Ce n’est pas parce qu’on prête qu’on est gentil et sans dette …

Ce n’est pas parce qu’on prête qu’on est gentil et qu’on n’a pas de dette (s) …

Depuis 2012, la Banque Européenne prête à des taux historiquement bas ( 0,25 %) aux Etats qui ne voient plus la nécessité de réformer…

En 2014, l’Allemagne s’endette à  1,65% seulement à 10 ans,

la France emprunte à 2,21%, ( une charge du double, ce qui a un résultat exponentiel )

mais l’Espagne, pire,  à  3,37%,

l’Italie, à 3,4%,

le Portugal, à 4,65%,

et la Grèce, celle qui a essuyé les plâtres des apprentis-sorciers qui ont sauvé d’abord les banques, à 6,5%.

Ces taux sont en effet les plus bas depuis le début de la crise en 2010, ce qui fait qu’on a l’impression que la crise est finie  ou qu’on peut annoncer le passage au vert pour telle ou telle date.

Non, elle ne l’est pas ! Nous, les pays endettés, – car , savez-vous ce n’est pas le cas de tous les pays – , nous étions devant un tas d’ordures grandissant un peu tous les jours et qu’on devait évacuer par un travail pénible et répété  : nous avons  trouvé un moyen de repousser l’échéance à plus tard et nous n’avons rien évacué du tout : on a seulement dégagé un peu devant nous en le repoussant plus loin pour faire semblant, mais le tas grandit un peu tous les jours.

Nous continuons à ne pas regarder plus loin que le bout de nos pieds, nous laissons croître la dette, nous n’arrivons pas à rembourser même nos intérêts, nous remettons au lendemain, nous nous faisons des illusions… et d’autres en profitent ! On découvrira – trop tard – que nous avons été plus durs avec la Grèce  et les petits qu’avec  nous-mêmes qui avions pourtant plus de ressources pour faire face  à nos responsabilités.

Et si Bruxelles semonce les pays relativement à l’aise qui ne se désendettent pas, ils trouvent la Banque Européenne  ridiculement ringarde…  et la taxent d’égoïste frileuse !

Or , et de plus, il y a des pays  et des personnes qui ont de l’argent à placer, argent honnête ou malhonnête d’ailleurs : beaucoup d’argent  ( pays émergents profitant de leurs bas salaires pour des excédents importants, prises de bénéfices peu scrupuleuses d’actionnaires aux dépens de la situation de ceux qui produisent réellement, spéculations diverses dans un espace-temps inhumain, voire trafics carrément justiciables de la prison et qui empoisonnent notre monde). Ceux qui détiennent ces capitaux cherchent où le placer : après moult réflexions, ils s’adressent aux pays les plus sûrs qui en auraient besoin. Et de faire des propositions alléchantes aux pays de la zone euro ( une zone assez sûre ). Lorsqu’il y a plusieurs concurrents qui se présentent à l’emprunteur, celui-ci  – quelle revanche ! –  se sent presque en position de force ! «  Empruntez à moi ! » «  Non, à moi : je vous baisse mon taux ! »  et ainsi de suite… Tout comme le consommateur naïf qui croit faire des économies en achetant beaucoup de produits soldés dont il n’avait pas besoin… Le pays emprunteur va-t-il  grâce à cela rembourser réellement sa dette ? Non, hélas, le plus souvent, il va plutôt étaler sa dette, c’est plus confortable et mieux vu d’électeurs à courte vue lorsqu’on doit être élu ou réélu.

Au fait, parmi ces pays et ces personnes qui ont de l’argent à prêter, se trouvent … des pays endettés eux aussi ! Pourquoi ?! Comment !? Ces pays endettés,  mais bien considérés, – la France en est – , peuvent emprunter à la Banque Européenne à ces taux historiquement bas ( voir ci-dessus ) et que font-ils ? Ils prêtent à des pays plus endettés  qui eux ( voir ci-dessus ) ,  trouvant moins facilement  de prêteurs, doivent emprunter plus cher … Car lorsque nous disons qu’on aide la Grèce, c’est d’abord en lui prêtant de l’argent à des intérêts plus élevés que les nôtres… Ainsi, plus nous empruntons nous-mêmes, plus nous prêtons… certes, mais ce n’est pas une justification  puisqu’on en tire bénéfice aux dépens  de l’autre ;  ainsi, plus nous empruntons, plus nous touchons d’intérêts… : certes, mais ce n’est qu’une illusion puisque ces intérêts à eux seuls ne suffisent pas  à éteindre notre dette et même, au total,  l’accroissent en réalité.

Terrible loi des marchés  pour les petits et les plus faibles, mais aussi terrible loi de justice qui punira ceux qui ont profité de la faiblesse de l’autre et qui quant à eux ont préféré faire l’autruche sans faire de réforme. Terrible loi qui nous fera nous réveiller en sursaut, un jour de crise  où la montagne d’ordures s’écroulera sur nous à notre tour : comment notre dette n’était pas éteinte ?  nous, qui prêtions ? comment !! tandis que nous verrons nos petits-enfants, paralysés et impuissants, nous fixer avec des larmes dans les yeux, en nous demandant des comptes.

 

Marguerite Champeaux-Rousselot

11 avril 2014