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Exposition GENÈVE ET LA GRÈCE au Musée d’art et d’histoire de Genève

GENÈVE ET LA GRÈCE, Une amitié au service de l’indépendance jusqu’au 13 février 2022

Pour en savoir plus, télécharger la présentation de l’exposition ou rendez-vous sur http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/expositions-evenements/expositions/geneve-et-la-grece/

SACRÉ/ SAINT  PRÊTRE/TOUS, interview de Mgr Albert Rouet par Bertrand Revillon

par Marguerite Champeaux-Rousselot

Ce texte est extrait d’un long interview que Bertrand Revillon avait réalisé auprès d’Albert Rouet qui allait prendre sa retraite.

Je l’ai trouvé sur le Blog de Nathalie Mignonat.

SACRÉ PRÊTRE ? Nombre de débats actuels – celui de la liturgie récemment – portent sur l’identité du prêtre et son rapport au « sacré. » Il y a une dizaine d’années, au moment de prendre sa retraite, mon ami Albert Rouet alors archevêque de Poitiers, m’accordait un long entretien. Voici un extrait où il parle, de façon éclairante, de la place du sacré et du rôle du prêtre. Paroles fortes qui me semblent inspirantes pour aujourd’hui.

– Qu’est-ce qu’ »être prêtre » ?

– Un prêtre est un homme qui aide des baptisés à devenir progressivement adultes dans la foi. Combien de chrétiens relisent dans la foi ce qu’ils vivent ? Combien évaluent leur action sous le regard de l’Évangile, et pas uniquement à l’aune du succès humain ? Le prêtre est celui qui ramène à la source, il est le sourcier de l’Évangile, il provoque le croyant à vivre vraiment de sa foi. Il est comme Jésus qui regarde Zachée. Jésus ne lui fait pas la morale, il lui dit simplement : « Ce soir, je dîne chez toi ! » Et cette invitation bouleverse sa vie.

Le prêtre est avant tout ce « sourcier » qui s’invite à dîner, qui est capable de trouver en chaque être le lieu de sa soif et de sa générosité. Être prêtre, c’est être ministre de la communion, c’est envoyer les uns vers les autres, c’est veiller sur la faim des hommes et des femmes, être celui qui fractionne le pain pour le donner à manger, qui lève la coupe de vin pour ouvrir la communauté aux appels du monde, éviter le repli, l’inévitable construction de murs de fortification. Enfin, le prêtre est celui qui redit à une communauté que ce qu’elle est, elle l’est par grâce.

– D’où vient cette tendance actuelle à « re-sacraliser » le prêtre ?

– La notion de « sacré » est ambiguë. Il y a une conception du sacré qui n’est pas chrétienne. Le sacré sépare, divise : il y a ce qui est « sacré » d’un côté et ce qui est « profane » de l’autre ; et on a tôt fait de ranger les prêtres du côté du sacré et les laïcs du côté du profane. C’est oublier un peu vite l’unicité dans laquelle nous place le baptême par lequel nous sommes toutes et tous « prêtres, prophètes et rois » ! La Bible témoigne d’une sortie progressive du sacré pour entrer dans la catégorie de la sainteté. Le « saint », c’est Dieu, le Tout-Autre qui entre en alliance avec l’homme. Cette alliance met la sainteté au cœur même de l’humain. Par l’Esprit, chaque homme, chaque femme est désormais une terre sainte. La division sacré-profane n’est donc pas pertinente en christianisme.

En « re-sacralisant » le prêtre – comme cela est actuellement visible dans certaines orientations – on fait un mauvais calcul. On espère que cela augmentera le nombre des vocations. Mais quel profil de prêtre allons-nous susciter avec pareille stratégie ? Je crains que nous n’ouvrions la porte à un profil psychologique attiré par le pouvoir – car qui maîtrise le sacré maîtrise le pouvoir – soucieux d’affirmer, au travers d’une différence affichée, une identité marquée par une certaine fragilité humaine. Le prêtre n’a pas à être l’homme du sacré comme on le trouve dans toutes les religions depuis l’aube de l’humanité : il a à être le serviteur de la sainteté.

To maintain the Centre Pastoral Saint-Merry in Paris. Sign on change.org





to sign   : http://chng.it/fjWSPksPGW

The Most Rev Michel Aupetit, Archbishop of Paris, announced on February 7th that he would «from March 1st, 2021, put an end to the mission commissioned in 1975 by [the then Archbishop] Cardinal Marty to the « Pastoral Centre of St Merry’s parish »https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Merri, in the heart of Paris. That mission workhttps://recherches-entrecroisees.net/2021/03/04/1975-lettre-de-mission-pour-le-centre-pastoral-halles-beaubourg-par-mgr-f-marty/ consisted of the creation of a space for «experimenting» new ways of evangelization and «inventing new/novel means for Tomorrow’s Church». 

The thousands of people from Paris and its surroundings and beyond France’s borders, who have known and loved that unique outcome of the Second Vatican Council within the Church of Paris, which is St Merry’s Pastoral Centre, hereby manifest their shock at such a damaging decision, taken without any consultation.

In a time when the Church is reflecting on synodality and promoting participation, a time when Pope Francis is inviting us to reach to the peripheries, such a counterproductive decision is baffling to us.

For more than 45 years, St Merry’s Pastoral Centre has been a venue where people from Paris and its surrounding area, especially those people who had strayed away from the Church, have found warmth, acceptance and prayer. The thousands of messages – from France and beyond – left on our site are a testament to that. 

Are there no novel ways of announcing the Gospel? That is the issue at stake.

We, the Undersigned,

Guy Aurenche, Danielle Mérian, Pietro Pisarra, Jean Verrier, Jacqueline Casaubon, Claude Plettner, Anne-René Bazin, Marianne Grilhé, Claire Saconney, Bernadette Capit, Michel Lahaie, Didier Pény, Marie-Odile et Jean-François Barbier-Bouvet, Nathalie Thillay, Anne Tardy-Planechaud…

proclaim our commitment to St Merry’s Pastoral Centre in Paris. We request that the Centre be allowed to go on with its original mission, and that a dialogue be established, so that this particular face of the Church may continue on with its valuable ministry.

1975 Lettre de mission pour le Centre Pastoral Halles-Beaubourg, par Mgr. F. Marty

mai 1975      

Lettre de mission du Cardinal Marty, confiée au père Xavier de Chalendar, premier responsable du Centre pastoral Halles-Beaubourg (CPHB)

 «Les Halles : pour l’Église de demain… des modes nouveaux

Les Halles, le plateau de Beaubourg… on sait les vastes projets en cours de réalisation et qui modifient progressivement le visage et la vocation de ce quartier.

Ce centre de Paris voit surgir et se développer des lieux de recherche et de rencontre, des lieux de commerce et de détente, des lieux de culture et d’expression artistique qui se veulent au service de tous et vont attirer, chaque jour, et pour chaque fête, des milliers de personnes.

Il est inutile de souligner l’importance de ce qui va se jouer là, dans les années qui viennent.

Les églises sont nombreuses dans ce secteur et elles comptent parmi les plus belles de Paris : Saint-Merry, Saint-Gervais, Saint Leu-Saint Gilles, Saint-Eustache. Elles sont les plus visibles de l’Église. Elles accueillent des communautés chrétiennes paroissiales : elles sont le lieu d’une pastorale locale aux formes multiples ; elles resteront au service du quartier.

Mais elles doivent permettre aussi d’inventer des modes nouveaux pour l’Église de demain. Elles ne doivent pas devenir des musées.

Depuis plusieurs années déjà, des chrétiens se préoccupent de proposer ensemble des services à tous ceux qui vont venir dans ces quartiers rénovés, à tous ceux qui y travaillent ou qui y vivent. Service de prière selon des styles assez divers : possibilités de rencontre, de communications, d’accueil ; réflexions et travail sur la foi au contact des nouvelles formes de culture…

Des prêtres diocésains, des prêtres oratoriens de Saint-Eustache et des laïcs vont poursuivre ce travail de recherche et prendre les initiatives nécessaires pour réaliser là un vrai service pastoral, original et adapté.

L’abbé Xavier de Chalendar, ancien vicaire épiscopal pour le monde scolaire et universitaire, est chargé d’animer et de coordonner l’ensemble de ce secteur pastoral non territorial.

Cardinal François Marty,

Mai 1975 »

Ce Centre Pastoral Halles-Beaubourg est devenu Centre-Pastoral Saint-Merry.

« La fabrication de l’Antiquité par les Anciens / objets et lieux sacrés : réalités et imaginaires », séance le 3 mars 2021 à 16h, par Marguerite Champeaux-Rousselot (Séminaire Patrimoine Littérature Histoire)

Pour la prochaine séance EN LIGNE du séminaire CRATA-ERASME « La fabrication de l’Antiquité par les Anciens / objets et lieux sacrés : réalités et imaginaires », j’aborderai le mercredi 3 mars 2021 à 16h : « Omphalos : d’un sens banal à un objet consacrant ou consacré (des premiers écrits grecs à l’époque classique) ».

En raison de la situation sanitaire, la séance aura lieu en ligne. Pour obtenir le lien de connexion, vous pouvez écrire à : francois.ripoll@univ-tlse2.fr

Laboratoire Patrimoine Littérature Histoire (PLH / EA 4601) : Séminaire commun des équipes PLH-CRATA / PLH-ERASME 2020-2021.

Ce séminaire réunit historiens et littéraires, chercheurs et jeunes chercheurs, Toulousains et extérieurs.

Université Toulouse - Jean Jaurès
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2020-2025  Projet CRATA quinquennal 2020-2025

La fabrication de l’Antiquité par les Anciens « Objets et lieux sacrés : réalités et imaginaires »

Mercredi 16h – 18h, semestre 2, Maison de la Recherche (en raison de la situation sanitaire, la séance aura lieu en ligne)

3 février : Élodie Guillon (PLH-ERASME) « Le buste de Tanit à Ibiza : un objet symbole d’une identité ébuzitaine actuelle »

10 février : Laurent Bricault (PLH-ERASME) « Le Mithraeum, réalités et perception de l’Antiquité à nos jours »

17 février : Adeline Grand-Clément (PLH-ERASME) « Les bruissements de l’oracle : retour sur le « gong » de Dodone »

3 mars: Marguerite Champeaux-Rousselot (PLH-CRATA) « Omphalos : d’un sens banal à un objet consacrant ou consacré (des premiers écrits grecs à l’époque classique) »

10 mars : Thibaud Lanfranchi (PLH-ERASME) « Sagmina, herbe sacrée des Romains »

17 mars : Vilma Losyte (PLH-ERASME): « Jeux et jouets dans les sanctuaires du monde grec »

24 mars : Arnaud Saura-Ziegelmeyer (PLH-ERASME): « Identités sonores réelles et fantasmées dans l’Antiquité: à chacun sa percussion ? »

31 mars : Bénédicte Chachuat (PLH-CRATA) « La Thessalie comme sanctuaire infernal : la perversion de l’espace sacré dans la Pharsale de Lucain »

7 avril :  François Ripoll (PLH-CRATA) « L’espace sacré de Rome au chant VIII de l’Énéide : des « lieux de mémoire » au paysage allégorique »

14 avril : Hélène Frangoulis (PLH-CRATA) « L’Éthiopie : lieu sacré ou maudit ? Entre réalité et imaginaire chez Héliodore »

21 avril : Patrick Robiano (PLH-CRATA) « La représentation de Delphes dans les Ethiopiques d’Héliodore »

Contacts : François Ripoll (francois.ripoll@univ-tlse2.fr) ou Anne-Hélène Klinger-Dollé (dolle@univ-tlse2.fr)

« La Bible, les Pères et l’histoire de la langue grecque » visio-conférence samedi 20 mars 2021

La Bible, les Pères et l’histoire de la langue grecque, le samedi 20 mars 2021, de 9h30 à 13h, en visio-conférence

Cette  matinée est organisée par l’association THAT. ( THAT = Textes pour l’Histoire de l’Antiquité Tardive). Cette association académique est, selon moi, remarquable par son dynamisme, sa réactivité, sa transparence, et sa convivialité !  

