Compte-rendu de « Légaut,  Devenir disciple de Jésus » par Thérèse  De Scott. 1988

Légaut,  Devenir disciple de Jésus, une lecture de l’œuvre de Marcel Légaut, par Thérèse  De Scott. Éditions Duculot, 1988

Résumé et Choix  de passages par Marguerite Champeaux-Rousselot

2019-05

( choix de passages qui m’est personnel.
– ce qui est entre guillemets et en italiques est de lui, avec souvent la page et le titre du livre.
– ce qui n’est pas entre guillemets ou est entre parenthèses simples est un résumé par moi de sa pensée ou un choix de thèmes.
– ce qui est entre parenthèses double ou triple  correspond à mes réflexions personnelles, et c’est souvent précédé de « Mi » : pour qu’il soit bien clair que ce sont mes réflexions)
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L’universel occupe une place centrale dans le message de Jésus.
Malheureusement son message fut entaché de contre-exemples d’d’universalité.
Pour de telles questions, l’attention doit s’attacher aux problèmes de fond, celui des rapports entre révélations, traditions et histoire. Des constatations d’ensemble suffisent sans avoir besoin de donner des détails.
On peut regarder par exemple les réductions d’universalité qui l’ont entaché alors que Jésus s’en était certainement libéré. « Le messianisme juif, parce qu’il était lié à des conceptions politiques ou religieuses comportant des visées d’expansion, d’assimilation et de domination sur d’autres nations, oblitérer la nature véritable de ce que doit être un message religieux universel. » p. 134. Or Jésus avait refusé ce messianisme pour sa propre mission. Certes Paul a essayé de dégager le christianisme de certaines pratiques juives, néanmoins elles furent considérées  assez vite après sa mort comme inséparables de la foi en Jésus et on s’attacha même à prouver qu’il y avait continuité, que Jésus était un nouveau Moïse. « L’élaboration ultérieure de la doctrine, le développement des structures ecclésiastiques organisant les communautés chrétiennes, puis l’exercice des pouvoirs dans les églises reçurent en outre la marque très ferme de l’héritage culturel gréco-romain ». p. 135. Cela aussi diminua le caractère universel du message de Jésus. Même après, l’intégration de sociétés lointaines ne modifia pas le caractère juif et gréco-romain qui avait été imposé au message de Jésus.
Cette « universalité réduite » s’explique puisqu’elle montre que les disciples de Jésus ont eu une conception fixiste du Monde et de l’humanité. Ce n’était sans doute pas celle de Jésus qui était beaucoup plus ouvert sur l’avenir. Ses disciples ont pensé que Jésus était une apogée, et qu’on devait donc tenter de s’y tenir, alors que Jésus ne le considérait sans doute pas : comme il l’a dit lui-même : mes disciples feront de plus grandes choses que moi ; ou qui n’est pas avec moi est contre moi et d’autres peuvent faire des guérisons etc. .
Le résultat est que lorsque d’autres changements ont dû intervenir ( immensité de l’espace-temps expansion de l’univers etc.), il y a eu chaque fois des oppositions.
En réalité c’est non seulement dans l’espace, non seulement dans le passé mais également dans le futur et dans l’l’espace inconnu non advenu que l’universalité se trouve : elle doit les comprendre.

Citation : « L’universel que l’homme moderne entrevoit est d’une tout autre nature que l’universalité recherchée jadis » (…) c’est dans un au-delà des hommes – au-delà qui lui reste inconnu inéluctablement – qu’il (l’homme moderne) situe l’ universel. Aussi il ne peut plus lui assigner a priori aucune détermination, aucune limite qui rappellerait celle d’une société ou d’une civilisation » (…) il est plutôt tenté de douter de ce fonds commun à tous les hommes qui est censé les caractériser et les unir. » (IPAC, 113)
Citation : «  Contrairement à ce qu’on pensait jadis, on ne peut plus confondre l’universel avec une condition humaine donnée de façon définitive dès l’origine. En vérité, l’universel est plus devant, dans l’avenir qui sollicite chacun au plus profond de lui-même, que dans le présent. Il est non pas l’alpha de l’humain, mais l’oméga de la longue histoire des hommes. » (IPAC, 114)
« De telles notations soulignent le contraste entre les certitudes d’autrefois sur l’origine, la nature, la destinée de l’homme d’une part, et les recherches tâtonnantes qu’ont amorcées les sciences de la matière de la vie et les sciences humaines, d’autre part. Elles font voir  – et l’auteur le dit explicitement  –  l’opportunité et  la nécessité d’un discernement critique au sujet des doctrines religieuses ; elles ouvrent des possibilités d’étayer la foi en Jésus sur des présupposés anthropologiques renouvelées. » (P. 137).

