Dominique Collin : Le christianisme n’existe pas encore. 2018 (Résumé-compte-rendu de M. Champeaux-Rousselot)

Dominique Collin : Le christianisme n’existe pas encore. Editions Salvator, 2018
(Résumé-compte-rendu de Marguerite Champeaux-Rousselot, 2019-05)

( compte-rendu personnel :

  • ce qui est entre guillemets est de Dominique Collin. C’est en général également en italiques et c’est accompagné du numéro de page et du livre
  • ce qui n’est pas entre guillemets ou est mis entre parenthèses simples est un résumé par moi de sa pensée ou un choix de thèmes.
  • ce qui est entre parenthèses double ou triple  correspond à mes réflexions personnelles et est souvent introduit par Mi : pour qu’on voie clairement que c’est de moi.
    – Les titres sont de moi)

Une « ressource d’excès » qui fait que le christianisme existe sans exister encore vraiment

Dominique Collin commence par dire que le christianisme existe même s’il n’existe pas encore comme il le faudrait, mais il explique qu’il y a en fait « une ressource d’excès » (expression de Badiou) dans le christianisme : son effet est de bouleverser l’identité que l’on croit acquise et de la réitérer par l’ouverture de nouveaux possibles. En fait il explique que le christianisme n’existe pas encore complètement puisque son sens déborde toujours ce qui existe pour ceux qu’il concerne. Il vaut mieux penser que le christianisme est encore inexistant plutôt que de penser qu’il faut lui redonner un coup de badigeon. Le christianisme est en avance sur nous, il est encore inouï puisque en réalité nous ne sommes pas encore arrivés au bout de la connaissance du sens du message du Christ.

C’est un leurre de croire que le christianisme est autosuffisant. C’est pourquoi l’Évangile nous semble déroutant. L’Évangile est ce qui laisse à désirer ( au sens propre ! ) dans le christianisme. C’est en quoi il ouvre un ciel nouveau et une terre nouvelle.

Ce christianisme encore inexistant est une chance.

En effet il y a eu des vécus qui l’ont limité à l’insignifiance.

Une identité est fixée tandis qu’un chemin inscrit quelqu’un dans une dynamique où à chaque pas, l’existence est comme dépassée par elle-même. Et, en ce sens, métaphorique, il convoque vers un ailleurs qui n’est pas une destination mais « la manière dont on avance », comme dit Kierkegaard. Il y a un appel à exister, il faut se décoller des adhérences qu’offre un lieu, a fortiori un lieu sacré, certes propice à la superstition mais impropre à la foi.

Christianisme d’appartenance et christianisme d’expérience

Le christianisme d’appartenance et un prête-nom et un malentendu : l’épithète « chrétien » peut-elle être accordée en vérité à une simple adhérence reçue (inscription sur un registre de baptême) ou à une « pratique » dominicale étrangère aux enjeux de l’existence ? à une assistance  qui se contente d’écouter nonchalamment le prêtre ou le pasteur ? … Que cela  soit devenu le critère déterminant de la « pratique » dit à lui seul l’extraordinaire appauvrissement du christianisme…

On en est même venu à estimer tout à fait possible de se dire chrétien sans croire et sans vivre sa foi : quelque chose de superficiel et de léger, dernière couche de vernis déposé sur les différents niveaux d’appartenance du sujet.

Au contraire le christianisme d’expérience se différencie du christianisme d’appartenance dont on vient de parler : le christianisme d’appartenance est évident puisque il est comptabilisable par la quantité, la mesure, l’ancienneté, l’héritage du passé, les rites, la patrimonalisation, le besoin de commémorer de conserver, qu’il expose une tradition monumentale dans plusieurs sens terme monument, monument funéraire, christianisme ostentatoire, idolâtrie de ses représentations au miroir dans lesquelles il se complaît. Ce christianisme le plus visible, plus présentable est un christianisme d’apparence.

Le christianisme d’expérience ne se voit pas matériellement en général, il ne se mesure pas facilement… C’est pourquoi Collin dit que le christianisme d’expérience se signale paradoxalement par son inexistance : ( avec un a ) il existe mais ne saute pas aux yeux. Le christianisme inexistant a des ressources qui peuvent le rendre discrètement présent : une vie ordinaire en donne mieux la mesure que les dimensions de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Le christianisme d’appartenance vend de l’identité, il vend de l’assurance (autrefois l’assurance-vie du salut, aujourd’hui l’assurance des gens de valeur) alors qu’un christianisme d’expérience ne cesse jamais d’inviter au risque de la foi.

