement. L’état de Lambrakis est très vite jugé désespéré, mais on fait venir plusieurs médecins de divers pays étrangers pour le soigner.

Durant l’agonie de Lambrakis, l’EDA envoie auprès de lui une délégation formée par le poète Yannis Ritsos, membre du Comité directeur, Mikis Theodorakis et Manolis Glézos. C’est à ce moment que naît l’idée d’un mouvement spécifique autour de Lambrakis.

Lambrákis meurt au bout de cinq jours, le lundi 27 mai.

Son corps est acheminé à Athènes par le train. Les autorités soumettent Athènes et Thessalonique à un déploiement de l’armée afin d’éviter toute manifestation, mais il s’en produit tout de même à Athènes.. Les funérailles ont lieu le 28. Une cérémonie religieuse a lieu dans la cathédrale orthodoxe d’Athènes, sous la direction de l’archevêque-primat de Grèce, en présence du leader de l’EDA, Ilias Ilou, des leaders de l’Union du Centre, Sophocle Venizelos et Georges Papandreou, du président de l’Assemblée, Constantin Rodopoulos. Le trajet de l’église au cimetière s’étend sur 6 km, le long desquels se presse une foule immense dans ce qui est une manifestation anti-gouvernementale de grande ampleur. Un accord a été conclu entre l’EDA et le gouvernement pour que les choses se passent bien et effectivement, la fin de la cérémonie n’est marquée par aucun incident, malgré une lourde présence policière.

 

Les participants ont proclamé Lambrakis « Immortel » en criant : Athanatos. Peu après, apparaîtront sur les murs les « Z », abréviation de « Zei » : « Il est vivant ».

 

Remarque préliminaire : ni le roman, ni le film « Z », ne constituent des sources documentaires sur l’affaire Lambrakis. Ils sont globalement exacts, mais pas dans tous les détails, particulièrement sur deux points : que Grigoris Lambrakis ait été frappé avec un instrument contondant ; que des hautes personnalités de la police aient assisté à l’accident. Cela n’apparaît pas dans les comptes rendus de deux quotidiens français, Ouest-France et Le Monde. Il semble qu’il n’y ait pas eu d’évidence de l’attentat, contrairement à ce qui se passe quand on regarde le film. Il a donc fallu quelques jours pour que l’incident soit reconnu comme attentat politique.

Dans un premier temps, les événements du 22 mai sont présentés comme un accident de la circulation et Caramanlis déclare : « De tels incidents peuvent se produire dans les pays les plus démocratiques sans que le gouvernement en soit rendu responsable. ». Mais il est très vite établi que « Lambrakis a été volontairement renversé par deux motocyclistes » et d’autre part que les deux hommes appartiennent à l’extrême-droite. Le 28 mai, M. Sotirchozolos, principal témoin à charge contre Gotzamannis, est violemment agressé à Thessalonique et échappe de peu à la mort. Le 29 mai, Constantin Caramanlis ordonne qu’une enquête ait lieu sur les circonstances de la mort de Lambrakis.

Elle est confiée dans un premier temps à un général de gendarmerie, Vardoulakis, qui se montre excessivement partial et sera par la suite condamné pour avoir exercé des pressions contre des témoins.

L’instruction du juge Christos Sartzetakis (incarné par Jean-Louis Trintignant), soutenu par le procureur général Delaportas, établit la complicité d’éléments de la gendarmerie et de la police; l’attentat n’a pas été commandité par Caramanlis lui-même, mais il révèle que son régime autoritaire est sans autorité sur certains services : il aurait dit, apprenant les circonstances exactes de la mort de Lambrakis : « Mais qui gouverne ce pays ? ».

Sur le plan politique, le crime de Thessalonique bouleverse la Grèce (on peut comparer son impact en Grèce à celui de la mort de Kennedy aux Etats-Unis, quelques mois plus tard).

Caramanlis démissionne en juillet, à cause de la visite du roi à Londres, à un moment où les relations avec le Royaume-Uni sont tendues. Les élections de novembre 1963 placent l’Union du Centre en tête avec 40 % des voix (l’EDA conserve 15 %) ; Papandréou devient Premier ministre, mais ne voulant pas gouverner avec l’EDA, n’a pas la majorité à l’Assemblée et démissionne peu après. Lors des nouvelles élections, en février 1964, l’EDA adopte une attitude électoralement favorable au Centre qui obtient un peu plus de 50 % des voix (11 % pour l’EDA).

Commence alors une nouvelle phase de l’histoire de la Grèce, qui aboutira au coup d’état des colonels : la popularité du gouvernement Papandréou, la montée d’une aile gauche menée par Andréas Papandréou, les manœuvres du roi aboutissant à la démission de Georges Papandréou en 1965, l’échec du gouvernement de la droite et des centristes ralliés, la perspective d’une nouvelle défaite électorale en 1967, le coup d’État du 21 avril 1967.

Quelques jours après sa mort, est créé, parallèlement à celui des jeunes de l’EDA, un nouveau mouvement, présidé par Mikis Theodorakis, dont l’œuvre dans les deux années précédentes a eu une résonance politique très forte, notamment Epitaphios (sur un poème de Yannis Ritsos à propos de manifestations à Thessalonique en 1936). Lors des élections de février 1964, Mikis Theodorakis est élu député du Pirée, la circonscription de Grigoris Lambrakis.

 

Les Jeunesses Lambrakis jouent un rôle important dans la mobilisation populaire des mois qui suivent, en particulier lors des deux marches de Marathon en 1964 et 1965, en commémoration de celle de 1963 où Lambrakis avait marché seul. Mais leur grand moment est l’été 1965, après la démission de Georges Papandréou. Pendant deux mois, Athènes connaît chaque nuit une situation d’émeute. Mais la réaction de la droite se concentre contre le mouvement qui, pour échapper à la dissolution, est obligé à la fin de l’année de s’intégrer dans la jeunesse de l’EDA, Théodorakis abandonnant ses fonctions sans que cela soit annoncé publiquement. En 1966, la marche de Marathon est un échec, on voit de nouveau la police traquer les groupes de manifestants.

Il faut reconnaître que les Jeunesses Lambrakis ont aussi été considérées avec suspicion par les éléments les plus orthodoxes (staliniens) de l’EDA, et surtout par les dirigeants en exil du PCG. On peut considérer que c’est un préliminaire à la scission du PC, début 1968, entre parti de l’intérieur et parti de l’extérieur.

Après le coup d’état du 21 avril 1967, l’EDA et tous les groupes liés sont dissous et le règlement n° 13 de l’armée décrète : 1) l’interdiction totale de la musique de Théodorakis 2) l’interdiction des chants des « jeunesses communistes », c’est-à-dire des Jeunesses Lambrakis.

Lorsque le procès a lieu, la Grèce est donc gouvernée par une coalition entre l’ERE et de dissidents de l’Union du Centre qui ont trahi Georges Papandréou.

Malgré tout, le procès confirme le rôle des forces de l’ordre, mais les officiers de gendarmerie impliqués, condamnés seulement pour « abus de pouvoir » et non « complicité de meurtre », subissent des peines de prison assez courtes. Ils seront amnistiés après le coup d’Etat de 1967.

Sur le plan artistique, il inspire dès 1963 un court-métrage de Dimos Theos et Fotos Lambrinos, « Cent Heures en mai ». Puis le romancier Vassili Vassilikos écrit son roman  « Z » (1966), qui est découvert par Costa Gavras lors d’un séjour en Grèce. Il réalise le film « Z” en 1969.

Nous finissons la journée à Sparte. Hôtel Maniatis. La ville de Sparte ne présente rien de vraiment intéressant, à part son musée archéologique que nous visiterons demain.

 

Mardi 30 septembre       Sparte       Monemvasia

Sparte ou Lacédémone, ville prestigieuse du Péloponnèse dans l’antiquité, est perpétuée aujourd’hui par une ville moderne de 18.184 habitants du même nom. Située sur l’Eurotas, dans la plaine de Laconie, entre le Taygète et le Parnon, elle est l’une des cités-Etats les plus puissantes de la Grèce antique, avec Athènes et Thèbes.

Déjà mentionnée dans l’Iliade, elle devient au 7e s avant. J.-C. la puissance dominante de sa région et prend la tête des forces grecques lors des Guerres médiques. Au 5e s avant. J.-C., elle remporte la guerre du Péloponnèse qui l’oppose à Athènes, mais perd l’hégémonie après la défaite de Leuctres contre les Thébains d’Epaminondas.

