La crise et le système de santé en Grèce : une des crises qui sont à la racine de la crise actuelle en Grèce. ( 2008-12-11, par Marguerite Champeaux-Rousselot)

En Grèce, la réaction des jeunes lors de la mort  d’Andreas Grigoropoulos, ce jeune de 15 ans, aurait pu n’être qu’un accident… mais elle est bien plus qu’un abcès de fixation proprement  localisé et presque salutaire si on peut l’inciser proprement.  Cette mort a fait sauter le verrou de l’énorme anxiété qui étouffait presque tous les Grecs. Elle déferle désormais, et grandit encore,  sans savoir comment elle se transformera en élan positif. La crise est un moment critique : il semble que l’on s’y trouve.

Un exemple  seulement, pris ici dans le domaine de la santé :    ce secteur   est devenu presque  inopérant. Or il est fondamental pour le lien social, témoin de la solidarité et de la générosité des citoyens d’un pays entre eux.

Cette quasi-faillite, dont nous allons analyser les raisons et les conséquences, a encore augmenté les tensions et ne sera pas facile à résorber.

 

Le domaine de la santé ne peut échapper à la crise économique mondiale, qui se traduit déjà en Grèce par une grande désorganisation ( inflation dans certains secteurs et  chute des prix dans d’autres)  .

Quatre informations sur la Santé peuvent, à titre d’exemple, être aisément corrélées avec le soulèvement des rues :

Depuis un certain temps, l’Etat lui-même  – car en Grèce le système est presque  uniquement  public –  a des plus que des difficultés pour régler les professionnels de santé, les pharmaciens  et même les hôpitaux…

La caisse qui rémunère, grâce à l’Etat,  les médecins pour leurs Consultations  a cessé de les rémunérer : elle couvre 5 millions d’assurés sociaux. Les médecins sont ainsi privés du fruit de leur travail et ralentissent leur activité… Les patients sont anxieux et mal soignés.

Les pharmaciens ne sont plus non plus remboursés par l’Etat  des  médicaments qu’ils « donnent » et ont donc décidé de ne plus pratiquer le tiers-payant   : les malades, lorsqu’ils ont eu la chance d’avoir eu une consultation,  doivent désormais payer l’intégralité de leurs médicaments … ou s’en passer…

Professionnels de santé et pharmaciens  vont se joindre, à leur façon,  au mouvement de rue.

Un mouvement de rue qui n’est pas lié uniquement à des problèmes de porte–monnaie :

Dans ces circonstances, la nécessité de diminuer les dépenses a permis de révéler, hélas, la réalité  et l’ampleur d’une corruption  que les amis de la Grèce n’osaient pas envisager…  et qui révoltent les Grecs.  C’est par exemple un « cadeau »  qui est fait  pour privilégier un produit ou un matériel, au détriment d’une bonne gestion du rapport qualité/prix…

Dernier élément qui a son importance aussi : on s’est aussi posé la question de comprendre pourquoi les Caisses de l’équivalent grec de notre sécurité sociale sont aussi vides.   En France, on a « découvert »  l’incidence du chômage sur nos Recettes, mais il semble qu’en Grèce,  il s’y soit ajouté un tour de passe-passe grâce auquel l’Etat, pressé par  le manque de fonds,  aurait puisé  dans ces recettes pour boucher d’autres trous… C’est une des raisons de la colère des  manifestants.  ( Ne crions pas haro sur les Grecs : regardons aussi chez  nous, en France … Veillons bien à la séparation, et d’une part entre chacune des branches de notre protection sociale,  et d’autre part entre les budgets de l’Etat et les fonds des Caisses… Elles ont déjà été mises à mal.  ).

Résultats : matériel et personnes insuffisants, attentes  pour se faire opérer et  tentation du dessous-de-table, médecine à deux vitesses, ralentissement d’activité voire fermetures d’établissements. Mais aussi  aggravation de la situation sanitaire dans son ensemble  puisque s’est fortement accru le nombre de ceux qui retardent leurs soins ou s’en dispensent, quoique la santé soit presque en partout en tête des priorités individuelles…

C’est là l’explication de l’incendie qui gagne  presque partout : nul ne se sent plus à l’abri, et chacun est porté à augmenter, de ce fait, le chaos…

Pour le moment, nul ne sait jusqu’où  iront ces manifestations de mécontentement, ni comment arrêter ce cercle vicieux.

 

 

Marguerite Champeaux-Rousselot

 

article publié également sur le site de l’Association Franco-Hellénique de la Corrèze

http://assocfrancohellenique19.over-blog.com/categorie-10694794.html

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