Le souci du christianisme d’appartenance est d’être attractif sur le marché des besoins religieux du moi dont le tout premier de se sentir valorisé par Dieu et par la communauté des gens de valeur que sont les croyants. Autrefois il vendait des croyances, aujourd’hui il  vend des valeurs et des rites : comme une croyance narcissique ? croyance en soi ou en Dieu ? Un Dieu qui a fait ses preuves… Apparemment le christianisme d’appartenance relève de la tendance narcissique inscrite en tout moi. (NB Autrefois la religion était le lieu majeur de la valorisation narcissique du moi, même quand ce moi était obligé de confesser ses péchés… c’était pour en ressortir, mon moi en état de grâce !)

Il y a encore des rites de passage mais les jeunes ont compris que ce n’était pas des rites très valables. Les jeunes saisissent que les parents font semblant de croire pour leur faire faire ses rites de passage et les lier à ce christianisme d’appartenance…. et ils ne se laissent plus « avoir »

Le christianisme d’appartenance cherche surtout à appâter  les chrétiens sincères : stratégie commerciale avec le langage de la bondieuserie qui joue avec les peurs, ou qui cherche à séduire en misant sur leurs illusions de bonheur et d’épanouissement personnel. Il cherche à se montrer attrayant sur le marché de la spiritualité et de la recherche du sens.

Page 31 : «  Il y a le christianisme d’appartenance qui demande au Christ d’être son fondateur, et un christianisme d’expérience pour qui le Christ est celui qui nous précède sur le chemin d’une vie nouvelle.

Faut-il encore rappeler que le Christ n’est pas le fondateur du christianisme et que les apôtres ignoraient faire partie d’une nouvelle religion ?

Si le Christ n’est pas le fondateur du christianisme, il en est la fondation vivante en même temps qu’il en est l’horizon indépassable. »

L’historicité du christianisme c’est-à-dire sa valeur d’événement est qualitativement d’une toute autre importance que son histoire passée présente et future. Cet événement ouvert par la parole de l’Évangile devient un événement pour moi.

p.33 «C’est donc mon rapport vivant à l’historicité du christianisme, bien plus et bien mieux que ma connaissance (ou  mon ignorance) de son histoire,  qui est décisif dans la compréhension de sa signification. » « Le christianisme comme appartenance (comme religion ou comme institution ecclésiale) est incapable d’ajouter la moindre authenticité à l’événement Christ ; il lui est demandé de porter témoignage à ce qui a été dit pour que cette parole parle encore aujourd’hui.

Ce n’est pas l’histoire qui nous renseigne sur la signification originaire du christianisme et l’événement de parole qui fait entendre l’Évangile comme Évangile.

Si nous ne connaissons un événement que parce qu’il nous arrive, de même nous ne connaissons le Christ que par la foi et non par l’histoire (qui à la limite, ne peut atteindre qu’un certain Jésus de Nazareth, dont, à vrai dire, on ne sait pas grand-chose…), pas plus que par tradition et encore moins par naissance. À ce sujet, l’intérêt actuel pour les biographies sur Jésus, s’il révèle une légitime curiosité, manifeste aussi que nous avons largement perdu la signification du Christ comme à-venir de l’humain. C’est parce qu’il est la présence vivante qui nous atteint à tout moment, que le Christ nous est le plus « contemporain » et non parce que nous le faisons revivre à coup de nouvelles investigations cherchant à déterminer qui était le « vrai » Jésus. Non seulement la personnalité de Jésus de Nazareth est impossible à reconstituer (on ne sait rien de son apparence de son caractère) mais après tout, la curiosité concernant le personnage Jésus n’engage à rien. Et après ? Comme le souligne le théologien Alexandre Schemamnn, « tout cela est inutile pour la foi vivante, vrai simple, au meilleur sens du terme, car son auteur n’est pas la curiosité, mais la soif ».

En fait l’événement–Christ n’est pas objet d’une croyance mais d’un acte de foi qui n’a de sens que pour celui qui en vit. Si la vie de Jésus de Nazareth est un fait, historique, contingent (et même si l’on pouvait prouver, comme certains rêveraient de pouvoir le faire, qu’il n’a jamais existé, le nom de «Jésus-Christ» et tout ce qui se rapporte dans l’histoire continuerait à faire parler de lui), la vie du Christ relève d’un événement de parole que les évangiles ont écrite afin d’en garder la mémoire vive. Cela signifie que les paroles et les gestes qu’ils ont rapportés ne le sont pas à la manière dont un journaliste rapporte des faits mais ont été écrits pour que les événements dont ils sont porteurs puissent atteindre n’importent qui à l’avenir.