Programme

 9h30 Hélène Grelier et Françoise Vinel : Introduction

10h Histoire et interprétation des textes bibliques : Origène, l’évidence grecque et la source juive, par Françoise Vinel (Université de Strasbourg)  

10h30 « Que ma prière s’approche en ta présence, Seigneur » : la filiation origénienne d’Apolinaire de Laodicée dans son exégèse de la quête de l’intelligence divine (Chaîne palestinienne sur le Psaume 118), par Hélène Grelier (Université de Nanterre)

11h Historical and Theological Lexicon of the Septuagint : une rencontre entre la Bible, la papyrologie et la littérature classique, par Antonella Bellantuono (Universités de Strasbourg et de Lorraine).

11h30 Éditer le Liber interpretationis nominum hebraicorum : objectifs, problèmes et méthodes, par Marie Frey Rébeillé-Borgella (HiSoMA UMR 5189 – Institut des Sources Chrétiennes).

12h Paysages religieux de Jérusalem et de Gaza au 5e siècle à travers les Scholies sur Ézéchiel d’Hésychius de Jérusalem, par Laurence Vianès (Université Grenoble-Alpes)  

12h30 : discussion générale

Les communications de la présente session scientifique, augmentées de contributions complémentaires, seront publiées comme un Supplément de la Revue des Études Tardo-antiques (RET) http://www.revue-etudes-tardo-antiques.fr/

La session aura lieu le samedi 20 mars 2021, de 9h30 à 13h, en visio-conférence

https://us02web.zoom.us/j/83810310578?pwd=eTk5dVg2NnE2UXZpT2xEK3NGcUkvZz09

Cette session scientifique est organisée en hommage à Marguerite Harl (1919-2020)

Ses collègues, élèves et amis ont déjà rendu hommage à ce Professeur de « Langue et littérature post-classiques » qui exerça à la Sorbonne de 1958 au début des années 80.

De Philon, Origène et Grégoire de Nysse à l’initiative de la traduction en français de la Septante, plusieurs générations de chercheurs ont été inspirées par ce qui constitue un renouvellement des études de la littérature de l’Antiquité tardive.

« Revanche d’Érasme », écrivait M. Harl dans son autobiographie intellectuelle (La Bible en Sorbonne, Paris 2004) : à l’étude des œuvres grecques de la période hellénistique et romaine s’ajoute celle des écrivains juifs d’expression grecque et des écrivains chrétiens de l’Antiquité tardive – signe qui ne trompe pas dans la France républicaine, plusieurs de ces auteurs, Philon d’Alexandrie, Clément d’Alexandrie, Justin martyr, Tertullien, entrent alors au programme de l’agrégation….

Hommage à un maître, les interventions de cette session scientifique 2021 de THAT voudraient l’être en présentant les projets de recherche, individuels et collectifs, qui s’inscrivent dans cet intérêt pour des champs d’études marqués par les travaux de M. Harl.

Σαιντ-Μερρι Παστοραλ Σεντερ, Παρισι





Saint-Merry Pastoral Center
Καλώντας όλους να διατηρήσουν μια ζεστή και άνευ όρων ανοιχτότητα: στο Saint-Merry Pastoral Center στο Παρίσι.
  http://chng.it/fjWSPksPGW
 Ο Αρχιεπίσκοπος του Παρισιού, Monsignor Michel Aupetit, ανακοίνωσε στις 7 Φεβρουαρίου την απόφασή του να «τερματίσει, από την 1η Μαρτίου 2021, στην αποστολή που ανέθεσε ο Καρδινάλιος Μάρτυ το 1975 στο Saint-Merry Pastoral Center. Αυτή η αποστολή ήταν να δημιουργήσει ένα μέρος «πειραματισμού» για να μαρτυρήσει το Ευαγγέλιο και να «εφεύρει νέες μόδες για την Εκκλησία του αύριο»
 Οι χιλιάδες άνθρωποι, που προέρχονται από όλη την περιοχή του Παρισιού και αλλού, που εκτίμησαν αυτό το μοναδικό μέρος στην Εκκλησία του Παρισιού - που γεννήθηκε μετά το Συμβούλιο Vatican II - εκφράζουν την έκπληξή τους για τη βαρβαρότητα μιας τέτοιας απόφασης, που ελήφθη χωρίς καμία διαβούλευση.
Καθώς η Εκκλησία σκέφτεται σε ενα μονοπάτι συνοδείας, ενθαρρύνοντας τη συμμετοχή, και καθώς  ο Πάπας Φραγκίσκος καλεί τους ανθρώπους να πάνε στις περιφέρειες, μια τέτοια απόφαση είναι εκπληκτική.
 
Για περισσότερα από σαράντα πέντε χρόνια, το Ποιμαντικό Κέντρο προσέφερε στους κατοίκους της Ιλ ντε Φρανς, ιδίως σε εκείνους που βρίσκονται μακριά από την Εκκλησία, ένα μέρος άνευ όρων καλωσορίσματος ευγένειας, αλληλεγγύης και προσευχής. Υπάρχουν χιλιάδες μαρτυρίες, πέρα ​​από τα γαλλικά σύνορα.
Μπορεί η διακήρυξη του Ευαγγελίου να μην πάρει νέους δρόμους ; Εδώ ακριβώς βρίσκεται το στοίχημα.
 
ΕΙΜΑΣΤΕ Ο ΑΝΕΠΙΣΘΕΣΕΙΣ,
Guy Aurenche, Danièle Mérian, Pietro Pisarra, Jean Verrier, Jacqueline Casaubon, Claude Plettner, Anne-René Bazin, Marianne Grilhé, Claire Saconney, Bernadette Capit, Michel Lahaie, Didier Pény, Marie-Odile και Jean-François Barbier-Bouvet Thillay, Anne Tardy-Planechaud ...
εκφράζουμε την προσήλωσή μας στο ποιμαντικό κέντρο Saint-Merry στο Παρίσι.
 
Ζητάμε ότι μπορεί να συνεχίσει την αποστολή του και ότι ο διάλογος αρχίζει άμεσα, ώστε μια τετοια πρόσοψη της εκκλησίας μπορεί να παραμείνει.
 
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 Η κοινότητα του Saint-Merry λέει ευχαριστώ στους Έλληνες για την υποστήριξή τους σε αυτό το κάλεσμα, στο πνεύμα της άνευ όρων διαφάνειας του Ευαγγελίου, και σύμφωνα με τις παγκόσμιες ανθρώπινες αξίες που μας έχει διδάξει η Ελλάδα.

Les aventures étymologiques du terme « paroisse »

De la paroïkia (grec ancien) à la paroecia gérée par un parochus (bas-latin) : une migration terminologique entre ciel et terre avec un coup de théâtre !

par Marguerite Champeaux-Rousselot ( 2020-06-17)

Au cours de sept siècles de dérive terminologique marquée par l’usage approximatif du grec puis du bas-latin francisé, la notion de milieu de vie s’est cristallisée peu à peu en maison avant de désigner l’ensemble organisé d’une communauté ecclésiale.  
Ajoutons que le terme « paroisse » résulte de deux noms... d’où des surprises et des rebondissements.

Cet article est consacré à la naissance du terme « paroisse ». Par ailleurs, vous trouverez prochainement un document consacré à l’Histoire de la Paroisse elle-même (à partir du 1er s. jusqu’à aujourd’hui) .

Le terme grec paroikia  

Le terme paroisse vient originellement du nom commun grec π α ρ ο ι ́ κ ι α, (avec un kappa, κ, prononcé paroïkia) composé de ο ι ́ κ ι α qui désigne un lieu, la maison où la famille se rassemble, (d’où écologie économie, œcuménique etc.) et de παρα qui veut dire « auprès de, à côté de ».

Le verbe dérivé de ce nom π α ρ ο ι κ ε ι ̃ ν signifie demeurer auprès de ; séjourner dans un pays où on est un étranger.

Il a été employé dans la Septante qui traduit l’Ancien Testament de l’hébreu en grec,  pour désigner le fait qu’Abraham séjournait en Egypte ; un π α ́ ρ ο ι κ ο ς est proprement « celui qui habite à côté, près de » un étranger résidant ici, un voisin mais qui justement même dans une cité n’a pas droit de cité.

Le nom composé π α ρ ο ι ́ κ ι α a donc été d’abord employé pour signifier « la résidence ou le séjour dans un pays étranger », de durée plus ou moins longue.

Le sens spirituel du terme paroikia  : l’épître de Pierre   

Mais prenons d’abord la situation peu après la « disparition » de Jésus : par exemple dans les Actes des Apôtres.

Les disciples sont convoqués par les Juifs  dont ils se distinguent en enseignant et annonçant la Bonne nouvelle ( un seul  verbe  pour ces quatre mots :  «  euaggelizô »)  « tout le jour/chaque jour, dans le temple comme en privé  » [1] . Ils se distinguent d’eux  par leur esprit de liberté par rapport aux rites et n’hésitent pas à risquer d’être maltraités  pour cette liberté.  Ils se réunissaient en effet pour prier en groupe dans les maisons d’hommes et de femmes,  nous rapporte Paul : chez Lydia, Cornelius, Aquila et Priscille, à Éphèse etc.  

Ce «  toujours et partout », nous en avons un bon exemple dans l’épitre connue attribuée à Pierre (I Pierre, 2, 11). L’auteur  emploie en effet deux adjectifs qui concernent la place de certains étrangers  qui n’ont pas les droits d’autres habitants : la maison (oikia) d’un paroikos ne sera jamais que « voisine » ( para signifie «  à côté de » ) sans jamais être intégrée dans la cité, et celui qui séjourne dans un peuple ( dèmos)  sans en faire partie restera un parepidèmos, ( littt. «  à côté du peuple » ) : son séjour, fût-il long, ne lui permettra jamais de se fondre dans la communauté de ses habitants: ils seront toujours à côté (par- oikios et par-epi-dèmos) – deux situations souvent gênantes ou regrettables.

Or dans ce chapitre, l’auteur  prend le contre-pied de cette position et utilise la dimension symbolique des deux termes pour signaler la situation particulière du chrétien : certes les chrétiens ont leur maison dans leur peuple, mais leur maison  la plus essentielle n’est pas celle-ci ! Pierre sait s’adresser à des gens qui avaient tous les droits de vivre dans le monde et ont décidé… de devenir, quoique toujours en son sein, membres d’un autre Royaume vers lequel ils choisissent d’avancer. Il leur montre que désormais, à cause de ce choix,  ils sont des paroikos et des parepidèmos : « Vous par contre, race choisie, royale, communauté sacerdotale, nation sainte, peuple à conserver…, pas peuple jadis et maintenant peuple de Dieu, personnes qui n’ont pas obtenu miséricorde, et qui maintenant l’ont obtenue. Bien-aimés, je vous exhorte, vous, comme des résidents étrangers (paroikos) et des étrangers de passage (parepidèmos), à vous tenir loin des désirs charnels qui combattent contre l’âme ; en conservant belle votre conduite parmi les païens etc.  »  (I Pierre, 2, 11)  

Les disciples d’alors se sentaient donc comme appartenant à leur milieu et en même temps « à côté ». Ils se sentaient comme en séjour en pays étranger, leur patrie de cœur étant ailleurs, puisque fils ambitionnant d’être d’un autre Royaume ou de le mériter. (Mon Royaume n’est pas de ce monde…). Inquiétude et regret doivent faire place à la motivation et à l’espérance [2] .     