Sparte se distingue des autres cités par un modèle social où la minorité des Homoioi (les « égaux » entre eux) exerce à plein temps la citoyenneté tandis que l’activité économique est assurée par les Périèques, population libre mais non-citoyenne, et par les Hilotes, dont le statut s’apparente aux serfs du Moyen-âge occidental. L’éducation est obligatoire, collective et organisée par la cité: elle vise à former des soldats disciplinés, efficaces et attachés au bien de la cité. De fait, l’armée spartiate est renommée comme la plus puissante du monde grec. Le gouvernement est exercé par 2 rois. Issus des 2 familles aristocratiques les plus anciennes de la ville, ils avaient un rôle surtout militaire, mais sans pouvoir absolu. Aristote classe même sparte parmi les démocraties car il existait une assemblée de guerriers et cinq « éphores » qui contrôlaient les rois pour éviter toute monarchie absolue ; ils n’hésitaient pas à les traduire en justice et à les encourager au suicide en cas de condamnation ! Il existait aussi un sénat composé de vieillards (+ de 60 ans) car, à cet âge-là, les hommes ne combattaient plus.

Bien que la domination de Sparte prenne fin au 4e s av. J.C., la fascination qu’elle exerce persiste de l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Spartiates célèbres

 

 

A tout seigneur, tout honneur : « C’est moi, l’époux de la reine,

pou de la reine, pou de la reine, pou de la reine, le roi Ménélas ! »

 

Comment se défaire de l’image crée par Offenbach d’un roi falot et trompé par la Belle Hélène ?

Sparte joue pourtant un rôle important dans la guerre de Troie apportant selon le Catalogue des vaisseaux 60 nefs, nombre important mais moindre que les 100 d’Agamemnon, les 90 de Nestor et les 80 de Diomède. Au chant IV, Sparte est citée parmi les trois cités qui sont « chères entre toutes » à Héra, avec Argos et Mycènes.

 

 « Léonidas », sur la place de la mairie

 

Autre Spartiate célèbre : Léonidas ! Un soldat courageux pas vraiment en chocolat. Roi de Sparte, chef d’armée, il se sacrifia avec ses soldats en 480 avant J.-C. pour retarder le passage des Perses vers Athènes lors de la bataille du défilé des Thermopiles.

 

 

 

 

Voici Lycurgue, législateur qui donna à Sparte sa constitution très curieuse.

 

 

 

 

 

 

 

Spartathlon : ce mot ne vous dit rien et pourtant ! Il s’agit d’une compétition internationale qui commémore l’exploit de l’Athénien Phidippidès envoyé demander de toute urgence des renforts à Sparte en 490  avant J.-C. pour résister à l’avancée des Perses. Il parcourut donc à toute allure, et à pied bien sûr, les 250 Km séparant Athènes de Sparte en passant par Eleusis, Mégare, Corinthe et Némée.

C’est un Français, Roland Villemenot, qui remporta l’épreuve en 1996. Cette épreuve est aussi ouverte aux femmes et 2 Françaises l’ont gagnée en 1990 (Anna Deguilhem, 43 H 7 min) et en 1999 (Anny Monod, 35 H 38 min). Chapeau !

L’histoire de Sparte semble fortement troublée au cours des siècles jusqu’à disparaître presque complètement à l’époque médiévale ; ses habitants s’établissent à Mistra, plus haut et plus en sécurité dans cette ville fortifiée (13e s).

 

Nous nous contentons de visiter le musée, très intéressant mais heureusement que Constantin est là pour décrypter les objets peu légendés et donc pour la plupart peu explicites.

 

Une stèle attire l’attention : on y voit sous une inscription les traces de 5 faucilles qui y étaient incrustées, cadeau offert au vainqueur d’un concours de poésie musicale appelé « muse ». L’inscription déclare que le dénommé Orthia ( ?), qui a remporté 5 fois le concours, a reçu ce cadeau de Léontès et que son père l’a couronné en récitant un poème composé de vers « à chiffres égaux ». Qu’est-ce à dire ? Il s’agissait d’un jeu littéraire consistant à composer des vers dont la somme des lettres était la même, sachant que chaque lettre de l’alphabet représentait un chiffre : le alpha= 1, le bêta= 2 etc… Sacré casse-tête !

Ici, chaque vers vaut 2730.

Pourquoi des faucilles en cadeau ? Il faut relier ces faucilles au fait que Sparte révérait beaucoup la déesse Artémis, déesse vierge mais intéressée par la production agricole, la chasse et même les femmes enceintes.

En général la sculpture de Sparte n’a pas beaucoup de relief.

Palmette à

de la période hellénistique commençant par des pattes de lion.

 

Période romaine

ß

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette stèle aussi mérite des explications : un couple est assis sur un trône, un escabeau sous les pieds. L’homme au 1er plan avec de longues tresses nous regarde ; la femme de profil au fond lève son voile d’une main. L’homme tient un vase d’une main. C’est un canthare généralement consacré à Dionysos et dans lequel on boit du vin. Il y a un serpent (et dans d’autres stèles similaires des chiens, un œuf, un cheval etc… ) Qui sont-ils ? Peut-être des défunts ou des dieux du monde souterrain, des divinités chtoniennes ; le serpent représenterait les Dioscures mais peut-être aussi un symbole typique de la terre. Cela reste énigmatique.

Cette stèle du 6e s avant J.-C. a été retrouvée dans une des maisons de l’agora. Ce n’est pas une stèle funéraire.

 

D’après la loi édictée par le législateur Lycurgue (probablement légendaire), seul les soldats morts au champ d’honneur et les femmes mortes en couche avaient droit à une stèle funéraire. Il fallait avoir donné quelque chose à la cité.                                         —>

 

 

 

 

 

Les Dioscures Castor et Pollux étaient très vénérés à Sparte. Ici ils sont représentés 3fois : hommes, amphores, serpents et l’œuf d’Hélène au milieu des 2 serpents en haut.

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Illustration de l’épisode à l’origine de la guerre de Troie ? Sur cette stèle du 6e s avant J.-C., une face montre un couple enlacé (Pâris et Hélène ?) et l’autre un homme qui enfonce son épée dans le corps d’une femme (Hélène et Ménélas ? ou Agamemnon qui force Clytemnestre à l’épouser ?)

 

Statue de guerrier hoplite, dit Léonidas – 480 avt JC – trouvée  dans le sanctuaire d’Athéna de l’acropole de Sparte

 

Les Spartiates ou Lacédémoniens, habitants de la Laconie étaient connus pour leur « laconisme », c’est-à-dire leur façon de condenser leur discours. Quand quelqu’un délayait ses propos, on lui demandait de « laconiser », c’est-à-dire de faire plus court.

 

 

Cette représentation d’une femme à genoux, nue et tenant un petit personnage dans un bras est énigmatique, peut-être Eileithya la déesse de l’accouchement.–>

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosaïque romaine racontant probablement la légende d’Achille jeune caché par sa mère parmi des filles, lui-même habillé en fille, qui se trahit aux yeux d’Ulysse venu le chercher déguisé en colporteur en choisissant parmi les objets présentés une épée.

 

 

 

Miroir, joli miroir….

 

 

 

 

Au musée, une carte postale attire notre attention : l’enlèvement d’Europe par Zeus incarné dans un taureau. Elle se trouve dans une villa romaine d’époque impériale (vers 300 après J.-C., qui ne se visite pas. La pièce de 2 € grecque en est ornée au verso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle grâce sereine chez Europe et Zeus-taureau a l’œil débonnaire.

Nous reprenons le car pour découvrir le sud du Péloponnèse.

Nous dépassons Amyklès ou Amyclées où se trouvait un grand temple dédié à Apollon. Le trône d’Apollon s’y dressait. Œuvre du sculpteur Bathyclès de Magnésie, il remonte au milieu du 6e s avant J.-C. et était surmonté d’une statue colossale archaïque dépassant le toit.

 

La route longe le Taygète, belle montagne austère qui culmine à 2.404 m. En mai 2012, elle était encore bien enneigée.

Sparte et le Taygète inspirèrent de tout temps les philosophes.

Maurice Barrès dans son « voyage de Sparte » le décrit ainsi :

 

« Un air de divine jeunesse enveloppe toujours les masses du Taygète. Sur ses neiges, je vois errer les centaures primitifs… »

 

« Je ne me lassais point d’errer, à l’ouest de la ville, dans les campagnes comprises entre l’Eurotras et la chaîne du Taygète. Des bosquets d’olivier, de sycomores et de platanes, des mûriers enlacés de vignes laissent pousser dans leur ombre claire de l’orge, des maïs, tous les légumes et toutes les fleurs. A chaque pas murmurent et fraîchissent de petites rigoles, par où la neige, qui blanchit les cimes du Taygète et qui ruisselle impatiente sur tous ses flancs, vient tremper cette terre brûlante. Mais ce paradis est un cimetière. Les cyprès y commémorent le plus illustre des deuils. Sur cette scène étroite, une race extraordinaire a donné sa représentation. (…) On y visite, dans les premiers escarpements du Taygète, le haut rocher des Apothètes, d’où Sparte précipitait tout enfant incapable de faire un guerrier vigoureux. … »

 

Sans recenser les nombreux philosophes, de l’Antiquité à notre époque, qui glosèrent sur ce que la morale spartiate apportait en bien ou en mal, il est certain que ce pays âpre qui engendra des gens courageux ne laisse personne indifférent. Constantin nous parle d’un philosophe grec contemporain, Dimitris Liantinis né en 1942 qui, en 1998, décida de monter sur le Taygète pour y mourir. Eros et Thanatos étaient au centre de sa pensée philosophique. On le chercha longtemps en vain jusqu’à ce que l’ami à qui il s’était confié précise, 10 ans plus tard, où se trouvait son squelette. L’attrait du Taygète, encore…ou Thanatos lui-même ?