À ce propos, la première des deux  finales de l’Évangile de Jean est significative : « Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l’ont été pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jean) « Au lieu de se livrer à l’archivage des paroles du Christ, comme s’il fallait les mettre à l’abri de l’usure du temps, le christianisme remplit sa mission quand il fait entendre la manière dont l’Évangile creuse en nous ce qu’il y a de plus effectif (et affectif) : notre rapport à la vie. »(Page 35)

(( Mi : J’ajoute que cette phrase veut sans doute dire que non seulement il pouvait y avoir d’autres choses qui n’ont pas été écrites concernant Jésus, et qu’elle est également là pour nous dire que c’est à nous d’écrire beaucoup de choses que Jésus n’a pas encore écrites.)

Christianisme et christianité  : une histoire de passé ou un événement à vivre

Fait ou événement (page 36) l’auteur explique bien que Évangile veut dire en fait événement, événement qu’on vérifie mais surtout qu’il nous reste à inventer et à rendre à nouveau possible. Le savoir est diminué au profit de l’acte de foi. En somme l’amour comme l’amitié s’éclairent mieux de l’avenir vers le passé.

Le christianisme n’existe pas encore : il faut penser que l’événement qu’il signifie procède d’un à–venir qui ne peut jamais être confondu avec le présent sinon cet événement deviendrait lui-même un fait passé. Autrement dit la signification du christianisme n’est connaissable à sa juste mesure que depuis l’à–venir : il  s’agit ici d’invention. L’amour réitère le passé plus qu’il ne le conserve. Le christianisme n’a pas vocation à conserver l’Évangile mais à l’inventer comme parole capable de dire à l’être humain d’aujourd’hui à quelle vie vivante il est promis. Et ce qui le rend possible dépend de nous. C’est déjà l’effet d’un don dont nous ne sommes pas maîtres mais que nous sommes invités à accueillir dans la foi, l’amour et l’espérance.

(Page 39) le Christ est la figure la plus accomplie de l’homme à venir.

Christianisme et christianité : une qualité d’être : ils sont Christ pour leur prochain, libres seigneurs de tous et serviteurs obligés envers tous.

La christianité, c’est la qualité de celui qui vit en Christ, dont le style de vie incarne aujourd’hui même la parole du Christ actuel. Le suffixe  –ité insuffle une impression de vie et de manière de vivre alors que le suffixe  –isme ne sert plus qu’à désigner un fait massif et durable et souvent même négatif. Comprendre la christianité c’est comprendre le christianisme comme expérience de vie vivante. C’est toujours à-venir,  encore inimaginable, désirable, comme le royaume dont elle est l’autre nom.

Les maux de la parole chrétienne, le dysangile, langue de buis et langue de fer, parrhésia

Le long chapitre sur les maux de la parole chrétienne pour insister sur le caractère destructeur et insignifiant de ce qu’il appelle le dysangile.

Cette parole empêche le passage du savoir à l’acte de foi ; elle banalise ce qui est inouï et le limite au passé ; elle insiste essentiellement sur la croyance les yeux fermés où l’on fait confiance sur parole sans s’inquiéter et en acceptant le mystère ; et enfin elle discrédite la grâce. Ce dysangile a tenté avant tout de correspondre à l’espoir de l’homme et à supprimer toute déception pour lui donner un message de bonheur que l’être humain attend. ((( Mi : il fait allusion aux discours trop généraux et bien intentionnés bien sûr sur les valeurs humaines qui doivent nous donner  à tous le bonheur réel sur cette terre et dans l’au-delà par exemple  et permettre au moi de chacun d’être le plus heureux possible )))

L’auteur explique que le christianisme n’est véridique que quand il dit comment le soi passe par la déprise de soi, et répète à  maintes reprises que du moment que nous aurions une interprétation qui va dans le sens de notre satisfaction (même concernant la vie éternelle) c’est une illusion. (( et pour lui la preuve que l’Evangile dit vrai c’est qu’il va décevoir d’abord nos souhaits .. ))  (Page 63) « d’un côté l’Évangile déçoit parce qu’il dit que la vie du « soi » passe par la mort du « moi » ; de l’autre le dysangile plaît par ce qu’il dit que la vie du « moi» vaut mieux que cet improbable « soi » qu’il faudrait devenir. C’est pourquoi l’écoute de l’Évangile provoque chez nous une certaine déception car personne, à moins d’être déjà un soi, ne veut perdre son moi. »