Quitter le grec paroikia  pour le latin  paroicea ? le  spirituel pour de  l’organisé ?  

Le nombre de ceux qui suivent la Voie s’agrandit et s’enracine.   

Voici que le christianisme s’est implante solidement et que le pouvoir religieux chrétien se renforce (faut-il dire pactise ?) avec  le pouvoir civil (Constantin 1er ). Le nombre des chrétiens s’accroit, y compris  des chrétiens fortunés, et avec lui, le besoin d’organisation matérielle et administrative. A nouveauté religieuse, organisation et terminologie nouvelles – tant du point de vue spirituel que géographique et administratif. La tentation  du quantitatif et du concret pour persuader de la puissance  de Dieu et la manifester l’a souvent emporté sur  le paradoxe évangélique.

L’ekklesia ( en grec) était littéralement l’assemblée des appelés, leur communauté de fils de Dieu construisant le Royaume spirituel au fil de leurs cheminements, et il a fallu trouver des concepts, des mots spéciaux pour distinguer ce qui relevait de cette assemblée mais sur un autre plan, à savoir l’endroit de vie concret des chrétiens sur cette Terre, ce qui était en quelque sorte le plus éloigné du Royaume de Dieu…  Les lettrés eurent alors recours au terme grec paroikia qui convenait bien puisqu’il ne recouvre pas du tout ce qu’était l’ekklesia.

Par la suite, le terme grec π α ρ ο ι ́ κ ι α (avec son κ) employé dans le contexte ecclésiastique (surtout d’organisation matérielle, au départ) fut transcrit en (bas-) latin paroecia, avec un c car le latin n’a pas de k, puis peu à peu francisé avec des variantes quand il fut employé par tous, lettrés ou non, à partir du IVème siècle à peu près.

Le latin gagne en Occident. Le terme  grec ekklesia est latinisé lui aussi en ecclesia.

Les textes, même s’ils sont rares, attestent que le premier terme latin, paroecia sous ses diverses formes, est utilisé par écrit au IVème siècle par les premières communautés chrétiennes : au début du IVème s, il prend le sens de «communauté, église particulière», puis il sert, en référence à l’évêque, dans la 2ème moitié du IVème s. pour désigner le territoire qui ressortissait de son église épiscopale, c’est-à-dire de son « diocèse » (que nous nommons aujourd’hui « évêché ») et il est employé comme synonyme de ce terme. 

Or les zones urbaines ayant été généralement adopté en premier l’Evangile, l’église de l’évêque avec son presbyterium était souvent située dans une cité épiscopale et tout au début, le baptistère se trouvait près de cet évêché, mais le diocèse ou la paroiceia  étaient bien plus vastes que la cité elle-même et comprenait les campagnes [3] qui, elles,  se convertirent plus tard.

Ce terme paroiceia est employé concurremment avec diocesis et ceci pendant six siècles dans ce sens : le dernier emploi connu écrit de paroecia en ce sens d’évêché date de 1076. Cela explique en partie la configuration encore actuelle des « paroisses urbaines ».

Un nouveau venu au Vème siècle : le  terme  grec   parochos  latinisé en parochus !  

Lorsque, à partir du Vème siècle environ, se mirent en place de plus en plus précisément, diverses organisations de gestion matérielle, on constate que le mot paroecia subit progressivement l’influence d’un mot latin qui n’a pas du tout la même étymologie : parochus – qui vient à son tour perturber le sens du terme paroiceia   dont le sens dérive de plus en plus.

Si le mot latin parochus vient lui aussi d’un mot grec latinisé, son étymologie n’a aucun rapport avec le paroikia évoqué plus haut puisqu’il s’agit cette fois de π α ́ ρ ο χ ο ς, (avec un khi χ, prononcé parokhos), formé de παρα, qui veut dire « auprès de, à côté de » et de ε ́χ ω qui veut dire « avoir ». Le verbe composé π α ρ ε ́ χ ω signifie « fournir, offrir, présenter », et a donné le nom commun π α ́ ρ ο χ ο ς qui veut dire « régisseur des magistrats en voyage » et a été latinisé à l’époque classique en parochus au sens plus général de régisseur.

Comment et pourquoi l’emploi de parochus s’est-il développé ? 

Lorsqu’il a fallu trouver de nouvelles appellations pour les responsables de la gestion (matérielle surtout) des campagnes désormais christianisées même à distance de l’évêché (paroiceia ou diocèse), il a fallu trouver un nom qui marque bien la distinction avec le responsable des questions cultuelles : on a employé alors ce terme parochus pour désigner sa mission logistique. 

Cependant, les textes montrent non seulement des mélanges orthographiques entre paroiceia et parochus, mais aussi des entrelacements voire des confusions dans leur emploi et leur sens. 

En effet, comme la prononciation n’était pas uniformisée, ni l’écriture répandue, ni l’orthographe stabilisée, et comme le premier terme ressemblait au second par la graphie et le son (paronymie et homonymie), la contamination entre les deux mots a pu se faire facilement.

De leur côté, les lettrés ont pu forger savamment une forme dérivée de parochus pour désigner ce que doit gérer le parochus : la parochia très proche de la paroikeia grecque latinisée en paro(e/i)ceia…Une sorte de synecdoque, désignant le territoire par la charge. Quant au commun des gens moins instruits, l’usage a pu confondre plus ou moins les deux paronymes très proches phonétiquement et formellement.

Compte-tenu du contexte linguistique, il s’est passé un phénomène socio-linguistique qui semble traduire un raisonnement inconscient général : tout semble s’être passé comme si on avait supposé que le parochus, du fait qu’il était par son métier  loin de l’évêque mais néanmoins en lien avec lui, avait à gérer la paroecia qui était loin de l’église diocésaine et néanmoins en lien avec elle. Si bien que désormais, la paroecia se mit à signifier aussi, en quelque sorte, « ce que gérait le régisseur (parochus) ».

Entre le sens administratif de parochus et le sens spirituel et religieux de paroiceia qui va l’emporter ?

Qui à l’époque  contribue à inventer les mots nécessaires aux nouvelles fonctions, à l’administration ? Qui les répand ? Ceux qui savent écrire, parler  latin et traduisent le latin en français pour le menu peuple qui s’adapte et apprend les nouvelles règles etc.

C’est pourquoi, finalement, au milieu de plusieurs variantes, le terme qui l’a emporté linguistiquement et sémantiquement, c’est le terme administratif, celui des écrits, des lettrés, des plus éduqués qui régissaient et tenaient la plume : c’est donc le terme dérivé de parochus.

Cette confusion a été également renforcée par des points communs dans leur signification (sémantique) spécifiquement liée à la religion.

Là aussi, on constate le fait de cette évolution linguistique et sémantique, sans en trouver d’explication dans les textes d’alors, rares et souvent répétitifs ( chartes, comptes, contrats… ).

Il y a donc une contamination.

Les deux évolutions se combinent de ci, de là (improprement certes, mais pragmatiquement !) pour finalement, faire de la paroecia en latin un endroit géré par un parochus en latin.

En effet,

– d’une part nous avons vu grâce à la lettre dite de Pierre par exemple, que la notion de paroikia ( avec un k ) venait du fait que les baptisés se vivaient d’une certaine façon comme de passage sur une Terre étrangère, habitant un endroit de vie connecté « ailleurs », la paroecia ou paroiceia

– d’autre part, on peut supposer qu’ils ont considéré que leurs responsables ou qu’eux-mêmes avaient à régir leur lieu de vie sur cette Terre où ils ne font qu’un voyage : ils n’y vivent que passagèrement et suivent la voie indiquée par le Christ qui leur montre le passage. Ici le sens originel du terme grec parokhos (avec le khi) et de parochus s’est révélé bien convenir.

– les baptisés qui se vivaient d’une certaine façon comme en transit  momentané sur une Terre à laquelle ils ne devaient pas s’attacher, ont  volontiers délégué  la gestion des affaires terrestres à qui les guidait religieusement…

Citoyen de l’au-delà et de passage dans la cité terrestre, le chrétien se retrouvait bien dans ce double cadre conceptuel – mais la dimension organisationnelle a progressivement pris le pas sur l’acception spirituelle.

Et naturellement, à la fin,  avec l’uniformisation progressive des termes, la paroiceia est devenue la paroichia.

Voilà donc comment et pourquoi ce second terme ( parochus ) a influencé le premier et l’a finalement emporté aux environs du VIIème siècle.

Le lexique ici  traduit toute une histoire des mentalités. 

Fin des aventures étymologiques du terme français « paroisse »

Nous sommes partis de la paroïkia (grec ancien) vers la paroecia  des fidèles  dont l’évêque avait la charge spirituelle, puis est arrivé un parochus (bas-latin) qui a administré et régi le territoire matériel de l’évêque.

Finalement ce parochus a administré ce qui ne s’est plus appelé paroiceia mais paro(i)chia.     

Le français  paroisse  résulte  de cette migration terminologique  en zig-zag et qui a connu un coup de théâtre imprévu avec l’arrivée de parochus.  

Gérer entre ciel et terre, une question qui n’est pas résolue !…

Ce qui l’a emporté c’est la puissance utile d’une organisation territoriale faisant partie d’une pyramide.  

Cela aura des implications multiples.

Nous en avons fini avec l’étymologie de ce terme.

Pour la suite de l’histoire de la notion de paroisse, lire un autre article sur le même site … en sautant le début qui résumera plus ou moins ce que vous venez de lire … mais qui contient aussi  une excellente devinette  sur l’emploi le plus ancien du terme  paroikos  ..  !                                                       

Marguerite Champeaux-Rousselot ( 2020-06-17)


[1] Luc conclut ainsi cet épisode violent  en précisant que le conseil des Juifs n’avait pu les obliger à respecter des horaires, des règles, des lieux etc. Il écrit :  « Πᾶσάν τε ἡμέραν, ἐν τῷ ἱερῷ καὶ κατ᾿ οἶκον, οὐκ ἐπαύοντο διδάσκοντες  καὶ  εὐαγγελιζόμενοι  Ἰησοῦν  τὸν Χριστόν. »  ( Actes, 5,42)  :  Littéralement  « Et toute la journée/chaque jour, et dans un lieu religieux  public comme dans un lieu privé , ils ne cessaient  d’enseigner et d’annoncer la Bonne nouvelle de Jésus le Messie ». Traduire par « dans les maisons » ne suffit pas ; en effet, le terme ne désigne pas une maison mais le privé.  C’est une manière de dire «  24 h/24 et partout ». Cela bouscule ce qui convenait  traditionnellement  pour l’enseignement et la prière : les disciples ne semblent plus  respecter le sacré et le rite.   

[2] Je repense à ce chant de mon enfance : « Citoyens du ciel, habitants de la maison du Seigneur.. », le tout étant de ne pas être excluant..

[3] Bien plus tard, au point que paganus, qui a donné paysan, désignait les croyants traditionnels polythéistes qui ont «résisté» plus longtemps, et a donné également le mot païen.