 

Mais, foin d’idées noires, nous nous imprégnons surtout de soleil et de ciel bleu. La mer n’est pas loin ; notre route s’infléchit vers l’est et nous arrivons à Monemvasia, (signifie passage unique) petite presqu’île composée d’un gros rocher fortifié à la base duquel se niche une adorable bourgade où l’on se sent ailleurs, presque comme dans un rêve tant les vieilles pierres et la végétation s’imbriquent harmonieusement. C’est un peu le Gibraltar grec.

 

La cité a donné son nom à un cépage, puis à un vin célèbre au Moyen Âge, le malvoisie, qui était exporté jusqu’en Angleterre. Selon une légende populaire, Georges Plantagenêt, duc de Clarence, condamné à mort en 1478 pour avoir comploté contre son frère le roi Edouard IV, aurait choisi de mourir noyé dans un tonneau de ce vin. Hélas, il n’y a plus de vignes de ce cépage sur le rocher à part quelques pampres folâtrant sur les vieux murs et de toute façon, cette origine est contestée : les Crétois revendiquent l’origine de ce nom car il se trouve en Crète une province qui porte le nom de « Malévisi ». Peut-être aussi que la production crétoise était exportée par des marchands de Monemvasia.

Ce qui est sûr, c’est qu’un petit village à côté de Monemvasia exportait un marbre vert très prisé des Romains.

 

Historiquement, Monemvasia remonte au 4e s après J.-C. fondée par des Laconiens qui fuyaient les invasions slaves. Au 8e s, un hôpital y est construit : c’est un centre de lutte contre la propagation de la peste, qui promeut les principes de l’hygiène hippocratique. Au 12e s, la petite ville est un actif centre commercial et maritime de l’Empire byzantin. Les croisés s’y cassent les dents en 1204 et elle n’est prise par Villehardouin qu’en 1245 après 3 ans de siège et pour cause de famine. Elle repasse ensuite aux Byzantins, devient base de la flotte byzantine, puis est conquise par les Vénitiens, puis les Turcs, etc, etc…mais il semble que Monemvasia ait de tout temps malgré tout gardé ses privilèges.

Sa décadence commença en 1770 suite au fiasco de la marine russe de la grande Catherine, dirigée par le prince Orlov, contre les Turcs. Monemvasia s’était alliée aux Russes et en fut châtiée et pillée. En 1821, la citadelle est prise par les révolutionnaires grecs et intègre l’Etat grec moderne.

 

La localité est composée de deux quartiers :

  • Le Kastro, la ville historique située sur la presqu’île, occupe une partie d’un rocher de 1,8 km de long et300 m de haut, relié par une digue au continent. Elle est divisée elle-même en une Ville Haute actuellement abandonnée, située en haut du rocher, et la Ville Basse en contrebas ;
  • le quartier moderne de Géfyra (qui signifie « pont ») se trouve en face, sur le continent. Il abrite le port et la majeure partie des infrastructures touristiques.

Comme Venise, Monemvasia n’accueille pas les voitures, d’où ce silence gazouillant hors du temps. Le tourisme s’y niche dans de charmantes chambres d’hôtes et cela permet de restaurer petit à petit les vieilles maisons qui s’accrochent sur le flanc du rocher.

 

L’enfant du pays est Yannis Ritsos (1/05/09 – 11/11/90), Poète engagé, militant communiste plusieurs fois emprisonné, il a produit une des œuvres poétiques les plus marquantes du 20e siècle, qui lui a valu une reconnaissance internationale. Ses poèmes ont souvent été mis en musique par les plus grands musiciens grecs, Theodorakis et Leondis entre autres. La maison où il a passé l’essentiel de sa jeunesse est juste au-dessus de la porte d’entrée de la vieille ville de Monemvassia. Un buste du poète a été installé sur la terrasse. Il a reçu le prix Lénine, équivalent du prix Nobel de littérature pour le monde communiste à l’époque.

 

 

« La poésie n’a jamais le dernier mot

Le premier, toujours »

 

 

 

Quand ils serrent les poings

Le soleil est certain pour tout le monde

Quand ils sourient

Une hirondelle s’échappe de leurs barbes sauvages

Quand ils dorment

Douze étoiles tombent de leurs poches vides

Et quand on les tue

La vie grimpe la pente avec tambours et drapeaux

 

Depuis tant d’années, tous ont soif, tous ont faim, tous sont tués

Assiégés par terre et par mer

La chaleur a dévoré leurs champs

Le sel imprégné leurs maisons

Le vent a jeté bas leurs portes et les pauvres lilas de la place

La mort entre et sort par les trous de leur uniforme

Leur langue a la rugosité d’une pomme de cyprès

Leurs chiens sont morts avec leur ombre pour linceul

La pluie fouette leurs ossements

Pétrifiés dans leur guet, ils fument la bouse et la nuit

Scrutant le large déchaîné

Où s’est englouti le mât brisé de la lune


Le pain s’en est allé, les balles s’en sont allées

Ils n’ont plus que leur cœur pour charger leurs fusils

Tant d’années assiégés par terre et par mer

Tous ont faim, tous succombent mais aucun d’eux ne meurt

Leurs yeux brillent pendant qu’ils veillent

Et brille un grand drapeau

Et brille un grand feu rouge

À chaque aube des milliers de pigeons s’envolent de leurs mains

Vers les quatre portes de l’horizon
In Grécité, trad. Jacques Lacarrière, © Fata Morgana, 1968

 

 

 

 

 

Monemvasia a toujours connu des problèmes d’eau et presque chaque maison a sa citerne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le voyageur qui passait par Monemvasia devait acheter l’eau, il semble que l’hospitalité n’allait pas jusqu’à offrir de quoi se désaltérer

 

 

 

On comptait 40 églises, il en reste très peu parmi lesquelles l’Église Sainte-Sophie, dans la ville haute, date du 12e s ; elle était dédiée à la Vierge. À l’époque vénitienne, elle fut convertie en un couvent catholique. Après l’indépendance de la Grèce, elle fut dédiée à la sagesse de Dieu, d’où son appellation actuelle. Une autre acception de « sophia » est le Saint-Esprit. Le temps et les guerres lui causèrent de sérieux dommages et elle fut restaurée au milieu du 20e s. L’entrée est surmontée de 2 paons, à moins que ce soient des phénix…C’est probablement une pierre de réemploi antique et qui sait si les paons ne sont pas dédiés à Héra ?

Dans l’église du Christ Elkomenos, à

se trouve une très belle icône du 14e s ; volée en 1979, elle regagna l’église en 2011 après quelques restaurations. –>

 

L’église Panagia Chrysafitisa recèle une curieuse icône moderne qui raconte la légende de Jéphonias, prêtre juif, qui voulut renverser le cercueil de Marie. Aussitôt l’Archange St Michel lui coupa les mains qui restèrent accrochées au cercueil ! Terrassé par la douleur et comprenant son péché, Jéphonias se tourna vers le Seigneur et lui demanda pardon. Il fut aussitôt guéri.

 

 

 

 

 

 

L’église Panagia Myrtidiotissa ou Kritikia abrite un très beau templon en bois sculpté du 16e s qui appartenait auparavant à l’église du Christ Elkomenos.

 

 

 

 

 

Quant à l’église Saint Nicolas bâtie en 1703, curieusement sa construction fut décidée par un philosophe, Andreas Likinios, sur les bases d’une église byzantine plus ancienne. Elle ne servit jamais au culte, mais fut utilisée comme armurerie sous les Turcs et comme école à partir de 1823. C’est là que Yannis Ritsos fut élève.

D’autres chapelles et églises s’étagent en montant vers la forteresse et, tout en haut d’un sentier escarpé, une porte (fermée) mène aux ruines d’un ermitage troglodyte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore les restes d’une très vieille église byzantine                                                             à

Des grenades

 

Nous reprenons le car vers Sparte où nous passons une deuxième nuit. Surprise au dîner, un groupe du 3e âge dîne et danse au son d’un petit ensemble de musiciens : musique traditionnelle mais synthétiseur et diffuseurs trop bruyants. Mémés et pépés grecs dansent avec entrain, un mouchoir à la main.