Selon Légaut, les paraboles ont des valeurs réellement universelles en particulier la métaphore du ferment : « C’est parce que Jésus est essentiellement ferment de l’humain qu’il est universel. (…) Le ferment, séparé, à l’état pur, est invisible, insaisissable. Ainsi en est-il de ce qui vient proprement de Jésus. » (IP assez, 140). Le ferment est en effet reconnu à ses effets : et c’est grâce aux prises de conscience intime que le croyant entrevoit ce qui est  universel en Jésus : c’est universel parce que cela relève de l’essentiel de l’homme ; l’unicité de chacun fait partie de l’universel : on communique «  d’être à être, au-delà de toutes les contingences, qu’elles soient différences ou mêmes ressemblances. » ( IPAC, 116)

Immanence et transcendance etc. : l’universel marque l’homme du sceau de l’absolu : c’est une première ressemblance avec Dieu ; l’universel refuse toutes les représentations, comme Dieu. On ne peut définir l’universel. Toute image trahit Dieu et l’universel. L’universel est directement relié au mystère de Dieu et de chaque point chacun peut percevoir l’universel en l’autre. Également en Jésus.

 

Selon Légaut, la condition fondamentale pour qu’un message religieux puisse être reconnu comme universel tient en une seule proposition : il faut qu’il corresponde aux besoins fondamentaux essentiels de l’homme, à travers tous les temps et en tout lieu, et qu’il leur apporte la révélation en profondeur de leur humanité. (cf. IPAC, 143) c’est pourquoi en même temps cela concerne Dieu et l’homme accompli. Le message doit  contenir lui-même la nécessité qu’on continue sans cesse d’approfondir. Qu’on en développe librement les implications au long des âges, sinon, s’il est  « fermé », fixé,  il ne sera plus « universel ».
C’est pourquoi le message comprend également l’idée de la mission : ce qu’est le messager rend possible ou non l’universalité de ce qu’évoque ce qu’il fait et dit. Ce qu’il est amorce ce qui sera. Jésus est en avant de nous plus encore que dans les siècles qui nous ont précédé…
Le message doit être communicable ( et donc en harmonie appropriée avec les récepteurs) et il doit pouvoir correspondre à l’attente de ces récepteurs (d’où des aspects pratiques de rédaction etc.) ; il doit être extrêmement ouvert sur un futur encore inconnu et déjà suggérer des poursuites.
C’est pourquoi il «  doit s’adresser au centre de l’homme– par le biais de ses préoccupations et de ses besoins essentiels actuels – là où celui-ci se crée plus encore qu’il n’imite ou obéit. »
(IPAC, 146).

Pour rester dans la ligne, il fait confiance au Sensus Fidei et au magistère des fidèles ; il faut unir recherche intellectuelle et recherche spirituelle pour entrer dans l’intelligence de la vie humaine de Jésus. La présence de Jésus dans chacun des messagers est fondamentale, une présence qui leur parle encore.

Pour rester universel, Jésus comme tout messager porteur d’universel,  a dû être lui aussi indéfinissable, insaisissable, échapper à tout cadre ; il ne doit être à proprement parler ni fondateur ni législateur mais il est initiateur (CF. IPAC, 150), ferment de l’humain. Il doit attirer la curiosité intriguée, inquiéter, être plein de contradictions, être un signe a déchiffrer ; avoir une vie brève etc. Donnant à ses derniers moments une intensité spirituelle exceptionnelle. « Aussi, grâce à elle, à travers les siècles, universel comme visible dans la vie de cet homme malgré toutes les limites que lui ont imposées son époque et son milieu, sa propre condition. »  ( (IPAC, 152)

Légaut distingue la faute qu’il relie à la notion de carence d’être et de finitude, du péché proprement dit auquel il donne le sens fort de péché contre l’esprit.