Covid 19 : une réponse laconique (et l’étymologie de ce terme), par Marguerite Champeaux-Rousselot

En ces temps de Covid19 …

Les Spartiates habitaient la Laconie, région de Grèce centrale ( ( dans la paume de la main qu’est la forme  géographique de la Grèce ! ). Ils étaient réputés pour la force, la netteté  et la brièveté de leur langage, d’où en français le sens du terme laconisme  et de ses termes parents. Exemple : une réponse laconique, il répondit laconiquement

Un exemple : Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand, parti à la conquête de la Grèce, envoya une ambassade exiger la soumission de Sparte avec ce message « Je vous conseille de vous soumettre sans délai, car si je conduis mon armée sur votre territoire, alors je détruirai vos fermes, je tuerai votre peuple, et je raserai votre cité… »
La réponse des Spartiates : « « Si… »… »
Et Philippe renonça à attaquer Sparte…

Voyez sur Wikipédia quelques exemples  si j’ose dire éloquents !
https://fr.wikipedia.org/wiki/Laconisme
et  voir plus bas pour le texte grec exact et sa traduction précise.

Mais le virus, à la différence de Philippe,  n’a pas d’oreilles, n’envisage pas de négociation avec nous et ne  nous pose pas de questions,   et nous,  pour le moment, à la différence des Spartiates, nous sommes nus et sans défense…
Nous  n’avons pour le  moment que notre courage  ( celui des « soignants » de notre société, et celui des blessés ou des familles de morts ), et nous n’avons d’autres armes qu’une prudence individuelle et collective …
Tout « risque » doit donc être couru de façon mesurée et  prévue, collectivement et intelligemment.
A virus sourd et muet,  telle sera notre réponse en actes, laconique et efficace.

Marguerite Champeaux-Roussselot (2020-05-25)

J’ai trouvé cet exemple dans les commentaires à la fin d’un blog traitant de risques statistiques à propos du Covid !  https://www.pauljorion.com/blog/2020/05/23/covid-19-il-y-a-contamineur-et-contamineur-par-timiota/?cn-reloaded=1

Plutarque, (46-125)  a écrit «  Du bavardage », ou « Du trop parler », un ouvrage très formateur d’ailleurs !
Il y traite évidemment longuement de la concision des Spartiates ou Lacédémoniens  et en donne plusieurs exemples, dont celui qui m’intéresse ici  car nous avons aujourd’hui à décider de l’action à mener pour résister  au coronavirus Covid19.
Voici  donc un exemple du célèbre laconisme  de ces Grecs qui avaient un modèle de société, d’éloquence, d’art, d’éducation, un peu à part   des autres Grecs :

οἷόν ἐστι  τὸ ‘Λακεδαιμόνιοι Φιλίππῳ Διονύσιος ἐν Κορίνθῳ’ καὶ πάλιν γράψαντος αὐτοῖς τοῦ Φιλίππου ‘ἂν ἐμβάλω εἰς τὴν Λακωνικήνἀναστάτους ὑμᾶς ποιήσω, ’ ἀντέγραψαν ‘αἴκα.’  (Plutarque, De Garrulitate, 17)

« Par exemple les Lacédémoniens, à Philippe, Dionysos étant à Corinthe,  Philippe leur  ayant écrit : « Si j’entre dans Sparte, je vous raserai »,  ils répondirent : « « « Si…  » !! »

Texte entier :
en grec : http://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus%3Atext%3A2008.01.0286%3Asectio
et en anglais :
http://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus%3Atext%3A2008.01.0288%3Asection%3D17

Merci à G. de Rosny, animateur à la suite de Louis de Balmann, du Café homérique, qui m’a aidée à retrouver la référence du texte !
site du café homérique : http://www.homeros.site/spip.php?rubrique8

Brève histoire de la liturgie catholique : qu’appelle-t-on donc «Tradition» ? 

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Retrouvons un principe d’Eglise : « Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous »

Quod omnes tangit, ab omnibus tractari  et approbari debet.

Nous sommes infiniment reconnaissants à Yves M.-J.Congar de s’être plongé dans ces textes qui vont du VIème siècle au XIII° siècle et nous restituent la vie des chrétiens, d’un  peuple de Dieu encore peu hiérarchisé et tout entier et uni : ces textes nous redonnent des droits souvent oubliés, droits de tous,  droits de frères, droits d’enfants de Dieu, ceux donnés par Jésus.

Il m’a semblé utile  et urgent de partager avec vous une partie  de la teneur d’un article  de cet Yves Congar, prêtre et théologien, en 1922… Un de ceux qui sera le plus actif au Concile Vatican II., qui  montre que son propre statut et ses droits ne sont pas différents de ceux des laïcs en ce qui concerne toutes, oui toutes les décisions prises en Eglise.  

Il fait le point historiquement, factuellement, sur une pratique de l’Eglise bien oubliée, effacée par une Tradition plus récente : la pratique enseignée par Jésus, celle où plusieurs réunis en son nom décident de qui les concerne, pratique  des premiers temps  chrétiens jusque vers le XIIIème siècle, effacée ensuite par une papauté soucieuse de son « pouvoir » inscrit comme quasiment divin et du pouvoir de ses relais, les clercs.

L’article[1] étant ardu et truffé de textes latins,   nous en avons rendu la lecture plus facile, mais le latin y figure quand même par souci de transparence.

Le texte intégral de l’article se trouve en ligne pour les références qui seraient incomplètes[2].    

Un aspect démocratique dans l’organisation de l’Eglise ?!!? 

On entend souvent dire que l’Esprit Saint inspire l’Eglise, mais que c’est le Pape, tête de l’Eglise qui gouverne, et que telle est la Tradition apostolique depuis Pierre puis que l’Evangile montre Jésus lui remettant les clés et le troupeau : que telle est la Tradition apostolique depuis toujours.

Lorsque des affirmations ont de si grandes conséquences, lorsqu’elles semblent si étranges à notre époque, lorsqu’elles ont contribué à éloigner tant de personnes de l’Eglise institution alors qu’elles affirment que l’Evangile n’affirme pas cela, il n’est pas mauvais de voir ce qu’il en fut alors que Jésus ne semble pas avoir voulu de hiérarchie ni même de pyramide. 

« Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous » est en fait la maxime  de bon sens qui a  servi de fondement pour l’organisation de l’Eglise jusqu’au  XIIIème siècle.

Cette pratique de l’Eglise bien oubliée, a été volontairement effacée par une Tradition plus récente qui date en fait du moment où une papauté soucieuse du salut des âmes a choisi de renforcer le pouvoir des clercs, leur pouvoir décisionnel en particulier.

Un article[3] d’Yves M.-J.Congar fait le point historiquement, factuellement, sur cette maxime fondamentale : il s’est  plongé dans les textes les plus anciens qui couvrent  jusqu’au XIIIème siècle et nous restituent la vie des chrétiens puis des catholiques, un groupe alors encore peu hiérarchisé : ces textes font ressurgir une organisation ecclésiale quasiment démocratique, souvent effacée des mémoires par la réforme grégorienne et le concile de Trente.

Il montre quelle maxime de droit en établissait des fondements sûrs :

Quod omnes tangit, ab omnibus tractari  et approbari debet[4].

« Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous. »

Cette maxime, très utilisée, fut souvent par commodité abrégée par les premières lettres de ses trois premiers mots. Nous ferons  de même en transformant cet acronyme Q.o.t. en sigle : Qot, par commodité.

Le principe du Qot fut utilisé dans tous les domaines lorsque le droit s’affina en droit civil, privé comme public, en droit religieux, séculier et régulier, et même en droit politique

Notre article, partant du travail énorme d’Yves Congar, a pour but de rendre familière cette notion de Qot, de préciser qu’elle fut appliquée sans alternative dans l’Eglise jusqu’au XIIIème siècle,  d’en voir tout l’intérêt encore actuel et de fournir des arguments à qui souhaite diffuser ce principe. 

Plan

1.    Quod omnes tangit, Ce qui touche tous… : origine  de cette maxime latine

2.    Qot concernant le rôle de tous pour les décisions sur le gouvernement de l’Eglise

3.    Qot concernant la participation de tous aux décisions des Conciles locaux

4.    Qot concernant la place de tous dans la prière, les sacrements, la doctrine, par rapport aux prêtres

5.    Qot à l’intérieur des communautés religieuses… et ses essaimages inattendus en politique

6.    La fin du Qot  avec Boniface VIII  (1294-1303) et la réforme grégorienne

7.    Les considérations finales d’Yves Congar :

8.    Un Bilan concernant les influences du Qot, passées et présentes

1.      Quod omnes tangit, Ce qui touche tous… : origine  de cette maxime latine

Yves Congar cite d’abord cette formule célèbre employée par  le pape Innocent III (1198–1216) :

« que selon l’autorité des décisions impériales, ce qui intéresse tout le monde doit être approuvé par tous.» 

Quum juxta imperialis sanctionibus auctoritatem ab omnibus quod omnes tangit approbari debeunt[5]. 

Une personne peut même être élue ou destituée si nécessaire quand cela n’a pas été respecté.

Il est intéressant de noter et de se rappeler une bonne fois pour toutes qu’il n’y avait pas, pour ce type de principe de base, de  distinction entre le domaine religieux et le domaine civil.

Y. Congar fait remonter ce précepte à une loi civile de Justinien, en 531, inséré dans la seconde édition du code qui stipulait la même règle que lorsque plusieurs tuteurs ont une tutela (tutelle, charge de responsable) individuelle :

« et en effet, il est absurde que leur administration commune soit décidée sans le consentement de tous, ou dans leur ignorance  de qui sera ordonné leur tuteur. Il est nécessaire que tous prennent part  à lui donner son autorité : que soit donc approuvé ensemble par tous ce qui les touche/intéresse semblablement » 

Etenim absurdum est solvi tutelam non consentiente, sed forsitan ignorante eo qui tutor fuerit ordinatus… Necesse est omnes suam auctoritatem praestare : ut quod omnes similiter tangit, ab omnibus comprobetur.[6]

Selon la coutume et la loi de cette époque, il faut partout obtenir le consentement de tous les intéressés pour une concession d’aqueduc ou pour tout jugement, dans le droit privé comme pratique finalement dans le droit public.

En 1206, le pape Innocent III  rappelle cette règle de droit, postulat de toute justice, de ne rien décider sans avoir entendu les intéressés  et discuté avec eux :

«  et en effet la raison/logique du droit exige que nous n’ordonnions rien au préjudice de ceux qui sont sujets des mêmes Eglises, lorsqu’ils n’ont été ni cités, ni convaincus ni par contumace s’ils sont absents. »  

Juris namque ratio postulat, ut in eorum praejudicium, quibus eaedem ecclesiae  subjectae, nihil ordinemus  de ipsis, quum nec citati sint, nec convincti, nec per contumacium se absentent…

Ce principe était donc bien connu dans l’Eglise, et il était mis en pratique.

Quelques textes parmi d’innombrables textes, dont Y Congar  a choisi les plus représentatifs :

Saint Bernard : « Il fallut écrire à tous au sujet de ce qui les regarde tous. »

                      Omnibus scribendum fuit de eo quod spectat ad omnes.  

Tous admettaient le principe suivant :

« Tous ceux que la chose en cause touche/concerne doivent être appelés. »   

Omnes illi quos causa (res) tangit vocandi sunt.

Innocent IV, le plus grand canoniste, commente une décrétale d’Alexandre IV :

«  Dans une transaction volontaire comme dans une composition, le consensus de tous ceux que la chose concerne,/touche est indispensable »   

In transactione voluntaria sicut in compositione, necessarius est consensus omnium quos res tangit. 