 

Mercredi 1er octobre      Le Magne: Areopolis – Gerolimenas –Vathia – Langada -Kalamata

 

Beau mais frais. Nous partons pour le Magne (Μάνη=Mani), doigt central du Péloponnèse, région âpre et caillouteuse, semée de tours austères, située entre le golfe de Messénie à l’ouest et le golfe de Laconie à l’est. Le Magne correspond au prolongement vers le sud des Monts du Taygète, jusqu’au Ténare, qui forme sa pointe méridionale.

Dans l’Antiquité, des Périèques et les Hilotes quittèrent Sparte et fondèrent une: fédération des Laconiens libres, très indépendants et farouches, ils restèrent païens jusqu’au 9 e s après J.-C.

Politiquement, le Magne est une région conservatrice. L’organisation sociale, inspirée de Sparte, se composait de clans assez militaires et les nombreuses tours qui parsèment la campagne étaient à la fois des tours de défense et des symboles du pouvoir.

Les Maniotes ont émigré en masse aux 19e et 20e s, mais il existe aussi des émigrés qui sont revenus et ont fondé ici de petites entreprises ou des magasins.

 

Nous filons vers Gytheion petite ville côtière de 8.000 habitants devant laquelle se trouve un îlot charmant, Kranai Marathonissi, ce qui signifie l’île des fenouils. C’est dans ce lieu idyllique que Pâris aurait séduit Hélène et c’est de là qu’il partit pour Troie avec elle. Au centre, la tour Tzanekatis, du nom d’un combattant de la guerre d’indépendance, descendant d’une des plus grandes familles du Magne, a été aménagée en petit musée retraçant l’histoire du Magne.

 

 

 

 

 

 

Nous nous contentons d’arpenter les jolies rues de cette cité pentue, pas très bien entretenue, mais pleine de charme.

 

Sur une maison menaçant ruine, un panneau stipule « attention, maison prête à tomber ! ». Beaucoup de tags enlaidissent les murs et les palissades : certains glorifient les supporters de la porte 7 du stade de foot où joue le club Panathinaikos Athliticos Omilos,

d’autres sont des logos de l’Aube Dorée, parti d’extrême droite.   à

 

Sur certaines portes sont accrochées les couronnes de fleurs que les femmes tressent et offrent au 1er mai, fête traditionnelle des fleurs. A noter que le mot « mai » vient de Maïa, mère nourricière et mère d’Hermès. Jadis les couronnes étaient jetées dans les feux de la St Jean.

Autrefois Gytheion cultivait le murex qui donnait la couleur pourpre.

 

Par hasard, je m’aperçois que c’est à Gytheion qu’est situé le début de la bande dessinée « La malédiction des trente deniers », série Blake et Mortimer, sur un scénario de Jean Van Hamme. 2 tomes : 2009-2010. Avis aux amateurs de BD ! L’archéologue grec s’appelle Markopoulos, sa nièce Eleini Philippidès…

 

Nous traversons le Magne d’est en ouest. La campagne est parsemée de maisons fortes, sévères dont Constantin dit qu’elles ne sont pas innocentes, semblant guetter le voyageur pour le détrousser. C’est d’ailleurs cette réputation qu’avaient les Maniotes dans le passé. Nombre de Maniotes ont aussi émigré en Corse au 17e s et il paraitrait que Napoléon Bonaparte serait d’origine maniote, son nom en grec étant « Kalomiris ». On retrouve d’ailleurs pas mal de similitudes entre les mœurs des Maniotes et celles des Corses : le fait d’être armés, la vendetta, les pleureuses.

Voici comment un voyageur français du 17e s, Castella, les décrit : « Ils sont chargés de tant d’armes qu’ils ressemblent à des hérissons ».

William Martin Leake, topographe anglais très sérieux, voyage dans le Magne en 1830 et décrit la société des Maniotes, jamais soumis complètement aux Turcs ni à aucune autre puissance et se battant à mort contre tout voisin gênant : « Chaque puissant du lieu et chaque chef de famille influent a une tour qui sert presque exclusivement à la défense. Le logement se trouve à côté. » Même les femmes étaient armées, mais l’accueil des étrangers était sacré et ne pas s’arrêter chez un Maniote relevait de l’affront le plus impardonnable. L’expression de la langue grecque « je le lui tiens à la Maniote » veut dire avoir de la rancune contre quelqu’un et ne pas en démordre.

Actuellement, nombre de tours sont des constructions modernes élevées pour en faire des résidences de tourisme ; le caractère du paysage est ainsi sauvegardé.

Nous arrivons à Areopolis qui tire son nom du dieu Arès, dieu des enfers.

 

Loin de ce patronyme sinistre, c’est une toute petite église qui nous accueille avec ses peintures iconographiques usées mais pleine de charme dans la lueur des bougies. Son nom ? Peut-être st Jean…

 

 

Plus loin en arpentant les petites rues, nous arrivons à l’église des Taxiarques, remarquable par les sculptures qui ornent son portail.

 

Les taxiarques sont les archanges Michel et Gabriel, commandants des armées célestes.

Les signes du zodiaque courent sur les murs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un village plein de charme !

 

Le musée de la tour Pikoulaki présente un templon en marbre sculpté du 12e s. et quelques belles icônes.

Allons, il est temps de sacrifier à Poséidon !

 

La baignade à Gérolimenas est délicieuse malgré une entrée éprouvante pour les plantes de pied sur les galets.

 

 

Après un bon déjeuner, nous partons visiter le bourg fortifié de Vathia, paradis des bricoleurs qui aimeraient restaurer une vieille bâtisse, ce n’est pas ce qui manque !

Vue imprenable ! Quel charme !

 

Après la forteresse de Kélepha, impressionnant bastion turc, nous remontons vers la Messénie, c’est-à-dire dans le Magne extérieur et nous dirigeons vers Kardamily.

 

A Langada, nous nous arrêtons au milieu du village qui possède une belle église, nommée de la Métamorphose, et une fontaine.

 

Quelques marchands proposent miel, aromates et câpres.

 

 

 

 

 

Langada, petit hameau à la gorge verte,

Toute ornée de beauté infinie

Goutte fraîche de baume

Fée des eaux baignée de lumière lunaire

Aux rives du rêve.

            Trad : Mi

 

Par des gorges sauvages et boisées, nous filons maintenant vers Kalamata, chef-lieu de la Messénie, ville la plus importante du Péloponnèse après Patras.

Mmh, tout de suite l’eau nous vient à la bouche en pensant aux délicieuses olives longues et noires, si tendres et parfumées ! Entre le mont Taygète et la mer, les oliveraies s’étendent à perte de vue. Toute la région (deuxième productrice du pays après la Crète) ne vit que par et pour l’olive. C’est ce fruit qui a fondé la richesse du port qui commerçait naguère avec le monde entier.

Le terroir de Kalamata est unique, il produit deux variétés d’olives. Celles de table, presque pointues – dites « kalamon » – que l’on conserve dans un mélange d’eau vinaigrée et salée, ou encore mieux dans de l’huile d’olive. Et les « koronéiki », plus petites, qui donnent la fameuse huile extra-vierge.

 

ßLa forteresse franque (13e s)

La région compte plus de 40 millions d’arbres et produit 45 000 tonnes d’huile. Désormais, il existe un label AOP (appellation d’origine protégée) pour Kalamata et sa région.

 

La ville occupe le site de l’ancienne cité laconienne de Pharis, citée dans l’Iliade.

Kalamata fut occupée en 1205 par des chevaliers français au cours de la 4croisade puis fut reconquise par les despotes de Mistra au 15e s. Les Ottomans l’occupèrent de 1481 à 1685, date à laquelle les Vénitiens s’emparèrent de la ville, la fortifièrent et lui redonnèrent une certaine prospérité. Les Turcs reprirent cependant la ville en 1715 et la conservèrent jusqu’au 19e  siècle.

Le 23 mars 1821, Kalamata fut la première ville capturée par les forces révolutionnaires grecques sous le commandement du général Théodore Kolokotronis, après plus de 300 ans de domination ottomane. Mais en 1825, Ibrahim Pacha détruisit la ville. Par la suite, la cité fut reconstruite et devint un port majeur où fut fondée la deuxième plus ancienne Chambre de Commerce en Méditerranée après celle de Marseille.

