La cathédrale Notre-Dame de Paris, une église palimpseste mais qui ne doit pas devenir une oeuvre d’art fossile…

Comment définir quelle est la vraie cathédrale Notre-Dame, celle à qui il faut être fidèle dans la reconstruction ?  Sur quels critères historiques et artistiques ?

Les églises précédant l’église gothique

 

Vieux de 2000 ans, un pilier gallo-romain dédié par des marins à Jupiter ( le pilier des Nautes) atteste qu’il y avait probablement un temple sur cette île. Ensuite, une église paléo-chrétienne  y prit pied au IVème  siècle, démolie pour construire une basilique mérovingienne, remplacée ensuite par une cathédrale carolingienne, sur laquelle on construisit finalement une cathédrale beaucoup plus grande, dédiée à Notre-Dame, encore une fois dans un nouveau style, le style roman…

Mais  au XIIème siècle, cette quatrième version du même lieu de culte devint une fois encore trop petite… Lors des travaux, ses pierres furent alors parfois retaillées ou utilisées, mais de façon discrète toutefois puisque le bâtiment suivait le nouvel art gothique qui se répandait partout. Avec cette mode, on peut faire entrer plus de lumière, on peut construire ou consolider tout en allégeant conformément aux découvertes des sciences, on peut créer un déambulatoire utile à certains rites. Après un incendie qui aurait détruit entre  1225 et 1230 la charpente supérieure et les combles, on en profite pour créer une terrasse et mieux évacuer les eaux. Quand la tour sud est achevée en 1240, on abandonne la même idée l’idée d’une flèche : cela permettra de finir les travaux plus vite. On s’empresse alors, de finir la tour Nord. La cathédrale est enfin opérationnelle sous le règne de Saint-Louis.

Une fois la cathédrale utilisable, des réaménagements et des changements ne cessent de se produire : additions, embellissements, réparations et modifications sont si importants qu’on peut parler  de « phases ultérieures de l’édification » (1250-1350). A la fin, comme les portails en style roman sont trop sévères par rapport à la grande façade gothique, on décide de reconstruire les parties romanes ; on allonge également le transept au nord puis au sud ;  on réalise la façade nord du transept et sa fameuse rosace ; on ajoute des chapelles et la porte rouge, on allège les arcs-boutants existants et l’on en construit de spectaculaire, d’une portée de 15 m. Jubé, clôture du chœur, chapelles contribuent à effacer le souvenir de la cathédrale romane.

L’église gothique et ses avatars

Nous nous arrêterons là mais cela se poursuit évidemment aux siècles suivants qui aimèrent le baroque ou le classique, enlevèrent les vitraux pour les remplacer par des verres blancs, rehaussèrent les voûtes parfois trop basses pour certains rites. Après les destructions de la Révolution, on la convertit en entrepôt et on la négligea. Puis vint la Restauration avec des… restaurations  sommaires ; le couronnement de Napoléon la fit chauler à blanc (!)  avant de la recouvrir de décors, car elle était si délabrée que quelque temps après on envisagea de l’abattre totalement….

Victor Hugo qui l’aimait, se mobilisa alors en écrivant son roman Notre-Dame de Paris, (1831) et réussit à l’intégrer dans le puissant mouvement romantique. « Le sort de Notre-Dame focalisa différents courants de pensée : les catholiques bien sûr qui désiraient réconcilier la France avec la piété et la foi d’antan, les monarchistes aussi qui s’efforçaient de renouer avec un proche passé, mais aussi le courant laïc. » (Wikipédia) parce qu’il était alors plus moderne et plus révolutionnaire de faire du .moyen-âgeux et du gothique !   Et c’est alors qu’intervint Viollet-le-Duc : c’est lui qui fit la flèche que nous connaissons, mais sa contribution fut très importante : allez voir l’article[1] qui permet de la mesurer…

Une église palimpseste, c’est sa richesse.

 

En survolant cette histoire, comment dire  quelle est la vraie cathédrale Notre-Dame, celle à qui il faut être fidèle dans la reconstruction ? Quelle tradition nous enseigne-t-elle de suivre ?

En plongeant dans notre mémoire,  un bâtiment n’est-il pas la somme de tous les bâtiments  qui l’ont précédé ? la somme de toutes les images que nous avons dans les  yeux et le cœur, aussi différents que nous sommes?

Pour le plus grand nombre, – volontairement nous n’avons pas du tout ici évoqué d’aspects liés à la religion ou au culte – c’est la forme générale  et l’aspect qui comptent ou quelques détails précis bien à la vue… et l’impression en même temps et de siècles écoulés et de transformations incessantes. Toutes les versions se fondent en une seule réalité.

Une église encore vivante qui ne doit pas être fossilisée.

L’impression est  donc qu’elle y a des racines infinies et ceci est lié à l’impression qu’elle ne sera jamais finie…

La cathédrale Notre-Dame de Paris est  une église palimpseste, oui, mais elle est tout sauf une momie figée pour toujours dans la mort. La destruction par le feu d’une partie  de cette église  ne doit pas faire croire qu’elle est devenue, du fait de cette blessure partielle,  un cadavre embaumé dans l’art et l’histoire que certains connaissent.

Un tableau, un ensemble architectural peuvent être à préserver patiemment, mais l’église est d’abord un bâtiment utile  et cohérent avec le quotidien de tous.

Dans le cas présent, il n’y a pas nécessité humaine,  comme aux siècles précédents, de tout détruire pour tout reconstruire à nouveau…  mais la reconstruction de cette partie détruite ( afin d’en conserver la silhouette à laquelle nous sommes habitués ) ne doit pas faire croire qu’elle est devenue, du fait de cette blessure partielle,  un fossile à figer respectueusement tel quel  dans la culture.

Sa vie est encore en cours….  Les dons, selon moi, manifestent d’ailleurs la sensation de la plupart d’entre nous : cette église   donne la sensation d’un corps qui vit avec la société humaine qui le conçoit mais également qu’il élève.  Le lien ne doit pas être coupé avec la vie de tous. La culture y gagnera d’ailleurs également.

La vraie cathédrale Notre-Dame, c’est l’idée de cette cathédrale et c’est l’esprit dynamique et toujours actuel dans lequel elle a été bâtie et rebâtie : il semblerait  illogique, je trouve,  que l’objectif ne soit que de réaliser une parfaite reproduction à l’identique de ce qui a brûlé. Certes, en le voyant mémoire et cœur seraient sans doute en paix, on oublierait même le drame, mais ce serait au prix d’une illusion et ce serait un contresens significatif, un contre-exemple triste et même inquiétant.

Marguerite Champeaux-Rousselot ( 2019-05-08).

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame_de_Paris

2 réflexions sur “La cathédrale Notre-Dame de Paris, une église palimpseste mais qui ne doit pas devenir une oeuvre d’art fossile…

  1. en effet, ce n’est pas le style ni les matériaux, des variables, qui doivent être pris en considération, c’est plutôt que l’église soit réellement un lien entre l’humain et le divin, ce qui suppose une architecture sacrée et donc éternelle; on ne peut pas faire n’importe quoi sous prétexte de faire nouveau.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s