Un décrétiste, Bernard de Pavie et Jean d’André écrivent tous trois :

«  Quand on est questionné au sujet des droits, doivent être appelés tous ceux que concerne/touche la chose »

Quando inquiritur de juribus, debent vocari omnes quos res tangit, et nisi vocentur, vel etiam si ignorent, subvenitur eis de facili.[7]

Idem au procès de Jeanne d’Arc en 1452 ou 1453 : «  Bien que plusieurs personnes puissent être partie civile, comme tous deux que la chose regarde sont à entendre, et qu’elle regarde plusieurs personnes en général et en particulier … » (R. Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, Paris, 1953, p. 39) 

Idem fin XIIème par Bernard de Pavie  pour tous les regroupements de gens, si nombreux à cette époque de corporations, collèges, monastères  etc. :

« Il faut donc qu’il soit su que, dans les choses qui doivent être faites ou organisées par un groupe/chapitre, le consensus de tous doit être requis, parce que ce qui touche tous, que ce soit approuvé ensemble par tous ! »      

Sciendum est igitur quod in his quae a capitulo fieri vel ordinari debent omnium consensus est requiendus, ut quod omnes tangit ab omnibus comprobetur. »[8]

Se reporter également au XIIIème siècle à toutes les  Regulae Juris publiées par Boniface VIII.

Le principe du consentement des fidèles n’était donc pas un vain mot.

Même si la décision n’était pas prise par les fidèles eux-mêmes, la décision proposée pouvait  être refusée.

2.      Qot concernant le rôle de tous pour les décisions sur le gouvernement de l’Eglise

En ce qui concerne plus spécifiquement les décisions de l’ordre du gouvernement de l’Eglise, l’Eglise s’en rapporte d’abord fondamentalement  aux Actes des Apôtres I, 23 s ; VI,5 ; XI,22 , XV,4 et 22 etc.

Y. Congar cite de nombreux exemples historiques : ainsi commente-t-il : « Clément de Rome ne fait vraiment que traduire  à son époque la pratique apostolique lorsqu’il précise que les apôtres et les autres personnages éminents  ont constitué certains hommes en charge  « avec l’approbation de toute l’Eglise ». Cette expression se réfère à l’épître de Paul, I Cor, XLIV, 3.

« Le consentement des fidèles à l’ordination des prêtres, ajoute-t-il, encore sollicité aujourd’hui dans des termes remarquables[9]est évidemment de tradition apostolique. Après Clément, Hippolyte en témoigne. »

L’Histoire des IIème et IVème siècles offre ensuite plusieurs exemples  d’Eglises refusant un autre évêque que celui  auquel la communauté  avait donné son adhésion[10].

Au début du Vème siècle, le pape Célestin Ier promulgue cette règle que reprendront les conciles d’Orléans de 549 et celui de Paris de 557 :

« Que nul  ne soit donné comme évêque à des gens malgré eux ».

Nullus invitis detur episcopus.

Peu après Célestin, Saint Léon formulé la même idée en une forme qui nous rapproche de la formule Qot :

« Celui qui devra les gouverner tous, qu’il soit élu par tous ! »

Qui praefecturus est omnibus ab omnibus eligatur[11].

Le pape Lucius III est  bien dans la tradition quand il précisait que tous les évêques d’une province devaient participer à l’élection et à l’ordination d’un nouveau métropolitain : élection solennelle par tous, présence de tous et unité consensuelle manifestée visiblement ;   pour un évêque ordinaire, il suffirait de trois  consécrateurs, aliis consentientibus[12] ».

3.      Qot concernant la participation de tous aux décisions des Conciles locaux

Y. Congar s’intéresse ensuite au fait que les fidèles participaient aux grandes décisions elles-mêmes prises dans les conciles locaux qui  organisaient  à diverses échelles les églises locales, (sans être œcuméniques) : Conciles africains sur lesquels nous sommes bien renseignés, gouvernement de  l’église de Carthage au temps de Saint Cyprien etc. Les domaines abordés sont de tous ordres. 

Saint Cyprien par exemple écrit à ses prêtres et à ses diacres que son  désir est d’« étudier en commun (avec eux) ce que demande le fait de gouverner l’Eglise (s.e.de Carthage), et, après l’avoir examiné tous ensemble, d’en décider exactement… m’étant fait une règle, dès le début de mon épiscopat, de ne rien décider sans votre conseil et sans le suffrage de mon peuple, d’après ma seule opinion personnelle. »[13]

4.      Qot concernant la place de tous dans la prière, les sacrements, la doctrine, par rapport aux prêtres   

Le Qot s’applique en fait à ces questions qui touchent l’ensemble de toute l’Eglise : en effet, elle existe par la communion de tous autour de Jésus et de leur foi en Dieu : tous fils de Dieu. Jusqu’au XIIIème siècle, il existe certes une organisation, comme dans toutes les réalités biologiques individuelles et sociales humaines,  mais il n’y a pas de connotation de supériorité, ce qui serait contraire au paradoxe de l’Evangile qui prône des responsables « au service ».

La notion d’un sacré reposant par une volonté divine sur le prêtre en tant que personne précise et entre ses propres mains, n’est donc même pas encore évoquée. C’est pourquoi le Qot s’applique aussi dans ce qu’on peut appeler une délégation du peuple de Dieu à l’un d’entre eux, choisi par eux, garant, de maillon en maillon, de la communion avec l’Eglise  tout entière

Y. Congar rappelle entre autres  que le Amen signifie justement ce consentement des fidèles, dans l’Ancien Testament mais aussi dans  l’Apocalypse  et dans l’Eglise, jusqu’à la première description par Saint Justin[14] de la messe puis au texte de Tertullien de Saint-Augustin. Sans l’Amen des fidèles, une prière communautaire serait-elle ecclésiale ? une eucharistie serait-elle l’eucharistie ?

Concernant les assemblées eucharistiques, Innocent III, par exemple,  déclare dans un texte qui sera repris par Pie XII :

« Ce ne sont pas seulement les prêtres qui offrent, mais tous les fidèles avec eux. Car ce qui est rempli spécifiquement par le ministère des prêtres, cela est fait/agi de façon universelle ( = par tous)  par le vœu/la prière/la volonté des fidèles ».

Non solum offerunt sacerdotes, sed universi fideles. Namquod specialiter adimpletur ministerio sacerdotum, hoc universaliter agitur voto fidelium[15].

Il en était exactement de même pour les questions doctrinales : Y. Congar donne les références de nombreux textes qui montrent historiquement qu’on consultait, au nom du Qot, tous  les fidèles avant toute décision touchant à la doctrine.

Il en conclut : à cette époque « quelques-uns ont un magistère normatif ; mais tous sont éclairés et actifs.» Sur ce sujet, il  renvoie à un de ses ouvrages plus complet :  Jalons pour une théologie du laïcat, page 369 s.

Et Y. Congar, page 227 dans l’article ici étudié, de donner l’explication théologique de ces  relations :    

« le corps n’a pas à valider par une sorte de vote, les décisions du magistère, mais le magistère est assisté par le même Esprit qui anime le corps et il ne peut agir en dehors de ce conditionnement essentiel. Le principe hiérarchique justifie lui-même la validité de ses actes, mais il ne peut s’exercer, de fait, que dans une communion. C’est pourquoi, par exemple, dans chacune des deux grandes décisions dogmatiques du magistère extraordinaire de l’époque moderne, le pape a d’abord procédé à une consultation de toute l’Eglise.

C’est ainsi que, dans le triple domaine que comporte la vie de l’Eglise (gouvernement, sacrements, foi), la tradition alliait, à une structure hiérarchique, un régime concret d’association et de consentement».

C’est ce qu’on appelait le sensus fidei fidelium, le sens de la foi des fidèles : c’est lui qui  fondait légitimement  les choix de l’Eglise dans la mesure où il y avait eu  une consultation valable en amont.

5.      Qot à l’intérieur des communautés religieuses… et ses essaimages inattendus en politique 

Quant aux communautés religieuses, régulières, la pratique du Q.o.t. s’y fondait tout comme dans les communautés dans le siècle, mais également sur le fait que, en se réunissant à 2 ou 3 au nom de Jésus, la décision communautaire de pardonner est validée par Dieu : Matthieu, 18, v. 19 et 20. Également les textes des Actes des apôtres, 4, 32 et 11,42 47.

L’article cite de nombreux textes puisque les règles ont été fidèlement conservées et leur pratique de nos jours est très éclairante sur le Qot.

Entre autres choses, Y. Congar explique que ce système de consensus et d’écoute aura une certaine influence au moment où les rois cherchent à établir des règles pour diriger leurs grands  féodaux, leurs grands et leur peuple.

En effet, alors que les rois sont croyants et font partie de l’Eglise, le Qot reconnu de tous ne peut qu’exercer, parfois explicitement, toujours  implicitement, une influence qui préservera de la violence (et d’un absolutisme peut-être déjà concevable à la manière des tyrannies et des dictatures passées, mais qui était si visiblement  contraire à l’éthique de justice de l’Evangile qu’il était impossible à mettre en place  par un roi chrétien).      

Y. Congar n’oublie pas de citer l’emploi du Qot chez les Dominicains qui renforcent également ce système : en 1228, ces derniers initient un fort mouvement de représentation à l’intérieur de leurs chapitres généraux annuels.

«Cette innovation fut adoptée ensuite par les franciscains en  1239 et 1240 et chez certaines congrégations bénédictines. C’est ainsi qu’en 1248, le chapitre général de celle de Hambuye rendait cette institution obligatoire en l’expliquant dans ces termes :

«  Et parce que ce qui concerne tous doit être approuvé par tous, nous voulons et avons décidé que chaque couvent  envoie pour le chapitre évoqué auparavant un moine sélectionné, choisi d’un commun consensus, avec un abbé ou un prieur »   

Et quia, quod omnes tangit , ab omnibus debet approbari, volumus et statuimus, quod singuli conventus ad praedictum capitulum  aliquem monachum discretum de communi assensu electum cum abbate seu priore mittant.[16] 

Y. Congar rappelle que cette institution représentative dans ces ordres monastiques a même fini par influencer à la fin du XIIIème siècle par exemple les conseillers qui sont à l’origine du Parlement anglais.

Il explique ensuite longuement et précisément comment ce principe se répand en politique sauf quand il y a, par exemple  comme en France, une monarchie qui se veut de plus en plus puissante.

6.      La fin du Qot  avec Boniface VIII  (1294-1303) et la réforme grégorienne  

Cette mise en pratique  du Qot aurait pu continuer à guider l’Eglise et à influencer les sociétés civiles, mais Boniface VIII (1294-1303) qui connaissait pourtant ces principes, voulut augmenter la puissance papale, et nous constatons que ce principe fut peu à peu contrecarré puis enterré…

Yves Congar décrit également dans son article, cet amenuisement progressif.

7.      Les considérations finales d’Yves Congar :

« Il est temps de conclure cette histoire.

La maxime quod omnes tangit vient du droit romain, où il était un simple principe de procédure.

Porté par le courant communautaire du XIIe siècle, et plus foncièrement encore par le sens chrétien traditionnel en matière de vie politique, de vie ecclésiale et de vie religieuse communautaire, la maxime a vite pris une valeur plus large, dans le sens régime de conseil et de consentement.

Du domaine de la levée de taxes, qui engageait représentation et consentement, on est, dès le premier tiers du XIIIe siècle, passé à celui d’une  discussion des intérêts les plus généraux ; la philosophie politique d’Aristote, qui se répand à partir du milieu du XIIIe siècle, favorisa ce développement.