Le 29 avril 1941 eut lieu une bataille près du port entre les forces d’invasion allemandes et la 2e division néo-zélandaise. Après la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons politiques, Kalamata comme la plus grande partie du Péloponnèse fut exclue des plans gouvernementaux de développement en faveur du nord de la Grèce. Cela entraîna le déclin économique du port et de la ville. Ce ne fut qu’après les importants dégâts produits par le tremblement de terre du 13 septembre 1986 (de 6,6 sur l’échelle de Richter, il causa la mort de 20 personnes) que la situation changea et que les investissements privés et publics reprirent. Grâce à ces efforts, Kalamata est aujourd’hui une capitale provinciale moderne bien équipée. C’est aussi le siège du métropolite de Messénie, à l’heure actuelle Chrysostome III depuis le 15 mars 2007.      (Wikipédia)

 

 

Kalamata est connue pour une sorte de danse, le kalamatiano, au rythme célèbre dans toute la Grèce. Vous pouvez admirer cette danse sur le site suivant : http://www.danse-grecque-grenoble.fr/article-kalamatianos-50080293.html

 

Le kalamatiano fait partie de la catégorie des danses Syrtos (lentes). Des danses très semblables, qui remontent à l’Antiquité, existent dans d’autres régions.

Homère fait référence à une telle danse dans l’Iliade. Elle a gagné sa popularité au 19e siècle et dès lors a été dansée dans toute la Grèce. Autrefois, les hommes et les femmes exécutaient cette danse séparément, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Une tradition qui se perpétue depuis l’Antiquité est l’utilisation d’un mouchoir qui se tient entre le meneur et le second danseur dans la ligne.

Le Kalamatiano est une danse de cérémonies et c’est souvent la première danse exécutée pour les mariages grecs, baptêmes et autres événements heureux. Les danseurs se tiennent en posture droite et se donnent la main à la hauteur du torse ; les pas sont effectués en rebond souples sur la pointe des pieds. Le meneur de la danse tend généralement sa main libre sur le côté, tandis que la personne à la fin de la ligne place sa main libre sur la hanche ou le poing fermé dans le creux du dos.

Les figures dans le Kalamatiano sont habituellement exécutées par le meneur, mais peuvent aussi être faites par le groupe entier en même temps. Les danseurs peuvent également rompre la ligne momentanément pour se former en couples (un homme et une femme), puis se reformer en ligne. 

Le changement de meneur dans le Kalamatiano se fait par une invitation du meneur. Parfois, ce sera une invitation verbale, que le nouveau meneur accepte en quittant son emplacement dans la  lâcher le mouchoir et se positionner à l’extrémité de la ligne, laissant la seconde personne dans la position de meneur.

 

L’hôtel à Kalamata est un peu décevant mais le matin, nous sommes gratifiés d’une magnifique sonnerie de cloches venant de l’église voisine.

 

Jeudi 2 octobre : Methoni – Navarin (Pylos) – Chora – Messène

 

En route pour le doigt ouest du Péloponnèse, nous longeons le golfe de Messénie, côte est de ce doigt. Le paysage est splendide. Nous passons Messène que nous verrons au retour et descendons vers Koroni. Là nous contournons la pointe sud : merveille de la mer intensément bleue où naviguent des îles : Shiza, puis Sapienza.

 

 

 

 

 

 

Pylos

 

 

 

Baie de

Navarin           Kalamata

 

 

Methoni

 

Ile Sapienza

Ile Schiza                  Koroni                         Messini

 

Nous nous arrêtons à Methoni (appelée Méton ou Modon en français), centre commerçant important, surtout sous les Vénitiens car située à la sortie de l’Adriatique (mer Ionienne) sur la route vers leurs marchés d’Orient (12e s).

 

« En 1125, ils lancent une attaque contre des pirates qui avaient capturé quelques marchands vénitiens et s’installent à Methoni. Ils fortifient alors la cité, qui devient un important et prospère centre commercial. La ville devient une étape pour les voyageurs allant de Venise en Terre Sainte ; Methoni et sa voisine Coron sont alors surnommées « les yeux de la république ». Methoni tombe aux mains des ottomans en 1500. La ville est incendiée, l’évêque tué, les hommes décapités, les femmes et les enfants réduits en esclavage.

Les Vénitiens reprennent la ville sous Francesco Morosini, durant la Grande guerre turque des années 1680. Cette seconde période vénitienne ne dure toutefois pas longtemps, puisque les Turcs la reprennent en 1715. Le déclin de la ville sera complet durant la seconde période turque, le commerce s’essoufflant considérablement.

Durant la Guerre d’indépendance grecque, Andreas Miaoulis s’illustre ici en détruisant le 12 mai 1825 une vingtaine de navires de la flotte égyptienne d’Ibrahim Pacha à l’aide de ses brûlots, ce qui n’empêche cependant pas la chute de Navarin quelques jours plus tard. » Wikipédia

 

C’est un Français, le maréchal Maison, qui s’illustra à Fleurus, qui aménagea le pont d’accès actuel à la forteresse très impressionnante.

 

 

Tout au bout de la presqu’île, la tour Bourzi, commencée par les Vénitiens au 15e s et terminée par les Turcs au 16e s, défie la mer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la place en entrant, se dresse une colonne en granit rose d’origine incertaine (probablement trouvée dans les restes d’un naufrage) sur laquelle se trouve un chapiteau gothique surmonté d’une plaque gravée vénitienne. On l’appelle à tort colonne Morosini.

 

 

Nous passons près de la ville de Pylos, ville rebâtie par le général Maison.

 

L’antique cité de Pylos était établie sur un promontoire commandant l’entrée nord de la baie de Navarin, au sud du site mycénien ; il n’en subsiste pas de vestiges.

A une dizaine de kilomètres de la ville moderne de Pylos, se trouvent les ruines du palais mycénien de Nestor (fermé, on ne visite pas). Dans une anse de la côte appelée « ventre du bœuf » se trouve une grotte où Nestor menait ses bœufs (traces du 6e millénaire avant J.-C.). On a retrouvé un tombeau dit de Pausanias, fils de Nestor. Il s’agit d’un tumulus datant du 2e millénaire. Il devait y exister un habitat mycénien important vers 1250 avant J.-C. C’est ici aussi qu’Homère fait débarquer Télémaque, fils d’Ulysse, à la recherche de nouvelles de son père.

Au Moyen-âge, Pylos est appelée Port-de-Jonc, Zonchio ou Avarinos/Navarin. Un château est construit sur le site de l’acropole antique (Koryphasion) à la fin du 13e s par les Francs : c’est la forteresse de Paléo Navarin (Vieux-Navarin) ou Paleokastro (vieux château). Celle-ci passe ensuite à la République de Venise au début du 15e siècle et une nouvelle forteresse (Néo-Navarino) est construite par les Turcs après leur défaite de Lépante au 16e au sud de la rade et l’ancienne forteresse est alors abandonnée. Pylos a de tout temps bien souffert des guerres et même de par les Grecs eux-mêmes puisque lorsqu’elle tombe aux mains des Grecs en août 1821, ceux-ci massacrent la garnison et la population civile qui s’y était réfugiée en dépit du traité de capitulation. Elle est ensuite assiégée et prise par Ibrahim Pacha le 18 mai 1825 après la bataille de Sphactérie.

 

Mais l’épisode le plus fameux est celui de la bataille de Navarin qui se déroula dans cette baie splendide le 20 octobre 1827.

Il faut dire que cette baie est considérée comme la meilleure rade du Péloponnèse.

D’un peu plus de cinq kilomètres du nord au sud et de trois d’est en ouest, protégée à l’ouest par l’île de Sphactérie, elle n’est accessible que par un chenal au sud, large d’un peu plus de 1000 mètres, protégé par la forteresse de Navarin (Néo-Navarin) construite par les Ottomans. Ce chenal étant parsemé de récifs, les navires qui y passent sont obligés de passer très (trop) près des systèmes défensifs. Au nord de Sphactérie, le chenal très étroit (au mieux cent mètres) est ensablé, et pas assez profond (pas plus de deux mètres) pour les navires modernes. Il était dominé par la forteresse de Paléo-Navarin. Une petite île assez plate, Khélonaki (la petite tortue) ou Marathonisi occupe le centre de la baie. Le nord de la baie est composé de lagons marécageux.

Bon, je ne vais pas me lancer dans l’histoire du déroulement de la bataille. Cette carte montre à quoi ressemble la baie

 

Le jeu des puissances européennes face à la volonté d’indépendance des Grecs était alors ambigu :

  • L’Autriche craignait la contagion de ce genre de mouvements dans ses possessions italiennes et autres
  • La Russie était favorable par solidarité aux religieux orthodoxes
  • La France de Charles X se tâtait : certes les Grecs étaient des chrétiens ; cela pouvait rappeler les croisades !
  • La Grande Bretagne, favorable aux Grecs, lorgnait surtout sur les avantages économiques qui pourraient résulter pour elle, sur la route des Indes, d’avoir des ports accueillants sous sa coupe.

Poids non négligeable : le rôle de ressortissants des différents pays européens combattant en Grèce aux côtés des insurgés. Parmi ces philhellènes, on trouvait des militaires français comme le colonel Fabvier ou des marins britanniques comme Frank Hastings ou Thomas Cochrane et les amiraux, le Britannique Edward Codrington et le Français Henri de Rigny, commandant la flotte de leurs pays dans la région. Patrouillant dans les eaux de la Méditerranée orientale depuis de nombreuses années pour y lutter contre la piraterie, ils recevaient des ordres assez flous qui leur laissaient une certaine latitude d’appréciation.

