Mariage et divorce dans l’Evangile (résumé en une page)

A propos de la question du mariage et du divorce :  

Un appui  à la pastorale de Miséricorde à la lumière doctrinale des préceptes évangéliques

Lisons l’Evangile, sachant que hommes et femmes y sont « égaux »…                                          2015-09-25

L’évangile de Matthieu montre Jésus par deux fois (Mt 5,32 et 19,9) autoriser le divorce en cas de « porneia ». Ce terme est traduit dans la Bible liturgique par «sauf en cas d’union illégitime» et dans la TOB par «union illégale». Or ce mot appartient à une famille qui évoque le commerce et ses contrats et dans l’Ancien Testament traduit en grec, il désigne parfois la prostitution, mais plus globalement les manquements  et infidélités de toute sorte  (loi de Dieu, alliance, engagements). De ce fait, les évangélistes n’ont pu employer porneia que dans ce sens, et, en ce qui concerne des époux, pour un grave manquement de l’un aux promesses faites à l’autre lors de l’alliance qu’ils ont conclue, ce qui déborde l’adultère, tout en l’incluant éventuellement, et signifie un acte ou une suite d’actes qui blessent et même rompent l’alliance. On conservera ce mot porneia intraduisible en français.

La traduction habituelle du verset Mt 5,32a contient une autre erreur puisque le texte grec ne signifie pas que les divorcés commettront un adultère en se remariant : le verbe « commettre l’adultère » (= « tromper son conjoint ») y est en effet conjugué au passif et à l’aoriste (temps qui indique une action brève). Ce sens passif est rare car révolutionnaire pour l’époque, et ne figure donc pas dans les dictionnaires, mais se trouve dans Porphyrios par exemple. La traduction est donc : « Celui qui renvoie sa femme, en dehors du cas de porneia,  fait celle-ci (renvoyée injustement) avoir été/être trompée, avoir été/être victime d’un adultère (d’un manquement grave de la part de son mari) ». Sauf si l’épouse a commis une porneia,  sa répudiation (= un divorce imposé unilatéralement) par le mari est en réalité en même temps un adultère qu’il commet envers son épouse qui est une victime, et une infidélité dont il se rend coupable envers la loi de Dieu concernant le mariage. Par contre, si l’un est coupable de porneia, l’autre peut le répudier. Enfin, la loi juive autorisait indistinctement  tous  les époux divorcés à se remarier, et Jésus, qui n’abolit rien de la Loi (mosaïque), mais vient la parfaire dans le sens voulu par Dieu, n’a précisé nulle part qu’il récusait cette possibilité, mais, démasquant le légalisme et le littéralisme minimaliste, il pointe où est la faute afin de la distinguer de ce qui est légitime,  en esprit et au fond des cœurs, à partir de ce qu’est une alliance.

Ceci mis au point, tous les  préceptes évangéliques à propos du mariage (Mt 5,32 a et b, Mt 19,9, Mc 10,11, Lc 16,18 a et b, Mt 5,28-32) retrouvent alors leur cohérence et balisent ce chemin de liberté exigeante et d’amour miséricordieux que Jésus a ouvert, en donnant toute son ampleur à la loi, bien au-delà de la lettre, dans son esprit. Par exemple, c’est après avoir défini l’adultère en esprit (Mt 5,28) que Jésus aborde frontalement l’artifice de la répudiation formellement légale avec un livret de divorce donné à la femme (Mt 5,31) et en Mt 5,32 b  Jésus met le doigt sur la faute (encore insoupçonnée)  de ceux et celles qui utilisaient ce même artifice pour contracter une nouvelle union apparemment légale mais qui était fautive dès le départ car ils avaient désiré ce mariage et avaient compté sur la rupture d’une alliance précédente  – ou  se sont arrangés  pour :  dans ce cas, « celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère ». Ce n’est pas la personne répudiée qui est qualifiée d’adultère dans ce verset Mt 5,32 b, mais l’homme qui l’épouserait, en visant seulement ceux, hommes et femmes, qui préméditent et comptent, activement et fautivement, sur un divorce pour se remarier : eux sont adultères dans leur cœur, mais Jésus, qui dit la gravité de ce péché, ne précise cependant nulle part qu’il est impardonnable.

En résumé, selon l’Evangile, la porneia ( dont l’adultère sexuel fait éventuellement partie ) désigne un manquement grave, de cœur, d’esprit et/ou de corps, à l’égard  de son conjoint comme à l’égard du conjoint d’un autre couple, et à l’égard de la loi de Dieu ; Jésus appelle à l’amour et au pardon, mais si un conjoint est coupable de porneia envers l’autre, il peut demander le divorce et Jésus ne s’est pas opposé à l’autorisation pour tous du remariage qui se trouve dans la loi juive ; il fait justice en reconnaissant le statut de victime et les droits qui en découlent ( y compris le droit à la compassion) ; il pointe la responsabilité des fautifs, leur état de péché, sans fermer pour eux le chemin de miséricorde qu’il a ouvert à tous.

Jésus rappelle la beauté et la bonté de toute alliance conclue et respectée entre deux êtres, mais il tient compte du fait que cet idéal n’est malheureusement pas toujours maintenu.

Cette analyse des textes montre la réelle cohérence des préceptes entre eux et avec la totalité du message de l’Evangile, ainsi que leur logique et leur bon sens, et légitime des voies nouvelles pour la pastorale d’aujourd’hui : l’adaptation à notre époque se fait tout simplement. Jésus appelle à être juste et vrai envers les victimes et les responsables, et n’interdit aucune Miséricorde.

Les dispositions pastorales qu’on envisage s’inscrivent donc dans la fidélité à l’exhortation de Jésus, qui correspond à ce qui est bon pour l’Homme : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». Cette invitation d’amour continue à éclairer les familles, l’Eglise et ses pasteurs, mais sait aussi gérer les blessures.

 

Marguerite Champeaux-Rousselot        Pour le collectif Agathe Dupont            agathe-d[@]outlook.fr

 

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