Par le jeu naturel des idées, mais surtout en raison de la montée de l’individualisme, de la critique de l’absolutisme fiscal, de la querelle entre Louis de Bavière et Jean XXII, enfin de la crise très grave ouverte par le Grand schisme, certains théologiens ont esquissé une application de notre maxime, érigée en principe de droit public, à la constitution même de l’Eglise.

Mais cette tentative a été complètement maîtrisée et éliminée par la victoire, définitive, de la doctrine romaine de la Monarchie pontificale. »

Et… Yves Congar a mis un M majuscule à Monarchie.

8.      Un Bilan concernant les influences du Qot, passées et présentes 

La maxime juridique romaine quod omnes tangit… a été employée jusqu’au XIIIème siècle, en des temps où, d’ailleurs, le religieux ne souhaitait pas se distinguer fondamentalement du civil, le civil lui semblant son niveau basique.  

 « Ce qui intéresse tout le monde doit être approuvé par tous » : cette  maxime simple et solide relevait et relève en effet et du bon sens populaire et de la Règle d’or. La foule ou le groupe expriment ses besoins et se fait confiance pour en organiser elle-même la mise en œuvre pratique.

De par le Qot, le droit et l’autorité naissent du consensus de tous et non d’une simple opinion personnelle ou  du vouloir d’un seul. Les décisions se prennent en commun, de façon semblable, de façon égale  (communiter, pariter, similiter). Rien ne doit être fait contre le gré des personnes concernées. Le Qot. va de pair avec les termes écoute, dialogue, respect, consensus, consentement, choix, élection aux deux sens du terme, représentation, communication, discussion, collaboration, coopération, synodalité, conciliation, transparence, égalité de droits, approbation, humilité, service,  etc.  De l’avis communautaire, qu’il soit en amont ou en aval ou les deux,  naît la validation de la décision. L’autorité d’un responsable ne peut s’exercer  que dans ce cadre qui la reconnaît et l’accepte : elle est  reconnue en amont par ceux que cela concerne, et en aval  le responsable doit répondre  de ses décisions devant eux. En matière politique, l’écoute et la représentativité garanties par le Qot fonctionnent aussi  comme base, au moins théorique : ce ne sont pas encore la centralisation, les privilèges, l’absolutisme qui  la remplacent comme principes à la base des organisations sociales et religieuses.  

Avec le Qot, en Eglise, comme l’Evangile demande à tous explicitement de ne pas céder à la tentation du pouvoir et de la richesse, de l’égoïsme et de l’orgueil ; il prône le paradoxe évangélique : le respect des plus fragiles, la cohérence de la foi et de l’amour dans l’humilité et le service. Les disciples de Jésus formant l’Assemblée peuvent alors s’organiser de façon relationnelle, mobile, avec des élus pour un temps défini, responsables devant la communauté, pour son bien ( peut-on parler d’évaluation ? ). Elle s’organise ecclésialement,   dans ses différents modes et modules, sans contrainte légale  ni sanctions, librement et de façon adaptée, de maillon en maillon, créant réseaux et niveaux, en communautés réunies par les liens de relation, sans hiérarchie ni interne ni externe, mais par la participation et la communication qui créent la communion, comme dans un corps humain où ce qui touche tous doit être décidé par tous.

Ce principe du Qot s’applique ainsi dans ce cadre, à l’élection des évêques, au choix d’un prêtre ou d’un diacre, dans les communautés monastiques ou  les petites églises, pour des services (actions, conseils, enseignements, liturgies etc.).

De l’avis communautaire, en amont ou en aval naît la validation de la décision et l’autorité qui permettra une gestion fraternelle et co-responsable. Même si chaque décision n’était pas prise en amont à leur niveau par les fidèles eux-mêmes, toute  décision proposée pouvait  en aval être refusée par eux. Lors de la prière, l’Amen de tous explicite et valide la proposition avancée par l’Ecriture ou par un responsable. En matière de religion catholique, la spécificité reconnue du prêtre (élu) pour tel ou tel service ou fonction etc. est en quelque sorte incluse dans l’universalité des fidèles et tous sont conscients que cette spécificité n’existerait pas sans eux : elle dépend d’eux, sans qu’il y ait de notion de supériorité d’un côté ou de l’autre.

Cependant au début du XIVème siècle,  face aux abus analysés comme venant de trop de liberté, certains, pensant  asseoir mieux le pouvoir de Dieu et sauver plus d’âmes, ont voulu réformer l’Eglise.

Boniface VIII a commencé à séparer les clercs du reste des fidèles en les reliant plus directement au sacré qui les rendait en quelque sorte définitivement et par définition  plus compétents que les simples fidèles. Contrairement au principe du Qot, les fidèles, même pourtant concernés, n’eurent progressivement plus le droit de donner leur avis ; l’autorité du pape et de ses clercs fut censée venir de Dieu et de l’Esprit Saint qui les inspirait spécialement : une hiérarchie naissait, dotée aussi de puissance matérielle pour mieux convaincre. Le Droit religieux se séparait du droit civil et ne tarderait pas à s’en réclamer comme supérieur.  

Grégoire VII, au XVème siècle, prit beaucoup de ses décisions au nom d’une nouvelle maxime qui mettait Dieu au centre de tout : « Ce qui touche à Dieu … »   Cette formule Quod Dei tangit  a été elle aussi abrégée ( QDt) car elle a été très utilisée par une papauté désireuse de contribuer à « sauver » les âmes, ce qui lui a semblé passer  par  son « pouvoir » inscrit désormais comme quasiment divin et relayé par « ses » clercs.

Le pape ou le clerc décidait de ce qui touchait, non plus des êtres humains comme les autres, mais avant tout des « fidèles » ; les consultations  n’étaient plus pratiquées : ceux qui étaient  concernés par les questions à traiter auraient  risqué de se tromper dans leurs choix. Le Qot inutile pouvait être nuisible et  il ne fut plus en usage. Le sensus fidei fidelium  lui aussi a été remisé : les fidèles  n’avaient plus de compétence. Il a, sauf exception,   quasiment disparu de l’image que les catholiques ont d’eux-mêmes et de leurs « droits » de baptisés.

Ainsi l’article d’Y. Congar  remet-il  au jour 13 siècles de pratique  de cette maxime qui a été quasiment complètement effacée de nos mémoires depuis le XIVème siècle par ce que certains appellent la Tradition ou la Monarchie sans précision de dates.

Les Lumières et Vatican II ont tenté de remettre au jour cette pratique positive, civile comme ecclésiale. Elle est à la base de nos démocraties civiles aujourd’hui, mais Vatican II n’a pas « réussi » de ce point de vue.

Les  révélations récentes concernant les abus en tous genres de l’Eglise ont montré que certains abus relèvent d’individus mais que d’autres relèvent de questions systémiques[17], d’un oubli du paradoxe évangélique[18], de dérives liées à de l’irrationnel  présenté comme inspiré par l’Esprit Saint…

A la réflexion, selon nous, ces abus et ces erreurs pourraient être liés en grande partie à l’effacement de ce Ce qui touche tous doit être approuvé par tous, la maxime simple et solide qui avait structuré l’Eglise parce que en accord avec l’Evangile de ses fondateurs.

Le système de Ptolémée a été remplacé par le système de Copernic qui avait été déjà conçu par Eratosthène…

Il serait possible pour les chrétiens catholiques de quitter une voie obsolète qui les isole pour  remettre en pratique à la maxime  qu’ils utilisent  partout ailleurs : « Ce qui concerne tous doit être discuté et approuvé par tous ».

Elle n’est pas contraire  à leur évangile, au contraire.

Des sociétés antiques l’avaient déjà promue et en avaient commencé la mise en place. L’évangile est allé plus loin, puisque dans le Royaume de Dieu il n’y a plus d’esclaves ni de mineurs à perpétuité ni d’exclus de ces droits. La fraternité vient d’une égalité  qui n’y est pas conditionnelle et où le Qot fonde l’Assemblée.

De quoi méditer en ces temps de Synode sur la synodalité qui revient à la charge par un autre chemin. Un Vatican III?

Marguerite Champeaux-Rousselot

(2021-08-20)


[1] Quod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet, par Yves M.-J.Congar, Revue Historique de droit français et étranger, 1922-)Quatrième série, Vol. 35 (1958), pp. 210-259 (50 pages), Dalloz.

https://www.jstor.org/stable/43847329

[2] https://www.jstor.org/stable/43847329?read-now=1&refreqid=excelsior%3A55323203e09e7cc38c2cd3fadefc1eeb&seq=49#page_scan_tab_contents

[3] Quod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet, par Yves M.-J.Congar, Revue Historique de droit français et étranger, 1922-)Quatrième série, Vol. 35 (1958), pp. 210-259 (50 pages), Dalloz.

cf aussi https://fr.wikipedia.org/wiki/Quod_omnes_tangit_ab_omnibus_tractari_debet

[4] Pour les non-latinistes :

Le verbe tangere  signifie toucher, concerner, intéresser..  Il a donné en français tangible et tact.

Le verbe tractari, au passif ici, signifie « être discuté, être traité  » et il a donné traiter de, détracteur, contrat

Le verbe approbari au passif ici signifie « être approuvé ».

Debet signifie  « doit »

[5]C. 7, X , I , 23 ( Friedberg, 11,152  ) Potthast, 5031.

[6] C. 5, LIX, 5.

[7] G. Post ( Traditio, 1946, p. 203-204  : Jean d’André, sur les Décr. de Grégoire IX, 2,27, 25, quamvis.

[8]  Summa Decretalium, ed.E.A.T. Laspeyres, Ratisbonne, 1860, p. 75

[9] consentement des fidèles à l’ordination de l’évêque ( Trad. apostol., c2) et consentement des prêtres à l’ordination des diacres (c9 ; trad. M. Botte, p. 40)

[10] Cf. Gr. Dix , dans Apostolic Ministry. Londres, 1946, p 277-278.

[11] Epist. X,4 ( P. L. 54,628) , Comp. Epist. X,6 : XIII,3 ; XIV , 5 ; CLXVII,1.

[12] C. 6, X, 1, 11 ( Friedberg, II, 119) : Si archiepiscopus obierit et alter fuerit ordinandus archiepiscopus, omnes episcopi ejusdem provinciae ad sedem metroplitanam conveniant, ut ab omnibus ipse eligatur  et ordinetur. Oportet autem ut ipse, qui illis omnibus praeesse debet, ab omnibus illis eligatur  et ordinetur. Reliqui vero comprovinciales episcopi , si necesse fuerit, ceteris consentientibus, atribus jussu archepiscopi peterunt ordinari ; sed melius est, si ipse cum omnibus eum, qui dignus est, elegerit, ou et cuncti pariter pontificem consecraverint.

Rappelons que la Glose ordinaire commentait ainsi les mots  ab omnibus de cette Décrétale : Not. Quod omnes tangit, ab omnibus  comprobari debet. ( cité par G. Post, das Traditio, 1946, p.04, n.35).

[13] Nihil sine consilio vestro et sine consensus plebis mea privatim sententia gerere : Epist. XIV, 1,2 et 4 ; trad. Bayard. Comp. Epist. XXXIV, 4,1 ; XXXII, etc.

[14] Apol. I, 65 et 67. Comp. St Jérome , In Galat. ( P. L. 16,355) ; Eusèbe , H.E., VII, ix, 4.