Le mal selon lui est une des structures du réel.
C’est pourquoi il critique les interprétations traditionnelles de la doctrine sur Jésus « victime propitiatoire pour les péchés des hommes », mort en « rançon du péché » : toutes formules déjà très anciennes et qui font de la mort de Jésus la pièce centrale d’une théologie du salut. De même il se montre réticent à l’égard d’expressions telles que « mort par obéissance à la volonté du Père » même chose « soumission », même chose pour « volonté du Père ». Selon lui, Jésus est mort parce qu’il a été fidèle à sa mission jusqu’à l’extrême. Il adhérait à sa vocation par ce que c’est à son être intime même il adhérait.

Légaut  n’aime pas non plus parler d’amour en ce qui concerne la mort de Jésus.
La mort de Jésus est avant tout la manifestation du don de soi… dans la fidélité à soi ( et à ce qu’on a décidé d’être )
Jésus a été tué à cause de la manière dont il s’est comporté à l’égard des traditions de la religion juive de son temps. En donnant une explication théologique trop promptement, on minimise le faite que les autorités religieuses d’Israël se sont ainsi défendues contre l’autorité personnelle de Jésus : la tradition a résisté à la nouveauté du message de Jésus.
La mort de Jésus fut son acte plénier qui révéla le sens de son existence. Peut-être même Jésus la recherchait quand il s’avéra que le temps était venu de disparaître pour être mieux compris. L’effet choc de cette fin rapide sur les disciples et la confirmation que leur apportèrent les Christophanies après sa mort ont amorcé une fermentation spirituelle sans précédent.

 

Le christianisme est une religion d’appel soumise aux contradictions inhérentes à une religion d’autorité, ce qu’il est aussi. C’est ainsi qu’il y a 2 types de religion très difficiles à synthétiser.
« Cet appel continuel au renouvellement intérieur, au dépassement de ce qui se fait et se dit, à l’invention par chacun dans la liberté de ce qui lui  convient pour être fidèle à Dieu a été visiblement la  cause de la condamnation rapide de Jésus. » (IPAC, 139).

 

La messe.

Insuffisance de la réflexion doctrinale ; préoccupation principalement disciplinaire liée à ce rite sacré des chrétiens.
Le culte chrétien a peu à peu cessé de correspondre aux besoins, aux exigences et aux intérêts spirituels des chrétiens. D’où un culte inadapté qui a engendré une indifférence pour le souvenir actif de Jésus. Cela a indirectement suscité par réaction le développement de pratiques latérales de dévotion, plus ou moins tombés en désuétude ou reprises.
En fait la messe devrait réactiver le souvenir de Jésus, ce qui est possible dans des petites communautés chrétiennes suffisamment homogènes.

Le christianisme doit nécessairement conserver des cadres extérieurs qui lui donnent une consistance sociologique.
Cependant l’Eglise ne peut demeurer proprement elle-même que grâce à l’avènement continuel de petites communautés qui rassemblent de façon suffisamment fréquente et autant que possible durant toute la vie, « des croyants de tempérament spirituel voisin, s’aidant mutuellement par leur présence fraternelle plus encore que par une cohésion disciplinée, à se souvenir de Jésus dans la foi et à devenir des disciples. » ( IPAC,314)

 

 

 

Comment ne pas mettre l’intelligence de la vie humaine de Jésus au cœur même de sa recherche, si on veut réellement penser sa voix dans l’honnêteté de l’esprit et correspondre dans l’authenticité des comportements ? Pour être vraiment vivante et vivifiante, la religion chrétienne ne peut pas se borner à n’être que l’affirmation d’une doctrine et que l’observance d’une loi. ( p. 155)