Il parle de la langue de buis, qui est la langue de la bondieuserie qui est vidée de toute existence tragique en donnant trop d’importance aux formes extérieures de la religion, à ses aspects les plus traditionnels et les plus sentimentaux. Représentation figurative d’un sujet religieux, essentiellement caractérisée par sa banalité conformiste, sa mièvrerie excessive ; elle est en rapport avec une religiosité confortable et donc inoffensive ; elle entretient le moi dans l’illusion d’être soi. La bondieuserie ou la spiritualité ou la recherche de sens consiste à prôner des idées creuses pour se dispenser du labeur de l’appropriation de la parole dans l’existence, pour se dispenser d’endurer les Ecritures. Il ne s’agit pas des dévotions populaires ici, mais de toute forme de religiosité qui est en fait narcissique et aboutit au confort personnel.

Il parle de la parrhésia qui est un dire vrai qui redouble l’existence de dire la vérité.(( Mi : concepts  trop difficiles pour moi ! ))

Si la parole évangélique devient simplement l’objet d’une croyance, elle deviendra une doctrine et se détournera de l’aspect existentiel. La foi normalement engage qui parle à quelqu’un.

Il y a eu également la langue de fer qui était la langue de l’Eglise par lequel elle exerçait une coercition sur les fidèles.

On peut s’inquiéter lorsque les paroles généreuses et générales des chrétiens disent ce qu’on souhaite que tout le monde pense : n’est ce pas alors de la langue de buis ? L’Évangile ne peut pas tout à fait coïncider avec les valeurs les plus universelles car l’Évangile vide de sa séduction le fantasme de toute-puissance et détruit l’illusion qu’elle engendre, ou alors il faut préciser que ce bonheur universel ne sera fait qu’au prix de la destruction du moi.

L’Évangile est invraisemblable au niveau de la parole et il est à la limite de l’impossible en ce qui concerne le fait d’agir…

Il est exceptionnel que l’Evangile ne déçoive pas … alors « on » y a ajouté

Il y a ( normalement ) une énorme déception quand on entend les paroles de Jésus si on les prend au sérieux ( devenir pauvre, petit .. ) .

L’auteur considère que le message de l’Évangile le plus précieux, c’est la déception, la folie, le scandale, la déception d’être déçu… Il faut se perdre pour gagner… A l’inverse Constantin de Rome fait de la croix le signe de sa victoire : c’est une perversion complète. Le Christ installe  la faille dans le fantasme de la toute-puissance de manière à rendre possible une autre manière de vivre qui puisse subvertir la mort (page 97). La religiosité est la tentative d’édulcorer ce qu’il y a d’invraisemblable et impossible dans la parole Évangile. C’est d’ailleurs  la conformité qui est un refuge pour éviter le traumatisme de la croix qui, ainsi,  ne sera pas une véritable perte… La tentation de la puissance, la tentation de la réussite est constante, tandis que l’amour-don est le seul bien qui est accordé à la vie vivante. Même quand l’Évangile montre Marthe témoigner de sa foi, en réalité elle ne veut pas passer par le deuil… elle dit qu’elle sait que les morts se relèveront. « On feint de savoir ce qu’on ignore tout en feignant d’ignorer ce qu’on sait » Marie sa sœur est bloquée elle aussi dans la logique de la causalité et du vraisemblable. Le croyant déçu accuse la vie, Dieu, les autres, ou bien s’accuse lui-même. Professer la divinité du Christ peut être une manière de trouver un bénéfice à sa croyance en s’inventant un Dieu dont on attend qu’il soit à notre usage. On peut le dire encore de cette façon : la croyance est l’objet d’une déclaration (c’est pourquoi il est fondamentalement mû par le besoin de faire sa publicité) tandis que la foi est le siège d’une opération (se fier à).

La croyance vise en quelque sorte l’utile. Des gens devant le baptême pour leurs enfants. C’est une magie. Divertissement, illusionnisme, la croyance essaye de changer de monde alors que la foi transforme le monde. La croyance a besoin du rite, croyant ainsi changer de monde en le sacralisant. La croyance est mensongère : elle prétend sauver le monde mais c’est pour se sauver du monde qu’elle existe.