Enfin le traité de Londres signé par la France, la Grande Bretagne et la Russie en juillet 1827 avait pour but de faire cesser le conflit et les effusions de sang. Accepté par la Grèce, mais refusé par la Sublime Porte, il fut à l’origine de l’envoi d’une flotte de « maintien de la paix » britannique, française et russe.

Dès septembre 1827, la flotte ottomane était au complet dans la baie de Navarin : 90 navires, mais souvent assez petits et moins bien armés que les navires de la coalition qui comptait 28 navires, avec seulement un tiers des canons et des hommes de la flotte ottomane, mais, plus de vaisseaux de ligne, plus puissants, avec des marins plus compétents. Cette flotte comportait douze navires britanniques (pour 456 canons), sept navires français (352 canons) et huit navires russes (490 canons) formant au total une puissance de feu de près de 1300 canons, sous le commandement de l’amiral britannique Codrington.

Le 20 octobre 1827, la bataille fut déclenchée, peut-être sans que les Ottomans aient vraiment eu des intentions belliqueuses, plus certainement sur une mauvaise interprétation d’un coup de canon tiré à blanc (ce qui fut par la suite reproché aux amiraux). Ce fut une bataille « à l’ancre » ! les gros bateaux ne se déplaçaient presque pas, se contentant de tourner sur leur ancre pour « arroser » l’ennemi d’un côté ou de l’autre. Seuls les petits navires se déplaçaient afin de neutraliser les brûlots, vieux rafiots de commerce chargés d’explosifs ou de matériaux inflammables, lancés sur les vaisseaux ennemis pour les incendier.

La bataille s’arrêta à la tombée de la nuit : la flotte ottomane avait perdu une soixantaine de navires. Le lendemain, Tahir Pacha, amiral de la flotte ottomane, promit que sa flotte ne se livrerait plus à un seul acte hostile envers celle des puissances. Ibrahim Pacha arriva en fin de journée.

Le bilan très lourd du côté ottoman s’explique en partie par les règles édictées par l’Empire Ottoman : aucun navire turc ne devait se rendre (aucun ne se rendit) et les navires qui ne pouvaient être réparés devaient être détruits en les faisant sauter. De plus, certains marins ottomans étaient littéralement enchaînés aux navires, les services de soins étaient inexistants et les seuls rescapés furent les prisonniers soignés par les puissances alliées.

 

Résultats :

 

L’Empire ottoman ne fléchit cependant pas et refusa encore de reconnaître le traité de Londres. Il fallut la guerre menée par la Russie pour le mettre à genoux.

Le Tsar Nicolas 1er déclara que la Grèce était affranchie et cesserait ses actes de piraterie contre le commerce occidental.

Charles X déclara : « Le combat imprévu de Navarin a été à la fois une occasion de gloire pour nos armes et le gage le plus éclatant de l’union des trois pavillons (français, anglais et russe). »

Les Britanniques exprimèrent aussi des sentiments mitigés. Pour eux, c’était une erreur d’avoir détruit la flotte d’un État avec lequel le Royaume-Uni n’était pas en guerre, pour une cause, l’indépendance grecque, qui n’en valait pas la peine.

Metternich, favorable au maintien de l’équilibre – du statu quo – en Europe s’insurgea contre « un outrage sans équivalent », « une épouvantable catastrophe » ;

 

Les opinions publiques française et britannique furent ravies de cette victoire et des actes de bravoure de leurs marins, certains inventés de toute pièce.

 

En Grèce, l’enthousiasme populaire fut immense.

 

La bataille de Navarin a-t-elle vraiment entraîné l’indépendance de la Grèce ? En fait, l’effet ne fut pas immédiat. Si la bataille fut une étape décisive en paralysant les troupes égyptiennes, il fallut l’expédition française de Morée (1828-1833) pour les obliger à quitter le territoire grec. La Porte n’accepta les termes du traité de Londres que dans le traité d’Andrinople de 1829 qui mettait fin à la guerre russo-turque de 1828-1829.

 

Monument aux trois amiraux.                           Chapelle du monument

russe. Île de Sphactérie.

Place centrale de Pylos :

Codrington.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La bataille de Navarin, tableau de 1846 d’Ivan Aïvazovski

 

 

« La Grèce est libre et dans la tombe
Byron applaudit Navarin. »

 

Victor Hugo

 

Nous quittons maintenant la côte et par une route escarpée entre de magnifiques oliviers, nous arrivons à Chora où le musée regroupe les pièces les plus remarquables du palais de Nestor et de tombes voisines.

Rhytons (vases pour libations rituelles), statuettes votives, amphores de style mycénien datant de 1500 avant J.-C. environ.

Peintures trouvées dans le palais de Nestor

Griffon et lion

Tablettes en linéaire B

Cette écriture est

syllabique et comprend 95

symboles.

 

 

 

La civilisation au temps de Nestor, le plus sage des rois, et de ses successeurs semble avoir été florissante.

Nous nous dirigeons de nouveau vers l’est pour atteindre l’antique Messène.

 

En cours de route, Constantin nous parle du cinéma grec du 20e s qui fut très prolifique, surtout dans les années 60. Proportionnellement, par habitant, la Grèce produisit dans cette décennie plus de films qu’Hollywood et n’était devancée que par le cinéma indien. Pour la plupart, il s’agissait de films amusants ou épiques, mais dans un environnement essentiellement grec, caractérisé soit par des situations vaudevillesques, soit par des luttes entre pauvres paysans courageux et bourgeois ou aristocrates arrogants ou entre rebelles sans foi ni loi et citoyens courageux.

Certains se passaient dans la période de la révolution : idylles bucoliques ou drames sociaux. On a appelé ce genre de cinéma les « films en fustanelle ».

Les Grecs regardent encore avec plaisir ces films qui repassent inlassablement à la télévision, surtout depuis la crise.

 

L’arrivée à Messène est une magnifique surprise ! Nous ne nous attendions pas à trouver un site si grand et bien conservé.

Au 8e s avant J.-C., les Spartiates envahirent la Messénie (1ère guerre de Messénie) et réduisirent à l’état de serfs les populations de la région, faisant d’eux des Hilotes. Messène était la cité de ces Hilotes qui furent réduits en esclavage par les Spartiates (le terme Hilotes est imprécis car on ne sait pas trop s’il désigne l’ethnie habitant Messène ou le statut de serfs que les Spartiates leur ont imposé). Leur statut de serf dura jusqu’à la 2e guerre malgré une révolte au 6e s menée par Aristodème.

Au 4e s avant J.-C. (2e guerre de Messénie), le général thébain Epaminondas, entrant dans Sparte, les libéra. Il encouragea les Hilotes, jadis habitants de la région d’Ithomé (Ithomé est aussi le nom de la forteresse de Messène), à fonder une nouvelle Messène, en 369 avant J.-C. et invita tous les Messéniens exilés en Grèce ou en Grande Grèce à rentrer. Il est considéré comme le fondateur de la ville. C’est une ville hellénistique.

 

Au pied des monts Ithomé, montagne sacrée dédiée à Zeus, et Eua, Messène est célèbre pour ses murailles, parmi les plus grandes de toute la Grèce classique (9 km), mais nous n’avons pas le temps de les longer et nous descendons dans le centre de la ville même.

L’ancien nom de l’acropole de Messène était d’ailleurs Ithomè et elle naquit autour d’une source dite Clepsydre.

 

 

Un mur imposant encadre un grand théâtre en très bon état.

 

 

 

 

Voici la grande fontaine appelée fontaine d’Arsinoé : Arsinoé était la fille du roi légendaire de Messénie et la mère d’Asclépios, dieu de la médecine. Cette fontaine recevait l’eau de la source clepsydre à l’origine du village, appelé actuellement Mavromati (= œil noir, comme on appelle aussi une source), situé sur l’ancienne acropole et où nous prenons notre déjeuner avant la visite.

 

La fontaine était constituée d’un réservoir de 40 m de long fermé par un mur surmonté d’une rangée de ½ colonnes ioniques. Au centre, unes estrade supportait des statues de bronze. Juste en-dessous, se trouvaient 2 bassins symétriques de chaque côté d’une petite cour pavée. L’apparence de la fontaine évolua au cours des siècles (ajouts romains). Les chrétiens lui adjoignirent même un moulin à eau au 6e s.

 

Sur l’agora, se dressait à la période hellénistique une longue stoa de 196 m de long et 19,80 m de large, divisée en 3 nefs par 2 rangées de 40 colonnes corinthiennes et comportant une enfilade de colonnes doriques en façade. Des statues de bronze glorifiaient les athlètes vainqueurs messéniens des différents jeux panhelléniques. Elles furent ensuite remplacées par des statues d’empereurs romains au 1er s avant J.-C. C’était un lieu de promenades et de rencontres sociales, mais, semble-t-il, dépourvu de magasins.

