Manuel de critique textuelle du Nouveau Testament (2014)

Objectif de ce livre, fruit d’un immense travail sans cesse réactualisé

Une lignée de philologues s’essaie, depuis 1934 et Léon Vagenay, de lier trois domaines :

  1. L’étude des documents à partir desquels est établi le texte grec du NT ;
  2. La place des variantes ;
  3. L’histoire du texte, manuscrit puis imprimé.

Réunie autour de Christian Amphoux, une équipe a édité, en 2014, un Manuel de critique textuelle du Nouveau Testament, aux éditions Safran à Bruxelles.

Trois parties rythment cet ouvrage de consultation, à feuilleter ou à utiliser de manière précise :

  1. Les sources

A les manuscrits grecs. 5.500 fragments ou livres répertoriés sur 60.000 manuscrits grecs, soit un dixième des manuscrits, en sachant que, de 1900 à 2000, le nombre des papyrus connus a décuplé. Avec trois manuscrits qui émergent : le Sinaïticus, exemplaire de la Bible commandée à Eusèbe de Césarée par Constantin au IVe siècle ; l’Alexandrinus du Ve siècle, porteur du texte byzantin ; le Vaticanus, exemplaire commandé par Constant à Athanase, une copie de qualité exceptionnelle, base du texte imprimé. À côté des manuscrits, des lectionnaires, des manuscrits médiévaux (et donc le rôle des ateliers de copistes, à Wissembourg ou à Corbie par exemple).

B Les versions anciennes, que ce soient La Vieille latine, traduction attestée en Afrique en 180 ou La Vulgate de saint Jérôme (10.000 manuscrits dont le Bigotianus à la BNF) ou les éditions à partir de La Bible de Gutenberg, sans compter les versions syriaques, coptes, géorgiennes, arabes, etc.

C Les citations patristiques, avec des éditions sources comme la collection « Sources chrétiennes », et le rôle de von Harnack, avec un répertoire en ligne, Biblindex.

D Les citations de l’Ancien Testament :  On les trouve dans  le Nouveau Testament proviennent certes de la Septante, mais laquelle ?

La méthode permet des discussions fructueuses

Par exemple, une discussion sur les corrections doctrinales, souvent le fruit de chrétiens orthodoxes, notamment sur la naissance virginale de Marie ou les tendances ascétiques.

L’arbre généalogique des manuscrits d’un texte, avec l’outil informatique depuis 1957, permet de repérer la variante à l’origine des autres variantes.

Dans le cas des évangiles, la notion de « texte primitif » est inappropriée.

La critique textuelle permet de chercher à restituer les différents types de textes qui ont réellement été établis et transmis, et mettre tous ces états du texte en parallèle et en perspective (p. 258).

Et l’on aboutit à quatre textes :

  •  l’alexandrin (Sinaïticus et Vaticanus), le plus ancien à être complètement attesté ;
  • le byzantin qui a un long usage prouvé et nombre de témoins médiévaux ;
  • l’occidental, sans doute le meilleur témoin de la rédaction finale des évangiles, incomplètement attesté et d’un caractère savant que la tradition ecclésiastique n’a pas choisi de conserver (Codex de Bèze). L’exemple d’une colère de Jésus apparaît ici (p. 263).
  • dans les années 1920, un quatrième type de texte est reconnu, le type césaréen : certaines variantes sont mentionnées par Origène à Césarée entre 230 et 250 .

Toutefois, les hypothèses avancées ne font pas actuellement l’objet d’un consensus

L’histoire du texte

À quelques rares fragments près, les premiers témoins ne datent que de la fin du IIe siècle : tous les écrits du NT existent alors, mais le NT n’est pas encore constitué.

Il faut attendre le début du IVe siècle pour que les vingt-sept écrits du NT soient réunis ; opération fruit de la révision de plusieurs auteurs. Ceci est attesté par les deux bibles copiées avant 350. Encore faut-il inclure dans la démarche que le Vaticanus a été écarté jusqu’au début du XIXe siècle, moment où il est reconnu comme le plus ancien témoin répertorié du NT et de toute La Bible grecque. Le texte « reçu » byzantin est alors abandonné, d’autant plus que Tischendorf découvre le Sinaïticus (1844-1859).

Domine dès lors le texte alexandrin.

L’histoire de cette recherche

De brèves notices en fin d’ouvrage sont consacrées aux acteurs d’un « labeur immense », ainsi Richard Simon (1638- 1712). Mais si la Révocation de l’Édit de Nantes (1685) et la Révolution française amenuisent la contribution de la France à la crique textuelle du Nouveau Testament, comment interpréter l’absence du travail de Loisy et du modernisme dont l’épicentre est français ? Climat de délation, interdiction de publier, stérilisation de la recherche. Si j’ouvre l’édition des Actes des Apôtres de Loisy (1920), il cite les manuscrits évoqués supra et le Codex de Bèze, témoin du texte occidental.

( ce compte-rendu est fait par Dominique Lerch, dans la revue des groupes autour de Marcel Légaut : site https://www.marcel-legaut.org/   , dans le numéro de janvier 2019   )

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