L’importance que j’attache ainsi dans ma vie de foi à ce que Jésus a eu à connaître humainement n’est pas ordinaire chez les chrétiens, je dois l’avouer. En général, leur religion est principalement centrée sur le Christ, personne divine, conformément à la doctrine traditionnelle qui a été inspirée de façon capitale est presque exclusive, par la méditation –illuminée par la Résurrection – que les premières générations chrétiennes, et aidées par Paul principalement, firent de l’Ancien Testament. Il est aisé de concevoir l’importance décisive qu’ont eue alors les « Christophanies » dans l’élaboration progressive de la christologie, depuis les premiers temps, selon les discours de Pierre relatés dans les Actes, jusqu’à la grandiose fresque que tracent peu à peu les épîtres pauliniennes. Le développement de ces perspectives se fit de pair avec l’éloignement dans un avenir indéterminé de la Parousie dont ces apparitions paraissaient au début annoncer surtout l’imminence. Peut-être en même temps et aussi pour les mêmes raisons, la disparition progressive des charismes conduisit-t-elle à chercher un nouvel aliment à la foi, une nouvelle source de ferveur dans des considérations, de plus en plus développée, sur la transcendance du Christ, en arrivant jusqu’à le dire « de condition divine », jusqu’à l’associer de façon unique à la Création. Aussi, on comprend que cette orientation des esprits et des cœurs, fortifiée en outre par la religiosité spontanée de l’homme, et ouvrant à celle-ci une voie nouvelle, l’emporta de beaucoup sur l’intérêt qu’on porta à la vie humaine de Jésus. Ainsi, s’estompa très rapidement auprès de l’ensemble des nouveaux convertis, le souvenir ineffaçable qu’avaient conservé de leur maître les quelques disciples fidèles jusqu’à la fin. ( p. 156)
On peut dire que « ces conditions extraordinaires ne relèvent que de la contingence »  ( MC,106). On peut être frappé par l’imprécision, les contradictions des textes évangéliques sur lesquels l’église s’appuie pour affirmer le caractère objectif de la résurrection de Jésus et partant de la glorification du Christ.
«  J’accorde en effet peu d’importance et je trouve à la fois ridiculises et  touchants les efforts des « concordistes » de bonne volonté pour accorder des textes qui ne s’y prêtent guère. On peut du moins conclure de ceci que les « christophanies » durent être nombreuses en Galilée en Judée et qu’il n’en a été rapporté que quelques-unes, dont le choix fut sans doute déterminé par les intentions apologétiques et les préoccupations ecclésiales des Evangélistes. Quoiqu’il en soit, même si les récits qui portent sur ce qui s’est passé après la mort de Jésus sont loin de présenter la relative cohérence de ceux qui constituent le corps des synoptiques, de sorte qu’ils tolèrent pour le moins quelques questions quant aux divers genres littéraires de leurs différents passages, cependant on ne peut nier que quelque chose de décisif se soit produit alors ; cela a changé la vie des êtres qui participèrent de par ce qu’ils étaient, mais aussi sous l’effet de je ne sais quelle mutation en eux du plus secret. Ils le firent d’une façon sans doute à la fois passive et active, individuelle et collective. L’événement est comme assuré dans son historicité par l’avènement d’une vie tout à fait nouvelle en ces hommes, tant celle-ci se montra d’une puissance et une fécondité que rien de leur passé ne permettait même d’entrevoir. La foi du chrétien qui affirme que Jésus est vivant, qu’il a traversé la mort, le seuil qu’il a ouvert sur la plénitude, laquelle est aussi la « glorification » et comme la « divinisation », trouve dans ces conditions difficiles à contester une base des plus assurées. Cette base est plus solide que la réalité, peu aisée à préciser dans ces manifestations, dont furent les sujets certains êtres des temps lointains pour qui par ailleurs la résurrection des morts, comme la rencontre de fantômes, n’était pas inimaginable et ne posait nulle question. Ce que certains ont vécu de façon singulièrement personnelle, tant cela dut les pénétrer jusqu’aux tréfonds, est sans nul doute indicible. Ils l’ont rapporté comme ils ont pu, selon ce qu’ils étaient alors en mesure d’entrevoir, de communiquer à ceux à qui ils s’en ouvraient. Ils s’y sont efforcés avec les manières de dire, d’imaginer, de penser de l’époque, mais aussi de convaincre. C’est la raison pour laquelle je considère comme contingence ce qui s’est manifesté de façon extraordinaire est exceptionnelle, ce qui en a été rapporté de manière disparate et confuse, sur quoi cependant beaucoup au contraire fondent leur foi. » p 157-158.

 

(( Mi : oui, et c’est tout à fait la même chose pour tous les autres problèmes : une fois qu’on a dépassé le stade où on nous faisait croire que tout était exact, il faut dépasser le stade où on arrive à relativiser la mise par écrit, la réception puis la transmission qui ont alterné, et puis ensuite on est obligé de ne s’occuper que de ce qui est essentiel, et de considérer que tout le reste est contingent carrelève de pbs techniques de transcription et de transmission.))

L’assentiment de Marcel Légaut à ce que les apôtres ont annoncé sur Jésus ressuscité s’appuie sur les fruits – ou les effets intérieurs – que l’événement, dont ils se disent les témoins, a produits dans leur vie après la mort de Jésus.

