Grégoire de Nysse ( 335-395) à propos du baptême

Quelques extraits à propos du baptême, pris dans le DISCOURS CATÉCHÉTIQUE.

Ici, Grégoire de Nysse tient des raisonnements pour convertir un païen, d’où la logique des raisonnements, parfois un peu lourde  mais pourquoi pas ?  … et des comparaisons  à but pédagogique…    

J’ai sélectionné ce qui m’intéressait surtout ( pour compléter un article sur l’histoire du  baptême ), mais j’ai noté aussi au passage qu’il n’y avait  aucune référence au péché originel, ni à un péché qui serait à effacer avant le baptême.

C’est évidemment un baptême uniquement d’adulte volontaire qui était encore donné alors.

Il y n’y a purification  que … si … la personne devient pure ensuite.

Il a également  écrit un discours «  Sur ceux qui retardent le baptême.. »

Intégrale en Français :

https://remacle.org/bloodwolf/eglise/gregoirenysse/discours.htm

J’ai mis le texte en grec de certains passages

C’est moi qui ai souligné éventuellement ..

32 [11] « les dispositions divines relatives à la purification par l’eau font partie, elles aussi, des enseignements révélés, — qu’on veuille les nommer baptême, illumination ou régénération, nous ne disputerons pas sur la forme du mot, »

33,3 : Grégoire de Nysse  compare le sperme qui fait naître un homme nouveau  à l’eau du baptême : pareil, aussi extraordinaire et de source divine tous deux ! En effet, le sperme est produit sous l’impulsion humaine permise par Dieu ( mais l’homme n’y  pense pas toujours quand il accomplit l’acte sexuel )  et le baptême  où il pense à Dieu , mais  en réalité action de Dieu dans les deux cas ! Donc , ne pas s’étonner plus de la naissance spirituelle comme enfant de Dieu que de la naissance physique d’un enfant… 

35  Grégoire de Nysse explique  que le sens de la « triple immersion » se trouve dans le modèle donné par Jésus : comme à l’armée, le soldat imite la façon de faire de son chef  : descendre dans la terre (la piscine baptismale )  et remonter = ressusciter.

35,15 : « Puisque le feu et l’eau possèdent la propriété de nettoyer, ceux qui ont effacé la souillure de leur vice dans l’eau du sacrement n’ont pas besoin de l’autre forme de purification; ceux-là, au contraire, qui n’ont pas été initiés à cette purification doivent nécessairement être purifiés par le feu. »

Grégoire de Nysse explique en même temps les propriétés du baptême et essaie de lui enlever son caractère magique et définitif en expliquant que s’il n’y a pas de passage à l‘acte ensuite, on n’est pas (devenu) enfant de Dieu.  Autrement dit ce devenir enfant de Dieu dépend de nos actes ensuite…

40, [3] C’est évidemment quand sont détruits les caractères mauvais de notre nature que s’opère le changement qui nous améliore. Si donc, selon la parole du prophète, le bain dans l’eau du sacrement purifie les désirs de notre volonté, en effaçant les vices de l’âme, nous devenons meilleurs, et nous sommes transformés dans le sens du mieux. Mais si le bain est donné au corps sans que l’âme soit lavée des souillures causées par les passions, et si la vie qui suit l’initiation s’accorde par son caractère avec la vie dépourvue d’initiation, si hardie que soit cette parole, je veux la dire sans détours : dans ces cas-là, l’eau est de l’eau ; car le don du Saint-Esprit ne se manifeste nulle part dans l’acte accompli, toutes les fois que l’homme, non content d’insulter à l’image divine qui est en lui, par le vice affreux de la colère ou par la passion de la cupidité, par le désordre indécent de l’esprit, par les fumées de l’orgueil, par l’envie et par le dédain, persiste à garder les gains injustement réalisés, et que la femme acquise par lui au prix de l’adultère continue à servir à ses plaisirs.

