Grèce : dettes et budget militaire, fabricants et vendeurs d’armes. ( 2011-10-16, par R.V.)

 

La Grèce a une population de 11,3 millions d’habitants, et  ce petit pays  a souvent combattu… courageusement,   y compris lors de la dernière guerre mondiale.

Turquie/Chypre et  ARYM sont des terrains sensibles.

C’est pourquoi il y a dans l’Armée, 80 000 militaires et constamment environ 98000  conscrits, soit 178 000 hommes  ( sans compter les réservistes ), et c’est pourquoi également  la Grèce fait de lourdes dépenses d’armement :  alors que la France y consacre 2,2% de son PNB, la Grèce y consacre une part disproportionnée de son budget :

 

1988 : 1 355 millions € : 5,1 % du PNB

1992 : 2 452 millions € : 4,3 % du PNB

1995 : 3 438 millions €  : 4,3 % du PNB

2000 : 5 921 millions €  : 4,9 % du PNB

2003 : 6 309 millions €  : 4,1 % du PNB

2009 : ~ 6 milliards d’euros : 3,1 % du PNB ( un PNB comme on le sait « artificiel » )

 

Ces dernières années, comme on le voit, la course aux armements a repris… mais grâce à de l’endettement. Par exemple :

En 2009, la Grèce avait prévu de commander des frégates  multimissions (FREMM), ainsi que des hélicoptères EC-725 et de renouveler sa flotte d’avions de combat…

L’armée grecque a acheté en 2009  :

– des avions de combat made  in USA pour plus de deux milliards de dollars,

-des Mirages 2000 made in France pour 1,6 milliards d’euros,

-et six sous-marins made in Germany pour  5 milliards d’euros.

Un rapport de l’OTAN montre qu’entre 2005 et 2009, la Grèce a vu ses dépenses d’armement grimper d’un tiers.

 

Un des mécanismes de cette escalade est tragique.

La Grèce a occupé pendant 10 ans la 4e place des importateurs d’armes dans le monde. La Turquie en 2009 n’occupait plus que le dixième rang des importateurs mondiaux d’armement après avoir occupé constamment la sixième place de 1998 à 2008. La Turquie a fait en 2010, des propositions de limitations budgétaires à la Grèce : baisser les dépenses de 20%.  Un espoir ?  Mais la Grèce a refusé. Elle se sent en effet obligée de moderniser ses équipements etc. en partie parce que la Turquie participe au programme de cofinancement du F.35  des USA, avion de supériorité aérienne de conception principalement américaine. Du coup, la Grèce, inquiète, veut moderniser ses propres équipements et songe au Rafale français …  ( Notons que,  chose presque cynique, pendant des années, les mêmes avions de combat US – F.16 notamment – ont porté les cocardes grecques et turques… ). Et c’est ainsi que l’escalade de l’armement est un exercice presque imposé par des tiers à deux voisins.

Pourtant, Turquie et Grèce appartiennent tous deux à l’OTAN, américanophile, et continuent à préparer la paix … mais en préparant la guerre : ne sont-ils pas manipulés par certains  vendeurs d’armes ?

 

Les Grecs ont occupé ainsi, de façon continue depuis 10 ans,  la 4e place des importateurs d’armes dans le monde, ce qui a représenté 11, 209 milliards de dollars US ! Un joujou coûteux  qui n’a heureusement pas beaucoup servi ! mais qui a bien arrangé bien les vendeurs d’armes. Une arme de guerre qui s’est retournée contre elle  et a contribué à son déficit.

 

 

Ces chiffres posent des questions.

Comment se fait-il que, alors que la crise foudroyait l’Europe, la Grèce pouvait encore faire et réussissait encore à faire des emprunts de cette importance exceptionnelle pour s’armer ?  Les banquiers  n’auraient-ils pas trouvé ainsi en elle un nouveau client, inespéré alors que la crise faisait  naître le marasme ? Auraient-ils fermé les yeux sur ses difficultés ? Auraient-ils pensé que ce serait finalement rentable pour eux ? Et d’où ces banques ont-elles trouvé l’argent, elles qui venaient d’avoir besoin d’être renflouées par les Etats, banques centrales et BCE ?

 

Comment la Grèce finance-t-elle ses achats d’armes aux Etats ?  On le sait : en empruntant aux banques  d’Europe occidentale, françaises et allemandes en particulier.

Entre mars 2005 et septembre 2008, les engagements des banques d’Europe occidentale en Grèce ont doublé. Ils sont passés de 80 à 160 milliards de dollars US. Parmi les établissements financiers les plus généreux, on retrouve des banques françaises, elles sont détentrices de prés d’un tiers de la dette publique grecque. N’oublions pas leurs consœurs allemandes, elles s’adjugent 15% des créances prises sur l’Etat grec.
Signalons que cette générosité des banques à des contreparties en leur faveur : des intérêts, des commissions de prise en charge du service de la dette et/ou des obligations d’Etat ainsi que la faculté d’écouler une partie de cette dette sous forme de produits financiers dérivés mis sur le marché, produits dont l’acquisition est conseillée à l’épargnant…

La Grèce est le 3° acheteur d’armes de la France. Il est certain que des responsables politiques ou industriels  français, ont pu et peuvent estimer que ce secteur est un de nos secteurs clés à l’exportation, et donc clé pour l’emploi également. En prêtant à la Grèce  pour acheter des armes française et allemandes, les banques françaises et allemandes… se sentaient-elles  sincèrement presque … altruistes ?

 

Puisque désormais la Grèce doit réduire ses achats d’armes, et ne pourra payer ses dettes d’armes, elle change de statut :  de bon client sur les fredaines et les dettes duquel  lequel on fermait les yeux,  la Grèce passe au statut d’accusée, et soudain les Etats ont et font des révélations…

 

Aujourd’hui, on évoque un abandon d’une partie de la dette grecque, un abandon pris en charge en partie par l’Europe, et en partie par les banques privées, par exemple.  En ce cas, les pays qui ont vendu des armes  à la Grèce vont-ils également renoncer à leurs créances sur les armes ? ou estimeront-ils que l’Europe va «  aider »   la Grèce,  mais que la Grèce devra honorer ses achats d’armes auprès d’eux ?  Un égoïsme à la limite de la malhonnêteté, au détriment des pays européens non-vendeurs d’armes.

 

La Grèce devra baisser son budget militaire : il faut espérer que ce sera une chance à saisir pour intensifier les démarches d’apaisement sur les points qui fâchent.

L’Europe pourrait certainement l’aider, dans ce cadre, à résoudre plusieurs des questions évoquées dans ce papier : la question turque/chypriote et  ARYM.  Elle pourrait aussi recadrer les dettes dues à des ventes d’armes entre Etat.

Elle peut aussi, dans le cadre de l’ONU, éviter que les conflits, les rivalités, les escalades, soient des occasions de s’enrichir pour certains.

Mais elle aura fort à faire pour lutter contre les marchands d’armes influents qui sont en son propre sein. Cela passera par des modifications industrielles dans les pays où l’industrie d’armement est  un secteur exportateur.

Oui, je sais, on touche là à un espoir utopique : faire avancer la paix dans le monde, mais justement c’est là mon espoir, car du mal peut sortir un bien, heureusement.
R.V.