Grèce, France, Allemagne, Europe et Banques en crise : des choix à faire 2011-11-09.

Grèce, France, Allemagne, Europe et Banques en crise : des choix à faire suite  aux emprunts et prêts toxiques.  2011-11-09.

Les relations  entre l’état financier de la Grèce et la situation financière de la France.

En juin 2011, la Grèce à cause de sa mauvaise note, n’a pas pu trouver un meilleur taux d’intérêt pour emprunter qu’à 17,68 % pour ses emprunts à 10 ans. C’est pourquoi, grâce à sa note AAA, la France a pu prêter à la Grèce  à un taux bien plus bas : à 4,2%.

Mais au fait, comment la France, déjà endettée, a-t-elle eu la possibilité  de prêter à la Grèce ? Elle emprunte … à 3,20 % (taux pour les obligations d’Etat à 10 ans), et même elle trouve à 2% lorsqu’il s’agit de bons du Trésor à 2 ans.

Ainsi elle … rend service à la Grèce, tout en se faisant un peu d’argent…

Toutefois, gare au retour de bâton : la France en ce moment ne réussit à rembourser que les intérêts de la dette ( la charge de la dette de l’Etat est de 45 Milliards pour 2011),  notre dette ne cesse d’augmenter et nous empruntons sans cesse (… !!!). Si jamais la note de la France était dégradée par les agences de notation, les taux d’intérêts grimperaient en sens inverse. Une hausse de 1%  du taux moyen de la dette nous coûterait 15 milliards € par an… La solidarité de la France aura donc des limites, tout comme celle d’autres pays européens très endettés dont on ne parle pas encore.

Cette spirale infernale est une raison de plus pour que les Grecs se déclarent en défaut de paiement.

 

Les agences de notation, la meilleure ou la pire des choses ?

L’on comprend aussi pourquoi la France justifie aujourd’hui sa politique de terrible rigueur ( 8 milliards ! …  à côté de nos 1700  milliards de dette. Sans commentaires )  en disant qu’elle ne veut pas voir se dégrader son excellente note… ( Cette agence de notation est vraiment bien indulgente pour tous ou presque…). Cependant, actuellement, la France emprunte déjà à 1% de plus que l’Allemagne et cette différence aura désormais des conséquences graves  pour elle.

Alors, ces agences de notation sont-elles  une bonne  ou une mauvaise chose ? Une bonne, puisqu’à cause du signal d’alarme qu’elles ont lancé, la France sait qu’elle  doit  limiter l’accroissement de son endettement. Une mauvaise si les agences avaient  partie liée avec des financiers ou des organismes  qui tireraient des profits de l’augmentation des taux d’intérêts infligés aux pays mal notés et auraient ainsi un formidable moyen de chantage.

Il faudrait  donc qu’une structure  indépendante et au dessus de tous les Etats prenne la responsabilité de cette agence, ou que les Etats cessent d’avoir des motifs pour avoir peur d’être mal… notés  ? La peur du gendarme est le début de la sagesse, dit-on…

Vivement la sagesse !

 

Quelques chiffres pour un peu plus de réalisme

Au fait,  si la Grèce avec ses 10,7 Millions d’hab. et sa dette de 350 Milliards d’euros se retrouve avec une dette de 32 710 € par habitant, j’ai calculé ce qu’il en était pour la France, avec ses 63 millions d’habitants et sa dette  de 1700 Milliards, on en est  à 26 984 €. Pas de quoi pavoiser … Quant au bon élève, l’Allemagne,  avec ses  81,4 millions d’habitants et sa dette de  2000 Milliards, chacun d’entre eux a déjà 24 691 € à rembourser…

J’ai arrêté  là mes calculs car les chiffres des USA ou d’autres sont également éloquents.

Mais alors ? Alors, il est vraiment temps qu’on soit sage !

 

Les choix à faire

Pour le moment, tout se passe comme si les Etats décidaient d’aider avant tout leurs banques.

En effet, les banques, les assurances, les Mutuelles mêmes, ont prêté de l’argent à la Grèce  à des taux d’intérêt qui semblaient intéressants. Ces prêts ont aidé la Grèce à s’endetter : les banquiers n’étaient vraiment pas regardants sur le dossier de prêt !  Et aujourd’hui que les Banques sont empoisonnées avec ces créances que les Grecs ne peuvent plus rembourser, on appelle ces créances, des créances toxiques : elles étaient toxiques pour le malade qui les a cru devoir les prendre et les ingérer, et se révèlent toxiques aussi pour celui qui les fait ingérer, par un juste retour des choses.

Où en sont les Banques françaises, embarquées  dans le naufrage grec ?

– fin 2010, les prêts publics et privés consentis par les dix principaux pays créanciers d’Athènes dépassaient les 200 milliards d’euros, dont 62 pour la France.

– fin 2010, les établissements français (banques, assurances, fonds) possédaient dans leurs bilans 15 milliards de dette publique grecque :

– au 31 mars 2011, 4,5 milliards d’euros pour BNP Paribas,

-2,5 milliards pour la Société Générale,

-1,2 milliard pour la BPCE,

– 0,6 milliard pour le Crédit Agricole

– 3,4 milliards pour la Banque franco-belge Dexia

Pour la BNP, une restructuration de ses créances grecques serait absorbable.

Pour la Société Générale, c’est plus ennuyeux car il faut y ajouter une filiale grecque ( Géniki) qui a prêté 3,4 milliards d’euros aux clients locaux.

Pour le Crédit Agricole, c’est grave car  il a une filiale grecque, Emporiki, la sixième banque du pays, qui possède 21,1 milliards d’engagements.

Les Etats sont donc pris entre deux feux ; aider leurs Banques ( c’est la recapitalisation, après qu’elles ont accepté de renoncer à une partie de leurs créances )  ou aider directement le pays, la Grèce , qui de toute façon, ne peut rembourser. Pour la même dépense, dans le premier cas,  les Banques s’en sortiront et le monde de la finance recommencera à prêter ; dans le second cas,  le pays s’en sortira mais les Banques auront moins de bénéfice à répartir. Entre deux maux, il faut choisir le moindre,  et il faut aussi chercher à en faire sortir un bien.  Dans cette optique, comme le monde financier concerné par la Grèce est en situation de faiblesse, il faudrait saisir cette occasion pour moraliser la finance. Vaste sujet certes, et qui était traité d’utopie. Mais aujourd’hui le cas grec fournit  un exemple instructif pour qui veut en tirer les leçons pour le présent et l’avenir.  Instructif, et salutaire.

Une première conclusion  : les Etats et  l’Europe doivent donc choisir, plutôt que d’aider les Banques –  et mêmes si leurs intérêts immédiats semblent liés – , d’aider les pays directement ; si on aide les Banques, le faire en échange d’un changement de fonctionnement  lorsqu’il s’agit de prêter à des Etats.

A cette première conclusion, ajoutons-y une seconde :  voir la paille dans l’œil de la Grèce ne doit pas nous empêcher de voir la paille ( ou la poutre) qui est dans le nôtre. Au contraire ! Puisque  nous voyons cette paille chez l’autre, cela veut dire que nous avons toutes les capacités  pour voir la paille dans le nôtre. Ne faisons pas comme si nous étions aveugles : l’exemple grec a dessillé nos yeux au sujet des montages financiers actuels et des risques qu’ils font encourir au monde. Prenons donc notre loupe, posons les bons diagnostics, et prenons comme médicament non pas des solutions toxiques à long terme, mais de bons médicaments.