[4] Si ces vices et d’autres du même genre se montrent après comme avant dans la vie de celui qui a reçu le baptême, je ne puis voir ce qu’il y a de changé, puisque j’ai sous les yeux le même homme qu’auparavant. La victime de l’injustice, la victime de la calomnie, l’homme dépouillé de ses biens, ne voient, en ce qui les concerne, aucun changement chez celui qu’a lavé l’eau du baptême. Ils ne lui ont pas entendu dire comme Zachée : « Si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Ce qu’ils disaient avant le baptême, aujourd’hui encore ils le rappellent tout au long sur son compte; ils l’appellent des mêmes noms: cupide, plein de convoitise pour le bien d’autrui, grassement entretenu par l’infortune des autres hommes. Celui qui reste dans le même état, et qui ensuite va parlant partout du baptême qui l’a amélioré en le transformant, qu’il écoute Paul disant : « Si un homme s’imagine être quelque chose, en n’étant rien, il s’abuse lui-même. Car ce que vous n’êtes pas devenu, vous ne l’êtes pas ».

[5] A tous ceux qui l’ont reçu, dit des hommes régénérés l’Evangile, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. L’enfant est absolument de même race que son père. Si donc vous avez reçu Dieu, et si vous êtes devenu l’enfant de Dieu, montrez par le choix de votre volonté le Dieu qui est en vous, montrez en vous-même celui qui vous a engendré. Les marques auxquelles nous connaissons Dieu doivent faire voir la parenté avec Dieu de celui qui est devenu fils de Dieu. Il ouvre sa main et rassasie tous les êtres de bonne volonté, il pardonne l’iniquité, et regrette le mal qu’il envoie ; le Seigneur est bon envers tous, il n’exerce pas sa colère chaque jour; Dieu est un maître droit, et il n’y a pas d’injustice en lui; et tous les traits du même genre dont nous instruit çà et là l’Ecriture. Si vous portez ces marques, vous êtes devenu vraiment l’enfant de Dieu. [6] Si vous persistez au contraire dans les caractères du vice, vous répéterez en vain que vous êtes né d’en haut. La voix du prophète vous dira : Tu es fils d’un homme, et non du Très-Haut. Tu aimes la vanité, tu recherches le mensonge. Tu ne sais comment l’homme est magnifié ; tu ignores qu’il ne peut l’être qu’en étant pieux. »

Suit alors la conclusion  de ce discours  qui finit  sur la question de la « rémunération » dans l’au-delà … avec la double application du mot mal  qui est dans cette vie et a son revers dans l’autre :  

[7] « Il faudrait ajouter à ces enseignements ce qui nous reste à dire : c’est d’abord que les biens offerts dans les promesses divines à ceux qui auront bien vécu défient, par leur nature, la possibilité d’en donner un aperçu. Comment décrire en effet ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas ouï, ce qui n’est pas parvenu jusqu’à l’esprit de l’homme? La vie douloureuse des pécheurs ne peut, elle non plus, être comparée à rien de ce qui fait souffrir les sens ici-bas. Même ci l’on applique à quelqu’un des châtiments infligés dans l’au-delà les noms connus ici-bas, la différence reste immense.

Par le mot : feu, vous avez appris à concevoir tout autre chose que le feu d’ici-bas, parce que celui-là possède une propriété que n’a pas celui-ci ; l’un en effet ne s’éteint pas, tandis que l’expérience a découvert bien des moyens d’éteindre l’autre, et la différence est grande entre le feu qui s’éteint et le feu inextinguible. C’est donc tout autre chose que le feu d’ici-bas.

[8] Qu’en entendant parler du ver, on ne se laisse pas entraîner non plus, par la similitude des noms, à songer, à cette bête qui vit sur la terre; le qualificatif d’éternel qui s’y ajoute nous fait concevoir en effet une nature différente de celle que nous connaissons.

Puisque ce sont là les traitements qui nous attendent dans l’autre monde, et qu’ils sont, dans la vie, le résultat et l’épanouissement de la libre volonté de chacun selon l’équitable jugement de Dieu, les esprits sages doivent avoir en vue non pas le présent, mais l’avenir, et jeter dans cette vie brève et passagère les fondements de l’ineffable félicité, et, en tournant leur volonté vers le bien, se garder de faire l’expérience du mal, aujourd’hui pendant la vie, plus tard au moment de la rémunération éternelle. »

                                                                         Marguerite Champeaux-Rousselot 2023-10

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