Au fond de la stoa, se trouvent des tables en pierre comportant des espèces de bols percés d’un trou qui servaient de gabarits pour vérifier si les commerçants donnaient bien la bonne mesure à leurs clients. On bouchait probablement le fond, versait le contenu de la mesure utilisée par le commerçant, vérifiait si la mesure gabarit était correctement remplie et si tout était correct, le commerçant récupérait sa marchandise par en-dessous. Certains gabarits étaient recouverts d’un couvercle percé.

 

Le sanctuaire d’Asclépios était le plus important de la cité. Cet ensemble architectural date d’un peu après 215 avant J.-C. C’est un temple dorique de 6 × 12 colonnes précédé d’un autel, le tout compris dans une aire presque carrée de 66 × 72 m bordée de deux portiques à deux nefs, présentant chacun 21 et 23 colonnes de face et une double rangée de colonnes intérieures. Les colonnes sont couronnées de chapiteaux corinthiens pleins de fantaisie, avec des pièces d’architraves décorées de guirlandes et de bucranes (crânes d’animaux avec des guirlandes).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On y trouve aussi un bâtiment de réunions (ecclésiastérion) en forme de petit amphithéâtre. Il servait pour des réunions politiques ou savantes et des conférences. C’est ce lieu solennel que nous choisissons pour faire la photo de groupe.

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous passons devant les ruines d’une grande villa romaine (1er au 4e s de notre ère) qui se doit de présenter de belles mosaïques.

 

Un temple très intéressant est celui dédié à Artémis. Sa façade se trouve sur le côté le plus long, ce qui est rare. Il semble très encombré.

De nombreuses statues y étaient érigées, toutes féminines, dédiées à Artémis porteuse de lumière mais aussi à des prêtresses ; il en reste les piédestaux.

On peut aussi y voir un tronc et une table pour les offrandes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres salles regroupaient des statues dédiées à Apollon, aux muses, à Thèbes, ville d’Epaminondas qui avait délivré les Messéniens du joug de Sparte, à Epaminondas lui-même, à Artémis Orthia (la droite) etc…

Des tombeaux s’ouvrent en divers lieux.

 

Enfin nous découvrons le magnifique stade entouré d’un gazon digne de l’Angleterre ! L’eau ne semble pas manquer ici et l’arrosage est généreux.

On y entre par un propylée qui a été reconstitué. Le stade est entouré, sur trois côtés de portiques doriques. 110 m de long ! Ces portiques abritaient gymnases, vestiaires et bains pour les sportifs. Les gradins sont en fer à cheval. Et tout au bout, se dresse près de la ligne de départ, les 4 colonnes de la façade d’un héroon ou temple dédié à des personnalités d’une famille influente de Messène, les Saithides (1er au 3e s après J.-C.).

 

 

 

Dernier monument intéressant : une chambre forte destinée à conserver le trésor : c’est une petite pièce souterraine qui était renforcée avec des pièces de fer et dont l’ouverture pouvait être bloquée par une pierre d’1,5 tonne. Un général de la ligue achéenne, Philopœmen, y fut enfermé et empoisonné en 182 avant J.-C. par le général messénien Deinocratès, chef du part anti-Achéen. Plutarque appelle ce Philopœmen « le dernier des Grecs » car il voulait résister à la conquête macédonienne, ce que refusaient les partisans de Deinocratès.

 

Faut-il mentionner les ruines d’une petite église du 7e s, qui s’est posée comme partout en Grèce sur ce site antique ?

 

Retour à Kalamata.

 

 

Vendredi 3 octobre : Bassae – Tégée – Stadio

 

Aujourd’hui c’est la fête de St Denis l’Aréopagite, patron d’Athènes.

Départ pour Vassae ou Bassae (Vasses en grec) selon les orthographes. Nous montons vers le nord, passons Megalopolis et nous engageons dans les montagnes escarpées de l’Arcadie, passons entre le mont Lycée (Lycaion – 1420m – le mont des loups – c’est là que Zeus Lycaios aurait manifesté sa divinité par la foudre !) et le mont Minthi (1344 m) pour rendre visite à Apollon Epicurien, juché à 1130m d’altitude et battu par les vents. Il ne fait pas chaud mais un peu plus clair que la première fois que nous l’avons découvert en 2012.

 

Temple de Bassae

 

Nous traversons des zones immenses qui ont brûlé en 2007. L’origine de ce sinistre semble accidentelle.

L’autoroute qui devait relier Kalamata à Patras n’est toujours pas terminée en raison de glissements de terrains. Dans cette région, on trouve aussi de gros gisements de lignite.

 

Nous effleurons Megalopolis. Cette ville fut fondée entre 371 et 368 avant notre ère par Epaminondas pour surveiller Sparte et fut le siège de la ligue arcadienne. En 235 avant J.-C., le tyran Lydiadas fit adhérer la cité à la Ligue achéenne à laquelle elle donna plusieurs hommes politiques de premier plan, dont Philopœmen dont nous avons évoqué hier la triste fin à Messène dans la chambre forte. Battue par Sparte, elle subsista jusqu’au moyen-âge puis fut abandonnée et rebâtie au 19e s.

L’Arcadie est une très belle région sauvage. L’imaginaire s’est emparé de ses paysages pour en faire soit une région sinistre où les peuplades pratiquaient des sacrifices humains, soit une région idyllique et pastorale, style « toile de Jouy » !! La poésie bucolique se trouvait à l’aise dans ces paysages naturels.

 

Nous passons au pied de la forteresse franque de Karitaina. Kolokotronis s’y est réfugié en 1826. Nous traversons le fleuve Alphée.

 

Nous passons Figalia, l’antique Phigalie qui lutta longtemps contre Sparte avec l’aide de ses voisins, les Orasthasiens (qui étaient-ils exactement ?).

Ceux-ci périrent d’ailleurs tous au 7e s avant J.-C. comme l’avait prédit l’oracle de Delphes.

 

 

 

Nous traversons le bourg d’Andritsaina (Andristéna, Andristeina). C’est jour de marché et le car se faufile difficilement au milieu des échoppes.

Andritséna ne serait qu’une bourgade sans importance si elle ne possédait une importante bibliothèque montée par Constantin Nikolopoulos (1786 1841), érudit, professeur de grec, écrivain, éditeur, bibliothécaire. Il séjourna de 1806 à 1841 à Paris où il fut l’éditeur de Jean-Jacques Rousseau (Le contrat social). Ses archives sont conservées à l’Institut de France à Paris. Il légua sa fabuleuse bibliothèque à sa ville natale. Cette bibliothèque intéresse toujours les lettrés de différents pays, notamment des Suisses qui la soutiennent (www.andritsena.ch). Un journal est édité à Andritsena, acheté plutôt par les exilés de ce village.

 

 

 

 

 

 

Ho hisse ! Nous voici arrivés au temple de Bassae…en même temps qu’un troupeau de chèvres !

Il ne fait guère chaud, mais suffisamment pour que le bas de la grande tente soit relevé et nous pouvons ainsi l’admirer avec suffisamment de lumière malgré la grande canopée qui l’abrite complètement, le protège du gel et permet des travaux de restauration importants.

 

Pausanias le décrit déjà au 2e s après J.-C. et le considère comme « le deuxième en beauté » après le Parthénon.

Construit de 420 à 400 avant J.-C. par les mercenaires rescapés pour remercier Apollon de les avoir protégés de la peste ainsi que les habitants d’Andritseina, il est attribué (mais ce n’est pas sûr) à l’architecte Iktinos.

Certes il est bien conservé dans le sens où il a conservé intacts les murs de la cella. Ses colonnes externes sont doriques, les colonnes internes sont ioniques et, toute première connue de l’aire grecque, une colonne corinthienne s’insère entre le naos et l’opisthodome, c’est-à-dire une curieuse salle arrière. Cette colonne avait probablement un caractère sacré. Son chapiteau fut aussi enlevé par les Anglais mais nul ne sait où il se trouve actuellement. Elle était éclairée au matin par le soleil levant qui entrait par une porte latérale car, bizarrerie de plus, ce temple est orienté N-S. Seuls 4 temples ont cette orientation en Grèce. Pourquoi ? Certains avancent la théorie des Hyperboréens, peuple imaginaire « ceux qui vivent par-delà les souffles du froid Borée », là où Apollon était censé passer les hivers car le soleil y brillait sans cesse !

C’est un temple relativement long et étroit : 6 colonnes de façade pour 15 de long au lieu des 13 habituelles, d’environ 40 m sur 16 m, ce qui lui donne une apparence archaïque.

La cella bien décorée d’une frise interne contient de petits murs transversaux sur lesquels reposent des ½ colonnes : 5 sur chaque côté de la cella comme dans le temple d’Héra à Olympie.