[15] Innocent III, De sacro altaris mysterio, III, 6  ( P.L. 217, 845). Cité dans l’encyclique Mediator Dei du 20 Nov 1947. (Ed. Roguet, n. 82. Une possible interprétation erronée est écartée, ibid. n. 90, un complété par le  n. 99)

[16]Cité p. 22 par J. Jassmeier, Das Mitbestimmungerecht der Untergebenen in den älteren  Männerordensverbänden  ( Münchener Theol. St. Kan. A bt, 5). Selon Y. Congar, cet ouvrage présente une histoire bien documentée du développement du droit des subordonnés à participer aux décisions dans les Ordres religieux d’hommes.

[17] Le retour (contraignant comme un chantage à l’Enfer)  à la sacralisation  et au rituel  dont Jésus  était sorti ; un idéalisme quasiment pervers et un symbolisme hypertrophié et chosifiant, etc.    

[18] Ex d’inversions des valeurs du monde : le plus petit est le plus grand, donner sa vie, c’est la gagner…  .

« Intraduisibles de l’Antiquité » 18 19 octobre Paris

Atelier des « Intraduisibles de l’Antiquité : de la philosophie à l’anthropologie historique ».

Les résumés des différentes communications sont disponibles à l’adresse suivante : https://lida.hypotheses.org/programme-2. En outre le colloque sera entièrement retransmis en visioconférence, pour en obtenir le lien ou pour toute question, vous pouvez écrire aux organisateurs à l’adresse suivante : intraduisibles.antiquite@gmail.com.

Programme :

Mardi 18 octobre (Campus Condorcet, centre des Colloques, Place du Front populaire, 93300 Aubervilliers, salle 3.02)


• 9h30-10h : accueil des participants

• 10h-10h45 : Introduction par Adrien Coignoux et Thibaud Nicolas

10h45 : 1ère session, Traduire un statut, une gageure ? (animée par L. Iribarren, EHESS)


• 10h50-11h40 : Coline Ruiz Darasse (CNRS), « Un préteur chez les Gaulois ? Autour de l’inscription gallo-grecque de Vitrolles (RIG G-108 ; RIIG BDR-14-01). »

• 11h40-12h10 : Florentin Maroye (Université Jules Verne), « Poetaversorfactista : composer sans inventer. L’impossibilité de rendre l’idée du ποιητής en latin au XVIe siècle : l’exemple de Florent Chrestien. »

12h10-13h30 : déjeuner

13h30 : 2ème session, Quand les anciens peinent à traduire (animée par S. Wyler, Université Paris-Cité)


• 13h35-14h20 : Mia Pancotti (ANHIMA), « Le verbe grec ἀναγιγνώσκω : intraduisibilité d’une approche cognitive de la lecture ancienne ? »

• 15h25-16h10 : Teresa Torcello (Università di Bologna), « Hoc ego supersedi vertere. Untranslatability and Hesitation to Translate in the Work of Aulus Gellius »

15h05-15h25 : pause

• 16h10-16h55 : Beatrice Lietz (EPHE), « Intraduisibles grecs dans les Verrines de Cicéron »

• 16h55-17h30 : discussion conclusive de la journée

Mercredi 19 octobre (Paris, INHA, salle Vasari)


• 8h30-9h : accueil des participants

9h : 3ème session, Pratiques religieuses et intraductibilité (animée par V. Pirenne Delforge, Collège de France)


• 9h05-9h50 : Ginevra Benedetti (Collège de France), « Redescendre de l’Olympe : déconstruire la notion moderne de panthéon pour traduire le panthe(i)on antique »

• 9h50-10h35 : Mathilde Naar (EPHE), « Hygie et Salus : l’interpretatio à l’épreuve de la traduction »


10h35-11h : pause


• 11h-11h45 : Giulia Tonon (University of Liverpool), « Untranslatability and the Case of Ptolemaic Priestly Decrees »

• 11h45-12h30 : Clara Daniel (Aix Marseille Université), « “Ave César ! Ceux qui vont mourir vous saluent” Peut-on vouvoyer les Romains ? »

12h30-13h50 : déjeuner


13h50 : 4ème session, discours mythiques et intraductibilité (animée par D. Charpin, Collège de France)


• 13h55-14h40 : Emily Zeran (Friedrich-Schiller-Universität Jena), « Obscure Myths and Unweighted Signs: Problems of the World’s First Literature »

• 14h40-15h25 : Nele Ziegler (CNRS  UMR 7192), « Le Mythe du Très-Sage, Atram-hasis. Un cas d’école »

15h25-15h50 : pause


• 15h50-16h35 : Serge Bardet (Université d’Évry), « Du schibboleth et de son intraductibilité essentielle »

• 16h35-17h35 : table ronde finale

La notion « super puissance » d’un dieu : Πάνθειος / Pantheus , 2 juin 2022

Ginevra Benedetti, postdoc au Collège de France 

qui présentera une conférence sur : 

Exprimer la « super puissance » d’un dieu: 

Πάνθειος / Pantheus comme cas d’étude

le jeudi 2 juin, 14h-16h 

présentiel : Salle Mariette  (2, rue Vivienne, INHA, Paris)

distanciel : https://meet.goto.com/FrancescaPrescendi-Morresi/religions-de-rome-et-du-monde-romain

La Genèse de l’écriture, par Denise Schmandt-Besserat

La Genèse de l’écriture, par Denise Schmandt-Besserat

Traduit par : Nathalie Ferron, Postface de : Grégory Chambon

Les Belles Lettres, Paris, 2022

Pour le commander ou l’acheter  ( 25,50 €) :

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251452937/la-genese-de-l-ecriture

Présentation

Pour les civilisations antiques, l’écriture était un don divin. Les philosophes et les linguistes ont spéculé sur ses origines. À la fin du XXe siècle, des objets archéologiques ont permis de retracer l’évolution de pratiques aboutissant aux premières traces d’écriture en Mésopotamie. Bousculant le mythe et les certitudes savantes, leur étude a montré que les fonctions primordiales de l’écriture ne relèvent ni de la transmission, ni de la conservation du langage, mais de la gestion de biens. 

La conception scientifique de la genèse de l’écriture découle des découvertes de Denise Schmandt-Besserat. Ce livre présente les preuves matérielles que sont les « jetons », examine leur évolution jusqu’à la transmission de leurs fonctions aux tablettes d’argile, puis analyse les implications socioéconomiques de ce processus multimillénaire, avant de restituer la classification des artefacts. 

Cette démarche est comparable à celle d’André Leroi-Gourhan : elle introduit une problématique fondamentale dans le champ des études paléo-historiques en même temps qu’une méthode éclairant la relation entre une classe d’artefacts et l’évolution de l’humanité. Dans une postface inédite, Grégory Chambon fait le point sur les enjeux toujours actuels de cette œuvre fondatrice.

BIOGRAPHIES CONTRIBUTEURS

Denise Schmandt-Besserat

Archéologue et professeur d’art et d’archéologie du Proche-Orient, Denise Schmandt-Besserat a reçu de nombreux prix académiques et été distinguée par l’American Association of University Women. La Genèse de l’écriture (How Writing Came About) a été inclus par American Scientist dans la liste des 100 livres de science les plus importants du XXe siècle.

Grégory Chambon

Grégory Chambon est directeur d’études à l’EHESS, chaire « Savoir et culture matérielle au Proche-Orient Ancien (IIIe-Ier millénaire av. J.-C.) ».

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS À L’ÉDITION FRANÇAISE  
PRÉFACE 

INTRODUCTION. UNE NOUVELLE THÉORIE 
1. Mythes 
2. La théorie des pictogrammes 
3. Les jetons 
3.1. Études portant sur les jetons 
4. Les archéologues 
4.1. Leo Oppenheim 
4.2. Pierre Amiet 


PREMIÈRE PARTIE. TÉMOINS ARCHÉOLOGIQUES

Chapitre 1. Les jetons 
1. Types et sous-types 
2. Des jetons simples aux jetons complexes 
3. Matériau 
4. Fabrication 
5. Présentation de la collection de jetons étudiée 

Chapitre 2. En quels lieux et par qui les jetons étaient-ils utilisés ? 
1. Types de site 
2. Répartition au sein des sites 
3. Structures 
4. Dépôts de jetons 
5. Contenants 
6. Objets associés 
7. Des jetons comme offrandes funéraires 
7.1. Sites 
7.2. Sépultures 
7.3. Jetons 

Chapitre 3. Cordons de jetons et enveloppes 
1. Cordons de jetons 
1.1. Jetons perforés 
1.2. Bulles pleines 
2. Enveloppes 
2.1. L’objet 
2.2. Répartition géographique et quantité
2.3. Chronologie 
2.4. Contexte 
2.5. État de conservation 
2.6. Jetons enclos dans des enveloppes 
2.7. Marques 

Chapitre 4. Tablettes à encoches 
1. Quantité 
2. Contexte 
3. Chronologie 
4. Description 
5. Signes 
5.1. Mise en page 
5.2. Techniques d’impression 
5.3. Des jetons aux signes 
6. Des tablettes à encoches à la pictographie 
6.1. Les jetons : prototypes des signes imprimés 
6.2. Les jetons : prototypes des signes imprimés/incisés 
6.3. Les jetons : prototypes des pictogrammes incisés 
7. Signification des signes et jetons correspondants 
7.1. Signes imprimés 
7.2. Signes incisés 
7.3. Les chiffres 
8. Place des tablettes à encoches dans l’évolution de l’écriture 


DEUXIÈME PARTIE. INTERPRÉTATION

Chapitre 5. Évolution des symboles au cours de la Préhistoire 
1. Symboles et signes 
2. Symboles des Paléolithiques inférieur et moyen 
3. Symboles du Paléolithique supérieur et du Mésolithique 
4. Symboles néolithiques 
4.1. Une forme nouvelle 
4.2. Un nouveau contenu 
5. Une nouvelle étape dans la communication et la conservation des données 

Chapitre 6. Implications économiques et sociales des jetons 
1. Outils de calcul et économie 
1.1. Chasse et cueillette 
1.2. Agriculture 
1.3. Industrie 
2. Outils de calcul et organisation sociale 
2.1. Sociétés égalitaires 
2.2. Sociétés hiérarchisées 
2.3. L’État 

Chapitre 7. Du comptage à l’émergence de l’écriture 
1. Méthodes de comptage 
1.1. Un, deux, beaucoup 
1.2. La correspondance terme à terme 
1.3. Le comptage concret 
1.4. Le comptage abstrait 
2. Témoignages philologiques dans la langue sumérienne 
2.1. Systèmes de numération ternaire 
2.2. Multiplicité des noms de nombres 
3. Données archéologiques proche-orientales 
3.1. Les bâtons de comptage du Paléolithique 
3.2. Les jetons 
3.3. L’écriture 

Chapitre 8. Conclusions : le rôle des jetons au cours de la Préhistoire et leur apport à l’archéologie 
1. Économie 
2. Structure politique 
3. Mathématiques 
4. Communication 

TROISIÈME PARTIE. LES OBJETS

Croquis et photographies 
1. Cônes 
2. Sphères 
3. Disques 
4. Cylindres 
5. Tétraèdres 
6. Ovoïdes 
7. Quadrilatères 
8. Triangles 
9. Biconiques 
10. Paraboloïdes 
11. Boudins repliés 
12. Ovales / Rhomboïdes 
13. Récipients 
14. Outils 
15. Animaux 
16. Divers  

Glossaire 
Abréviations 
Postface 
Bibliographie 
Index

Appel à communication : «Intraduisibles de l’Antiquité » (date limite 30 mai 2022)

Nous avons le plaisir de relayer cet appel à communication qui nous semble balayer un champ passionnant et très utile. Ce travail est indispensable scientifiquement et humainement. ( L’argumentaire lui-même est précieux)

Appel pour la 2ème journée d’étude des « Intraduisibles de l’Antiquité » qui aura lieu à Paris, les 18 et 19 octobre 2022.
Le groupe de recherche interdisciplinaire « Les Intraduisibles de l’Antiquité » est heureux de relancer une dernière fois son appel à communication pour sa deuxième journée d’étude les 18 et 19 octobre 2022 à Paris (à l’INHA). La date butoir d’envoi des propositions (titre et résumé de 200 à 300 mots, avec CV) est exceptionnellement décalée au lundi 30 mai 2022, à l’adresse suivante :
intraduisibles.antiquite @gmail.com (supprimer l’espace)

N’hésitez pas à nous contacter pour toutes questions.
Nous remercions par ailleurs toutes celles et tous ceux qui ont déjà envoyé des propositions de communications et reviendrons vers vous rapidement.
Pour rappel, vous trouverez ci-après l’argumentaire et la présentation de cette journée.