Quid du caractère objectif des apparitions ?

Légaut dit effectivement que la mort de Jésus était beaucoup moins importante que sa mission et son message : le message de Jésus tel qu’il a montré suffisait. « La mission de Jésus, inséparable de son être, dont la mort est partie intégrante parce qu’elle est partie intégrante de sa vie, » ( p.159) est suffisante pour faire accéder au royaume, l’objet de sa prédication. La manière dont les survivants à Jésus ont rendu compte de la résurrection manifestent quel impact puissant Jésus a eu sur eux. Cela ne s’est pas produit après la mort de Jean-Baptiste ; cela ne s’est pas produit après la mort de Socrate : quant à Jésus « ces conditions extraordinaires permettent en revanche d’entrevoir la puissance exceptionnelle de l’influence que Jésus a exercée sur ses disciples en leur tréfonds par la singularité unique de sa foi et de sa fidélité, de son être et de sa vie indissolublement liée dans et par l’Acte qui le constitue » (MC, 106).
« N’est-ce pas ce qui peut se passer aujourd’hui encore dans le tréfonds de l’homme qui entre dans l’intelligence de l’existence humaine de Jésus au point de se le rendre réellement présent et comme son prochain dans sa propre vie ? » ( P. 159).
« Le croyant de foi, à travers les générations, continue à  en garder précieusement le souvenir. Il s’attache non pas à ce que les êtres qui en furent les sujets retenus –cela qui fut dicté à chacun d’eux selon son tempérament, et par ce qu’il avait vécu avec Jésus–, non pas à ce qu’ils en ont conclu – cela qui à l’époque fut exposé à tous selon les manières de penser d’imaginer du temps –. Non, le croyant de foi en voie de devenir disciple s’efforce, face à des événements qu’on se doit d’assurer relever plus de la foi que de la connaissance, d’entrer dans l’intelligence de la profondeur et de l’intensité extrême de la vie que les disciples ont connue quand leur maître était avec eux. » (MC, 30).
Légaut dit que la résurrection a de l’importance, mais qu’il est encore plus important de comprendre ce que Jésus a vécu afin d’être fidèle à sa mission, « lui qui, partant du pharisien digne de ses origines ancestrales, a atteint un niveau de liberté telle qu’il parut alors saper  les fondements mêmes de la tradition d’Israël ».
Légaut  distingue bien les christophanies des apparitions du Christ.
Les premières insistent sur le fait que l’être qui en a été le sujet a vu Jésus après sa mort ; les secondes mettent l’accent sur le fait le Christ s’est rendu visible.  Ils ont conclut de la sensation d’avoir vu que ce qu’ils ont vu était visible comme l’est un objet quelconque, en sorte que quiconque se serait alors trouvé présent, les yeux ouverts, aurait une sensation semblable et aurait affirmé de même.
La visibilité optique commune à tous les objets… ?
« Paul, une fois semble-t-il, au sujet des christophanies dont il a été de bénéficiaire, s’est posé la question, sans d’ailleurs insister, dans la II° lettre aux Corinthiens ( XII) , à l’occasion d’une polémique ou était contestée son autorité d’apôtre. « Était-ce dans mon corps ou hors de mon corps ? »[1] Il ne fait pas de doute que les christophanies rélèvent au moins en partie, des sciences humaines. Même si elles ne sont pas totalement explicables par celles-ci, cependant elles ne sont pas sans relation avec le tempérament et l’histoire intime de chacun de ceux qui en furent les sujets dans les conditions par ailleurs exceptionnelles, jusqu’à en être uniques où ils se sont trouvés.
La mise en question de la déduction, qui a autorisé à passer d’une christophanie  à la visibilité optique du Christ ressuscité, n’est en rien la foi du chrétien qui croit en Jésus, le vivant, qui désormais ne connaîtra plus la mort. Elle ne met pas en doute le fait historique qu’est une telle christophanie, laquelle a joué le rôle de signe susceptible de provoquer indirectement la foi. La foi ne peut être fondée seulement sur la simple constatation d’un fait, fût-il extraordinaire inexplicable, de sorte qu’elle s’impose à tous de façon semblable, quels qu’ils soient ; ainsi du tombeau, s’il a existé et a été découvert vide, ainsi des christophanies, même pour ceux qui en furent les sujets… Si la foi, pour sa naissance, et sans que cela soit de nécessité, peut recevoir aide de telles conditions favorables, elle suppose cependant en outre l’intervention d’une autre activité absolument personnelle, de tout l’être chez qui elle fait sa demeure. « Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu », est-il écrit après avoir donné des apparitions des relations très appuyées, très concrètement visibles. »