 

Le plafond de la cella repose sur les murs eux-mêmes. Le toit était-il plat ou à 2 pentes ? Chapiteaux et frises en marbre pentélique ont été emmenés au British Muséum. Le reste du bâtiment est en calcaire comportant des veines de silicium et d’aluminium. C’est une pierre poreuse et gélive et de plus les paysans ne l’ont pas épargné au cours des siècles en tirant les crampons reliant les blocs.

 

Dans la partie accessible du temple se dressaient 2 statues d’Apollon, en bois pour les parties habillées et en pierre pour les parties nues.

 

On y rendait hommage à Apollon Epicurien, c’est-à-dire guérisseur, assistant, protecteur, aussi bien contre l’ennemi de toujours, les Spartiates, que contre les maladies ou les malheurs de la vie.

 

Des tailleurs de pierre, dessinateurs et scientifiques s’activent entre les vénérables colonnes, parfois au son d’une radio qui diffuse de la musique classique. Ils insèrent des barres de titane entre les blocs. Le charme opère malgré la frustration de ne pouvoir contempler le ciel à cause de la tente.

 

Ce temple isolé ne fut découvert qu’en 1765 par le Français Joachim Bolcher, puis par l’Anglais Cockerell. Voici comment il raconte sa découverte :

 

« Il est impossible de bien décrire la beauté romantique du site où se trouve le temple. Il est au sommet d’une corniche d’où on aperçoit des montagnes désolées et la campagne immense à ses pieds. La vue nous offre Ithome, le dernier rempart des Messéniens contre Sparte au Sud-ouest, l’Arcadie et ses nombreuses collines à l’est et, au sud, le Taygète et encore au-delà, la mer. Nous avons passé en tout dix jours sur place, nous nourrissant de moutons et de beurre (le meilleur beurre que j’ai pu goûter depuis mon départ d’Angleterre) que nous vendaient des bergers albanais qui vivaient tout près. Le soir, nous avions l’habitude de nous asseoir autour du feu et de fumer en discutant avec les bergers albanais. Un jour, un renard qui avait installé son terrier parmi les pierres, dérangé sans doute par notre bruit, sortit de son trou et s’enfuit »

 

La route est assez longue pour rejoindre l’antique Tégée dans l’actuel village d’Aléa situé au sud-est de Tripoli.

 

Constantin en profite pour nous raconter la légende de Méléagre.

 

Dans les environs de Patras, se trouve une ville, Calydon, dont le couple royal Oenée et Althée ont un fils Méléagre. Les Moires, divinités du destin, réunies près de son berceau, prédisent qu’il mourra dès qu’une bûche actuellement dans la cheminée se sera consumée totalement. Aussitôt la mère prend la bûche, l’enfouit dans la cendre pour l’éteindre et la cache dans un coffre.

Dans la région un sanglier monstrueux sème la terreur. Le monstre a été envoyé par Artémis pour punir Œnée de l’avoir laissée de côté lors de l’offrande des prémices des récoltes. Pour abattre l’animal, Œnée a fait appel à de nombreux héros et à ses frères et beaux-frères. Parmi les chasseurs figure Atalante, dont Méléagre s’éprend. Elle donne la première blessure au sanglier avec une flèche, après quoi Méléagre tue l’animal de son javelot. Au moment de partager la dépouille, Méléagre accorde à la jeune fille, en récompense, la tête et la peau de l’animal. Furieux que ce soit une femme qui reçoive ce trophée, les oncles de Méléagre lui arrachent son prix. Méléagre en colère les tue.

La mère de Méléagre, furieuse, ouvre alors le coffre, met la bûche dans le feu et cause ainsi la mort de son fils.

 

Et puisque des Tégéens avaient puissamment aidé à la chasse au sanglier, c’est à Tégée, dans le temple d’Aléa que furent amenés la peau et 2 dents du fameux sanglier. Pausanias l’a vue, déjà bien mitée à son époque. Ensuite pendant la domination romaine, Auguste, ennemi de Marc-Antoine soutenu par Tégée, emmena ces trophées de guerre à Rome pour punir la cité.

 

La fondation de Tégée remonte loin dans le temps puisque son temple dédié à Aléa aurait été bâti par le fondateur mythique de la ville, Aleos, avant la guerre de Troie (10e s avant J.-C.).

 

Il y eut plusieurs temples construits l’un sur l’autre, le dernier – le plus beau – étant du 4e s avant J.-C. Son architecte est Scopas de Paros, très célèbre en son temps. Il était ceint de colonnes doriques à l’extérieur et les ½ colonnes intérieures ioniques supportaient des chapiteaux corinthiens.

Le temple comportait 6 X 14 colonnes hautes de 17 m.

Sa décoration était somptueuse et raffinée, inspirée par les légendes de Méléagre, Atalante etc…. Il abritait les statues d’Athéna Aléa, d’Asclépios et d’Hygeia.

 

Qui était Aléa ? A première vue, une héroïne locale qui par la suite fut fusionnée avec Athéna.

C’était une déesse bonne et protectrice dans cette terre d’accueil pour les émigrés argiens. Né à Aléa, ce culte se répandit dans toute l’Arcadie. Dans ce temple, le prêtre était un enfant.

Scopas de Paros : Contemporain de Praxitèle et de Lysippe, c’est un sculpteur talentueux. Nous connaissons peu sa vie, mais la chronologie de ses déplacements est à peu près établie. Il était architecte à Tégée vers 395, participa à la construction du Mausolée d’Halicarnasse et était peut-être à Ephèse, après 356 avant J.-C., et à Thèbes avant 335. Il n’a fait aucun portrait, peu d’athlètes, mais surtout des statues de culte. On ne lui connaît aucun maître ou disciple et ses œuvres datées sont peu nombreuses. Elles ont été retrouvées en Attique, dans le Péloponnèse et en Asie Mineure. Son travail à Tégée doit se situer relativement au début de sa carrière. Wikipédia 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Statue d’Athéna venant du temple de Tégée (-359/330)

(musée de Tégée)

 

Curiosité dans ce temple : s’y trouvaient les chaînes qu’avait dû porter Charillos, roi de Sparte (vers 750 avant J.-C.), fait prisonnier par les Tégéens lors d’un des nombreux conflits qui n’ont cessé d’opposer les Spartiates et les habitants de Tégée. Ce roi avait interrogé la Pythie à Delphes afin de savoir s’il pourrait annexer l’Arcadie. Bien sûr la réponse de l’oracle fut ambigüe : elle lui déclara qu’il pourrait battre des pieds sur le sol de l’Arcadie et en mesurer le sol avec des chaînes. Charillos partit confiant : il pensait qu’il pourrait mesurer ainsi les territoires conquis ! Hélas, il fut fait prisonnier et, chaînes aux pieds, il eut alors tout loisir de battre la semelle sur le sol de l’Arcadie !!

Le champ de ruines que nous visitons nous permet difficilement d’imaginer toute cette splendeur passée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Heureusement le musée – inauguré la veille – nous permet de mieux imaginer les splendeurs passées.

Nous y découvrons des bornes de carrefour qui, au départ, portaient l’effigie d’Hermès, dieu des voyageurs, ou d’autres dieux protecteurs, mais qui en Arcadie ont été simplifiées à l’extrême, se contentant de formes géométriques (souvent pyramidales) au sommet.

Ces bornes étaient censées protéger les carrefours.

 

 

 

Les dames s’attendrissent devant une poupée articulée en poterie et les messieurs s’intéressent aux moules servant à confectionner les cimiers des casques en bronze.

 

La pièce la plus belle est le buste d’Athéna Nikè, œuvre de Scopas probablement qui ornait le temple. (Voir plus haut)

 

 

 

 

Nous partons ensuite déjeuner à Stadio où une charmante église a été construite sur le site d’un théâtre antique du 2e s avant J.-C.

 

 

 

Il fait bien frais pour déjeuner dehors et nous finissons le repas par un petit spectacle-maison à l’intérieur du café. Au programme « Fantaisie antique » autour  de l’Arcadie et de la Belle Hélène (Grétry, Offenbach).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est en évoquant Anyté, une poétesse grecque du 3e s avant J.-C. née à Tégée que nous quittons l’Arcadie et remontons vers Athènes.

« Passant, sous ce rocher repose tes membres fatigués ; un doux zéphyr y murmure à travers le feuillage. Bois à cette source dont l’eau jaillit pure et fraîche. Certes, ce lieu de repos doit être, par une chaleur brûlante, bien agréable aux voyageurs. »

— Anthologie palatine, xvi, 228 (trad. Fr. Jacobs)

 

 

 

 

 

 

Petit lexique gourmand:

Stingnassou ou iassou = santé

Dolmadès = feuilles de vigne

Saganaki = fromage grillé

Papoutsaka = gros chaussons

Papoutsi = chaussons