L’Évangile de Marc ne dit pas que Jésus partageant le pain et la coupe a dit de réitérer le geste. Le seul geste que Jésus dit de réitérer est le geste où la femme a brisé un vase de parfum : rien n’arrêtera sa diffusion, et il ne  peut pas/plus être réitéré tel quel.

Le lavement des pieds : il aurait mieux valu qu’on n’oublie pas la portée de cet exemple plutôt que d’en faire un rituel mimétique. Le lavement des pieds n’est pas à imiter ou à recopier mais à inventer. Ce geste appelle une reprise et non une répétition. Une reprise renouvelle.

Alors que Jésus avait parlé de modèle, upodeigma, on en est venu ( malheureusement ) à parler de mysterion, le mystère étant souvent le cache-misère pauvre de la pauvreté de la foi, et Tertullien a traduit par sacramentum ( hélas.. ) . Et Jésus avait dit quel était le signe le plus important : « à ceux-ci tous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». L’amour ne se reproduit pas, il s’invente en des gestes à chaque fois nouveau. ( pas besoin de baratiner sur du mysterium ou du sacramentum pour s’éviter de faire le vrai signe : l’amour entre nous ! )

((( Mi : Comme c’est bizarre néanmoins de discuter longtemps et longtemps sur les subtilités de la transsubstantiation plutôt que de regarder des choses simples : devenir chacun et ensemble le corps du Christ)))

Le paralytique, chez Marc, 2,5 : alors que personne n’a exprimé la moindre croyance déterminable, Jésus voit que leurs actions sont de la foi en acte. ((( pas de baratin ))) Devant l’impossible ils ont dégagé du possible. Ils ont été courageux et ingénieux. Ils ne se sont pas résignés devant la possibilité. Ils ont fait des gestes d’espérance. Ils ont transformé le toit en passage. Le mot pistis ici n’a pas de complément : il s’agit avant tout de la foi crue : une espérance confiante c’est-à-dire la capacité à trouver des brèches possibles et une certaine forme d’audace. La foi est le contraire de la résignation.

 

La foi emounah est la confiance où il n’y a pas de preuves. Traduit en grec par pistis qui veut dire la confiance faite à quelque chose ou surtout à quelqu’un. Traduit en latin par fides veut dire faire confiance. Mais Tertullien a traduit pistis par opinio et du coup le verbe utilisé n’a plus été confidere mais credere, ce qui a fait passer la foi de la confiance à l’opinion ou à la conjecture c’est-à-dire au registre du savoir faible. La foi finit par se rapporter au vraisemblable, elle est devenue une opinion théorique plus ou moins convaincue que l’on récite avec plus ou moins de restriction mentale en disant le credo le dimanche à la messe. C’est ainsi que le langage a fini par discréditer la foi en la faisant passer du verum au domaine de la recherche de certum : de la vérité qui est vérifiée dans la vie à la recherche de la certitude.

La christianité

Le christianisme a pour tâche de rendre témoignage à l’impossible. Il ose inscrire sa manière de vivre dans une gratuité inconditionnée pour la détacher de la logique du dû. Il est politique quand il est sourd à la voix du temps : il est tout oreilles ouvertes à l’inédit de l’Évangile.

Il introduit au cœur du monde un principe critique visant à fracturer l’hégémonie de l’avoir et du pouvoir dans la transformation des rapports humains.

Le christianisme ou mieux la Christianité est le style de vie qui, dans le monde, introduit des relations qui ne sont pas du monde. La foi nous presse d’exister autrement dans le monde.

Tout cela n’est possible que par la gratuité, l’échange du don.

La mission du chrétien n’est pas d’envelopper le réel d’un imaginaire religieux ou culturel (il n’ajoute pas Dieu au réel ni n’a le besoin iconoclaste d’en faire l’ablation), mais de rendre manifeste ce qu’il s’agit de bien voir : que le monde n’a d’autre raison qu’un amour offert de manière inconditionnelle. L’Évangile présente l’homme à l’homme, il fait connaître l’agapè, l’amour–don. Les chrétiens savent que le royaume est invisible aux yeux sidérés par l’avoir, le pouvoir et le paraître. C’est pourquoi les pauvres, du fait de leur invisibilité, non seulement sont les destinataires du Royaume, mais ils en sont aussi les signes révélateurs.

L’objet de la foi est le royaume : à–venir

 

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