Ainsi est-on conduit à penser que les christophanies ont confirmé et n’ont pas fondé la foi des disciples qui les ont vécues.
Si on n’a pas bien compris le message de Jésus,  on va s’arrêter comme pour les miracles exclusivement à l’extraordinaire et ceci d’autant plus que pour insister sur la vérité on va matérialiser de plus en plus ce qui avait été vécu.
« Mais de toute façon, ne faut-il pas reconnaître que très généralement l’insistance qu’on met à centrer la foi sur la Résurrection ne porte pas les chrétiens, si cela ne les en distrait pas complètement, à s’efforcer  de « voir » ce que Jésus a eu à vivre dans la fidélité pour être élevé, à travers sa mort d’homme, à une glorification divine. ». (P. 162).
Il ne s’agit pas de se distraire de l’essentiel : les descriptions des christophanies indiquent l’essentiel plus qu’elle n’en donne le sens et la portée.
« Qu’importe si peut-être certaines circonstances ont été imaginées par le rédacteur à la recherche de dire l’expérience spirituelle unique en cette conversion du cœur et du regard fut le fruit ? » (MC, 106).
« Dans la relation des Ecritures au sujet des 2 disciples venant de Jérusalem et se rendant dans le village d’Emmaüs immédiatement après la mort de Jésus, la lecture, qui donne une réalité physique au 3e personnage qu’introduit le texte, n’est sans doute que l’interprétation erronée d’un artifice de rédaction relevant d’un usage symbolique très ordinairement utilisé dans l’Ancien Testament. Quoiqu’il en soit, s’attacher à cette présence corporelle qu’auraient perçue les sens des disciples, lesquels – ce qui paraît invraisemblable – n’aurait pas reconnu de suite en cet interlocuteur d’occasion celui qu’ils avaient fréquenté souvent et qu’ils avaient quitté quelques heures auparavant, distrait l’esprit de l’essentiel qui émane de ce texte ». (MC, 293–294).
Quid de la résurrection du corps de Jésus : affirmation qui s’avérait pratiquement utile pour étayer la foi dans les débuts de sa formulation mais désormais cette formulation doit être en harmonie avec les exigences croissantes de l’honnêteté intellectuelle et de l’authenticité de la vie, à mesure que les auto-défenses protectrices, faite d’évidences indues, disparaissent.
Le terme résurrection présente le grave inconvénient d’incliner à penser à la résurrection d’un cadavre : beaucoup de gens pensent encore comme ça. Plutôt que l’expression Christ ressuscité je préfère de beaucoup Christ glorifié, manière de dire que d’ailleurs le 4e Évangile utilise en la mettant sur les lèvres mêmes de Jésus au dernier repas. La résurrection de la chair selon le concile de Nicée et la profession de foi qui en a résulté, la résurrection du corps selon Paul sont deux  manières de dire qui sont synonymes…
Cf. Paul, I Corinthiens, chapitre 15, 37–49. Par ailleurs n’affirme-t-il pas dans cette même lettre aux Corinthiens que « les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments », et Dieu détruira celui-ci et celui-là… tandis que « le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps » ? (Première épître aux Corinthiens, chapitre 6, verset 13). Tout cela n’a rien de clair.
Paul été pharisien, et la résurrection était déjà un sujet à propos duquel pharisiens et sadducéens s’opposaient fermement. L’expérience de Paul avec sa christophanie l’a fait réfléchir. Il vaut mieux avouer une ignorance de structures.
 «  Comment se peut-il faire que chacun, partant de la glaise commune que sont les conditions, diverses au-delà de toute mesure, que nous avons à vivre, se découvre unifié et unique pour autant que sa vie a été suffisamment dictée par la foi et la fidélité ? Mystère de notre destinée ! N’annonce-t-elle pas ce qui restera de nous à jamais quand tout ce qui n’est que de nous disparaîtra et que tout ce qui est de Dieu et que nous aurons accueilli demeurera ! » ( p. 165)