« Traduire c’est trahir » dit le proverbe, le passage d’une langue à l’autre entraîne des
difficultés de traductions provoquées par des écarts sémantiques et/ou des décalages morphosyntaxiques qui mettent en exergue des distinctions anthropologiques autant, voire davantage, que linguistiques. Cette idée s’inscrit dans la continuité tant des travaux de Barbara Cassin (Cassin 2004) que dans le cadre d’étude des translation studies et notamment la théorie de « translation culturelle » développée par Homi Bhabba (Bhabba 1994), la skopos theory de Hans Vermeer (Vermeer 1984) ou plus largement les descriptive translation studies (Toury 1985).

Le groupe des Intraduisibles de l’Antiquité se propose ainsi de « déterritorialiser » ces approches contemporaines pour mieux les appliquer au contexte antique ainsi qu’à un type précis de difficultés de traduction : celles provoquées par l’usage d’un mot d’origine étrangère, dans un texte ou une pratique concernant les collectifs de la Méditerranée antique.

L’objectif est d’analyser ces difficultés de traduction de manière à identifier quels processus, quelles motivations, quels besoins et quelles barrières sont érigées lorsqu’un individu, qu’il s’inscrive dans une période antique ou soit un observateur moderne (savant ou chercheur), use d’un mot emprunté à une langue antique. In fine, notre objectif est d’identifier à la fois le « nœud d’intraductibilité », au sens des causes des difficultés de traduction qu’entraînent tel ou tel emprunt à une langue étrangère, mais aussi, et surtout, quels savoirs anthropologiques nous pouvons en retirer et comment, par quelles stratégies, nous pouvons dépasser cette incapacité à traduire.

Il ne s’agit donc pas tant d’aborder ces mots comme des problèmes à résoudre mais comme des cas-limites ayant le potentiel de nous permettre de mieux cerner les écarts qui résident entre les différents collectifs humains de la Méditerranée antique tout en réévaluant la pertinence de toute une gamme de catégories épistémologiques modernes.


Lors de notre première journée d’étude, quatre principaux facteurs rendant un mot de l’Antiquité « intraduisibles » ont émergé :

  • une déférence excessive pour la langue-source rendant impossible ou tabou l’exercice de la traduction (une traduction excessivement source‑oriented),
  • l’absence d’une catégorie anthropologique équivalente dans la langue-cible (une traduction qui ne s’est pas accompagnée d’un effort d’adaptation culturelle),
  • une atrophie de la polysémie originelle du fait de la multiplicité des traductions successives (une traduction excessivement target‑oriented)
  • et une compréhension sémantique trop faible du terme de la langue-source (ne tenant pas assez compte des données émiques).

Pour la deuxième journée d’étude, les personnes souhaitant proposer une communication sont donc invitées soit à se pencher sur un des quatre facteurs « d’intraductibilité » proposés ci-dessus à l’aune de leur propre documentation, soit à proposer une nouvelle catégorie à ajouter à celles-ci en s’appuyant sur l’étude d’un ou plusieurs cas issus de leur propre champ disciplinaire.

En outre, ces facteurs ne s’excluent pas les uns les autres et les intraduisibles pourront être étudiées à travers des analyses concernant le rôle de la traduction (function-oriented), comme le résultat de cette opération (product-oriented), ou bien l’acte en lui-même (process-oriented), du point du vue du traducteur
(Holmes 1972).

Il est également possible de proposer l’étude spécifique d’un « intraduisible de
l’Antiquité » et à questionner celui-ci en essayant d’en détecter toutes les spécificités endogènes par rapport aux traductions modernes.

Par ailleurs, si la première journée d’étude se concentrait essentiellement sur le grec et le latin nous enjoignons les chercheurs travaillant sur des langues
orientales à nous faire parvenir leurs propositions.

Le colloque se tiendra préférentiellement en présentiel mais des projets de communication en distanciel peuvent être proposés.

Organisateurs : Thibaud NICOLAS (EHESS / PSL) et Adrien COIGNOUX (AnHiMA)

Comité scientifique :

Vinciane PIRENNE-DELFORGE (Collège de France)

Lionel MARTI (CNRS)

Leopoldo IRIBARREN (EHESS)

Stéphanie WYLER (Université Paris-Cité / AnHiMA)

Consecrare, sacrificare… par Yann Berthelet : 4 conférences en mai 2022 à Paris

Yann Berthelet est professeur d’Histoire de l’Antiquité gréco-romaine à l’Université de Liège.

Il est invité par Francesca Prescendi Morresi et Emmanuel Dupraz.

1. Consecratio : rite de fondation ou transfert dans la propriété divine ?

                                             (le lundi 09/05, de 10h à 12h au Campus Condorcet).

2. Consecrare, sacrum facere et  sacrificare  

(le jeudi 12/05, de 14h à 16h à l’INHA).

3. Consecratio, rites funéraires et divinisation

(le jeudi 19/05, de 14h à 16h à l’INHA).

4. Consecratio, sacratio et res publica : entre dualité de la cité et double vie des dieux

                                                    (le lundi 23/05, de 10h à 12h au Campus Condorcet).

En présentiel et en visio –conférence :

pour s’inscrire     https://berthelet.eventbrite.fr

Ecole Pratique des Hautes Etudes, ( EPHE).              PSL.

Un aspect de l’Histoire des Dogmes : monde chrétien et musulman. ( conf. par E. Fiori, 2022-04-20 Paris)

« Transposer et transformer l’histoire des dogmes : les florilèges dogmatiques syriaques et la patristique grecque en monde musulman. »

Dans le cadre de la direction d’études de Marie-Odile Boulnois (« Patristique grecque et histoire des dogmes ») et en collaboration avec le Laboratoire d’études sur les Monothéismes (UMR 8584), Monsieur Emiliano Fiori (professeur associé à l’Université Ca’ Foscari, Venise) donnera une conférence intitulée : « Transposer et transformer l’histoire des dogmes : les florilèges dogmatiques syriaques et la patristique grecque en monde musulman ».

Inscription obligatoire : https://fiori.evenbrite.fr

Mercredi 20 avril 2022, de 14h à 16h, à la MSH, 54 bd Raspail, salle 15.

L’affiche est en pj.

La recherche de la vérité dans la Grèce archaïque, par Pierre Vesperini, le mardi 8 mars 2022, 14h 30-15h 30, à Paris et en visio.

Vinciane Pirenne-Delforge (Normes religieuses et questions d’autorité dans le monde grec recevra Pierre Vesperini, CNRS, qui donnera  un séminaire au Collège de France, 11, place Marcelin Berthelot, Salle 2. 

Les cours et séminaires sont gratuits, en accès libre. Cependant, pour assister en visio,  il faut demander le lien  à Manfred : manfred.lesgourgues    @           college-de-france.fr

Notre commentaire est plus bas .

Résumé de l’auteur :

Du grand livre de Marcel Detienne Les Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque (1967), on a gardé l’image d’une sorte de « premier âge » de la « pensée grecque », au cours duquel aèdes, devins, « rois de justice » et autres « sages » (sophoi) auraient possédé et proclamé à leurs contemporains des vérités inspirées par les dieux. C’est dans un deuxième temps, et au prix d’une « laïcisation » du savoir, qu’aurait pu naître la philosophie au sens tout à la fois de recherche (et non plus possession) du vrai, et de critique de la doxa (mythes, traditions, autorités, en un mot, « conglomérat hérité », pour le dire avec Gilbert Murray).

Ce qu’on voudrait tenter de montrer ici, c’est que ce schéma évolutionniste est trompeur. Les « maîtres de vérité » n’ont pas disparu avec le passage à la philosophie. Qu’il suffise de penser à Épicure, symbole du rationalisme philosophique s’il en fut. Et, symétriquement, l’idée de recherche et l’idée d’examen sont présentes dès les débuts de la pensée grecque, en ce qu’elles sont en fait inhérentes à l’esprit même du polythéisme grec.

Notre commentaire :

Ce séminaire semble particulièrement intéressant pour ceux qui s’intéressent à la représentation que nous nous faisons de l’intelligence grecque… comme exemple probant de l’idée de progrès, et d’un progrès qui va de ce que nous appelons l’irrationnel à ce qui est plus rationnel ; de ce que nous considérons comme plus « primitif » à ce qui est plus .. « civilisé »: nous aujourd’hui évidemment !

Nous avons sans doute encore bien du chemin à faire comme le montre Pierre Vesperini !

La doxa reçue par les Anciens n’était pas aussi rigide que la nôtre qui a été influencée indirectement, et par la foi en une vérité unique en matière religieuse, et par le désir d’une vérité unique pour le domaine rationnel. C’est notre conception même de la religion des Anciens grecs que nous devons réviser.

Une prise de conscience salutaire de la plupart des chercheurs qui prennent du recul nous semble bien converger vers cette découverte, au fur et à mesure que tombent les préjugés.

Religion, utopie et mémoire : avec Danièle Hervieu-Léger, Pierre-Antoine Fabre et Pierre Lassave, le  23 mars 2022, Paris ou visio

Danièle Hervieu-Léger (EHESS, CéSor) et Pierre-Antoine Fabre (EHESS, CéSor) viendront parler de leur livre d’entretiens Religion, utopie et mémoire (Éditions de l’EHESS), en débat avec Pierre Lassave (CNRS, CéSor).
Dans le cadre des Mercredis de l’IREL, et comme pour le Mercredi précédent, l’inscription permet d’assister à la rencontre sur place à la MSH Raspail ou à distance.
« Danièle Hervieu-Léger explore depuis cinquante ans le devenir des religions dans les sociétés occidentales contemporaines. Faisant de la scène catholique son principal terrain de réflexion, elle s’éloigne du prisme classique de la sécularisation du monde moderne pour traiter le « croire » comme un rapport au temps, à l’espace et au monde. Dans cet entretien avec Pierre Antoine Fabre, elle restitue son parcours personnel, spirituel, politique et professionnel, en accordant une large part aux rencontres, mais aussi à l’engagement institutionnel qui fut le sien comme présidente de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, dont elle a contribué à inventer l’avenir dans un paysage universitaire en plein bouleversement. Elle nous donne ainsi à voir la recherche scientifique dans ce qu’elle a de plus théorique, mais aussi de plus quotidien. »

S’inscrire  pour assister à cette rencontre : https://www.eventbrite.fr/e/billets-religion-utopie-et-memoire-287902753887