 

Quand je serai moi-même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi.

Par l’univers en mille corps brisée
De mille instants non rassemblée encore
De cendre  aux cieux jusqu’au néant vannée
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor.

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l’esprit, au centre du mirage,
Très Haut amour.

Catherine Pozzi
Poèmes, Gallimard 1959

 

La critique du merveilleux

« Attribuer une grande importance à ces manifestations merveilleuses, qui ne sont peut-être que façon de voir, d’imaginer de dire du temps, non seulement empêche de porter l’attention que requiert le message plus secret, le seul précieux qui s’efforce aussi de poindre, mais aussi conduit fatalement, par les inductions et les déductions qu’on est tenté d’en faire, à des erreurs graves, aux conséquences spirituellement néfastes. (…). Par ailleurs ne doit-on pas soupçonner que les manifestations extraordinaires décrites dans les Ecritures, quand elles relèvent de l’histoire, ne sont pas indépendantes de l’état psychique de ceux qui en furent personnellement les spectateurs ou de ceux qui ultérieurement les rapportèrent ?
Il n’est pas d’errance plus cachée, plus spécieuse que celle provoquée par l’attrait pour le merveilleux, quand elle se couvre du manteau de la foi. Lorsque la raison n’exerce plus sa fonction critique, l’imagination spontanée séduite par l’irrationnel se déchaîne… Chez les êtres livrés ainsi à la dérive du rêve au nom de la foi, la vie spirituelle, en dépit de ce que chez eux , au commencement, elle pouvait présenter de véritable, au bout d’un certain temps fait long feu ou se dégrade peu à peu en perversion dont le fanatisme est la manifestation la plus visible avec le sectarisme et le propagandisme. Ils se trouvent conduits à des égarements dont ils échappent difficilement tant, dans ces conditions, ils se trouvent enfermés hermétiquement en eux-mêmes, comme par envoûtement.
Condamnés plus ou moins visiblement à l’hébétude en dépit des apparences favorables qui le dissimulent sous le couvert de la rigueur des mœurs de la générosité des comportements, ils en viennent sans le savoir à scandaliser et à écarter de la foi, dont ils donnent une image radicalement faussée, nombre d’hommes qui, au nom de la droiture alliée à l’esprit critique, se refusent à un tel laxisme de la pensée qui fait rêver au lieu de vivre… »
(Méditation pour une veillée de Noël, 37–38).

 

Prière à Jésus

« O homme attendu de tant de manières erronées
et pourtant justement espéré,
improbable au point d’être incroyable
et pourtant, quand vous êtes apparu, cru de  foi,
même si fatalement vous fûtes et êtes encore méconnu…
montrez-vous à nous dans le secret du cœur,
là où fondamentalement, nous sommes hommes,
et plus précisément, dans l’essentiel de notre propre réalité. »

(Méditation pour une veillée de Noël, 49).

[1] II Corinthiens, chapitre 12 :
01 Faut-il se vanter ? Ce n’est pas utile. J’en viendrai pourtant aux visions et aux révélations reçues du Seigneur.
02 Je sais qu’un fidèle du Christ, voici quatorze ans, a été emporté jusqu’au troisième ciel – est-ce dans son corps ? je ne sais pas ; est-ce hors de son corps ? je ne sais pas ; Dieu le sait – ;
03 mais je sais que cet homme dans cet état-là – est-ce dans son corps, est-ce sans son corps ? je ne sais pas, Dieu le sait –
04 cet homme-là a été emporté au paradis et il a entendu des paroles ineffables, qu’un homme ne doit pas redire.
05 D’un tel homme, je peux me vanter, mais pour moi-même, je ne me vanterai que de mes faiblesses.
06 En fait, si je voulais me vanter, ce ne serait pas folie, car je ne dirais que la vérité. Mais j’évite de le faire, pour qu’on n’ait pas de moi une idée plus favorable qu’en me voyant ou en m’écoutant.
07 Et ces révélations dont il s’agit sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime.
08 Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi.
09 Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure.
10 C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.
11 Me voilà devenu insensé : c’est vous qui m’y avez forcé ! J’aurais dû plutôt être recommandé par vous ; en effet, je n’ai été en rien inférieur à ces super-apôtres, quoique je ne sois rien.
12 Les signes auxquels on reconnaît l’apôtre ont été mis en œuvre chez vous : toute cette persévérance, tant de signes, de prodiges, de miracles !
13 Que vous a-t-il manqué par rapport aux autres Églises, sinon que moi, je ne vous ai pas été à charge ? Pardonnez-moi cette injustice !

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